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Codage mental

Par Christian Simenc · Le Journal des Arts

Le 1 octobre 2007

John Maeda dévoile dans un ouvrage les créations numériques de ses étudiants au MIT Media Lab de Cambridge.

Enfant, il aurait aimé jouer du piano. Or il est devenu un interprète réputé grâce à un autre clavier : celui de l’ordinateur. À 38 ans, John Maeda est en effet le pape du design numérique, actuellement directeur du Physical Language Workshop, au MIT Media Lab de Cambridge (États-Unis). C’est au sein de cette même entité qu’il a, pendant huit ans, dirigé le fameux Aesthetics and Computation Group, laboratoire dont les recherches multiples et œuvres les plus folles étaient jusqu’alors restées strictement confidentielles. Maeda a choisi, aujourd’hui, de les divulguer dans un ouvrage intitulé Code de création, qui rassemble les travaux de ses étudiants les plus novateurs. Chaque image – il y en a plus de 600 – est décortiquée par l’auteur, qui en explique le procédé.
Entre manipulations intuitives, typographies robotiques et figures libres, les représentations issues du cyberespace se révèlent évidemment de haute volée. Beaucoup flirtent avec la notion d’infini et tentent de représenter le domaine invisible de l’espace de programmation : « La notion d’infini m’a toujours passionné, explique Maeda. Peut-être est-ce parce que c’est le seul concept mathématique et philosophique qui échappe à l’ordinateur au niveau le plus fondamental. »
D’autres travaux, en revanche, naissent franchement du domaine du visible. Ainsi, dans son projet F00D (F-Zero-Zero-D), Cristinerose numérise des giclées de ketchup, de moutarde et de sauce de soja et les fait ressembler à des chutes d’eau d’Amérique du Sud. Golan Levin, lui, imagine Démêlant express après avoir observé ses propres cheveux retenus prisonniers dans la bonde de la douche. Sur l’écran de l’ordinateur, en cliquant et en déplaçant la souris, la « boule de cheveux numérique » se mêle et se démêle à l’envi.
Tous construits dans une optique créatrice, ces outils d’expression numérique peuvent aussi prendre l’allure d’objets en 3D, souvent drôles, voire d’installations en vue de performances live. Par exemple, avec Drôle de forme pour un écran, croisement entre une vieille lampe de bureau et une passoire à thé, Nikita Pashenkov a créé, à partir de multiples diodes qu’il a soudées à la main, un système hémisphérique d’affichage d’informations. « Cet affichage primitif, fait remarquer Maeda, a ouvert de nombreuses pistes de recherche dans le domaine des dispositifs lumineux de configuration très simple. »
Électronique oblige, les recherches sur la lumière sont évidemment légion. Pour son projet baptisé Personne transparente, Elise Co a enfilé 600 brins de fibre optique dans des dispositifs installés devant et derrière son corps. Lorsqu’elle fait, dans son dos, un petit signe de la main, celui-ci, aussi étrange que cela puisse paraître, est visible de face… Comme quoi, même s’il dévoile quelques « tours » chers au mythique Aesthetics and Computation Group, Maeda en préserve néanmoins l’essentiel : la magie.

John Maeda, Code de création, éd. Thames & Hudson, 2004, 256 p., 34,95 euros. ISBN 2-87811-246-6.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°202 du 5 novembre 2004, avec le titre suivant : Codage mental

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