Mercredi 21 novembre 2018

Chroniques d’un musée

Un ouvrage étudie l’architecture et l’histoire du Maao

Par Daphné Bétard · Le Journal des Arts

Le 7 février 2003 - 742 mots

Alors que le Musée des arts d’Afrique et d’Océanie (Maao), à Paris, vient de fermer ses portes au public, la Réunion des musées nationaux (RMN) publie un ouvrage sur son histoire et sur l’architecture du bâtiment qui l’abrita pendant près de soixante-dix ans. Richement illustré, le livre propose une visite détaillée d’un lieu en prise constante avec son passé.

Situé à la porte Dorée, dans le 12e arrondissement parisien, le Musée des arts d’Afrique et d’Océanie vient tout juste de fermer ses portes. Ses collections iront rejoindre le futur Musée du quai Branly, dont l’ouverture est prévue en 2005. À cette occasion, la Réunion des musées nationaux a édité un ouvrage sur ce bâtiment unique imaginé par Albert Laprade lors de l’Exposition coloniale de 1931. Par son organisation architecturale et son programme muséographique, il fut conçu comme un outil de propagande, offrant l’image d’une France civilisatrice venue au secours des populations “de races inférieures”. Successivement appelé Musée des colonies, Musée de la France d’Outre-mer (1935-1960), Musée des arts africains et océaniens (1960-1990) et dernièrement Musée national des arts d’Afrique et d’Océanie, l’institution n’a jamais vraiment réussi à s’affranchir de ce passé colonial. Au début des années 1960, avec le tout nouveau ministère des Affaires culturelles dirigé par André Malraux, il est décidé de créer un grand musée d’art primitif qui reconnaîtrait enfin la beauté plastique des œuvres de la collection. Mais le projet tombe dans une vision strictement esthétique des objets, renonçant à leur dimension sociologique ou historique. À la fin des années 1980, le musée est en pleine crise. Diverses solutions sont alors envisagées pour le moderniser, qui ne verront jamais le jour.

Ni vraiment classique, ni tout à fait Art déco
Par le présent ouvrage, il s’agit aussi de “considérer enfin l’importance d’un monument historique, de son architecture et de son décor, témoins insignes du style Art déco”, rappelle Germain Viatte, directeur du Maao et du projet muséologique du futur Musée du quai Branly. Maurice Culot, responsable du département Archives et Histoire à l’Institut de France, évoque les particularités de cet édifice à la façade monumentale, “orphelin d’un style”, “ni vraiment classique, ni tout à fait Art déco”. Pour concevoir le bâtiment, Laprade a accordé une grande importance au choix des matériaux, en mariant quantité de roches entre elles. Encadré de pierres aux tonalités froides (pierre de l’Ain et granit à large grain), le bas-relief de la façade principale est ainsi constitué de pierres de teinte chaude, tandis que le granit gris est réservé aux bordures des bassins et le granit rose à l’escalier d’honneur. Traités comme de véritables “tapis précieux”, les sols en mosaïques valent à eux seuls la visite. Dominique Jarrassé rend compte ensuite de la décoration de l’édifice, exemple majeur du style Art déco, dont le programme iconographique consiste en une exaltation de l’impérialisme français. “Idéologiquement inacceptable durant des décennies, cet art colonial, même si les cicatrices ne se sont pas refermées, nécessite un nouveau regard”, souligne l’auteur. Ainsi, les sculptures aux formes harmonieuses et simplifiées de Janniot ou les fresques aux couleurs chatoyantes de Ducot de la Haille sur le thème des “Apports de la France aux colonies” ne doivent pas être uniquement perçues comme témoins des idéaux colonialistes, car elles “attestent aussi d’une tendance de l’esthétique Art déco”. Enfin, est mis en exergue le travail de créateurs tels qu’Émile-Jacques Ruhlmann, responsable de la décoration du salon de l’Afrique, Eugène Printz, qui s’est vu confier le salon de l’Asie, Jean Dunand, pour la bibliothèque, ou encore Jean Prouvé. Ce dernier a imaginé la grille d’entrée dont les pointes dorées dessinent une ligne ondulée répondant au soubassement de l’immeuble, sculpté de triangles inversés. À présent que le Maao disparaît, que va devenir cet étonnant bâtiment ? Les hypothèses vont bon train. Parmi les solutions envisagées pour l’avenir, la perspective d’une spécialisation Art déco ou le rapprochement de l’établissement d’avec son voisin, le parc zoologique, semblent plus probables. Pour Germain Viatte, il serait intéressant “d’établir ici une réflexion, permanente et sous forme d’expositions temporaires, sur les contacts, les échanges, les influences établies depuis plusieurs siècles par notre pays et les autres nations européennes avec le monde, et les circonstances dans lesquelles ils se sont produits [...]. Cela pourrait aussi correspondre au caractère d’un lieu fascinant doté d’une indéniable aura”.

Le Palais des colonies – histoire du Musée des arts d’Afrique et d’Océanie (ouvrage collectif), éditions de la Réunion des musées nationaux, 2002, Paris, 240 p., 43 euros. ISBN 2-7118-4470-6.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°164 du 7 février 2003, avec le titre suivant : Chroniques d’un musée

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