Grand Palais

Une très honorable Biennale des Antiquaires

Par Roxana Azimi · Le Journal des Arts

Le 22 septembre 2010 - 981 mots

Organisée du 15 au 22 septembre, la Biennale des antiquaires a affiché un bon profil mais un commerce en dents de scie.

PARIS - Avec l’absence de quelques poids lourds parisiens et étrangers, la Biennale des antiquaires, à Paris, risquait de manquer de relief. Or la copie rendue par le président du Syndicat national des antiquaires (SNA), Hervé Aaron, fut très honorable. Le plan lisible et la circulation intelligente tranchaient avec le dédale de la précédente édition. Seul le nouveau secteur « Tremplin », dévolu aux jeunes marchands, souffrait d’une signalétique déficiente. La qualité générale fut bonne, malgré le manque de certaines disciplines comme la Haute Époque. « La Biennale est belle, mais elle n’est pas exceptionnelle », résumait Anisabelle Berès (Paris), laquelle présentait un très beau mur d’œuvres de Simon Hantaï.

Le stand de Jason Jacques (New York), entièrement dédié à l’œuvre sculpturale et céramique de Jean-Joseph Carriès, la monographie consacrée à Le Corbusier chez Zlotowski (Paris) et celle dévolue à Jean Dunand chez Vallois (Paris) représentaient les clous du salon. L’archéologie affichait aussi son meilleur visage chez Kevorkian (Paris) avec un beau vase Minaï, immédiatement acquis par le Musée du Louvre. Le Musée d’Orsay ne s’y est pas trompé en mettant une option sur une banquette très wagnérienne présentée par Franck Laigneau (Paris). Les boiseries couleur rouille par Percier et Fontaine accrochées par Guillaume Féau (Paris) offraient un écrin irrésistible au stand de François Léage (Paris). Le mariage des meubles de la Sécession viennoise déployés par Yves Macaux (Bruxelles) avec les dessins d’Alfred Kubin apportés par Richard Nagy (Londres) fait toujours mouche. En revanche, les stands d’art ancien et une bonne partie de ceux d’art moderne manquaient cruellement de chefs-d’œuvre. Visiblement, les marchands misaient tous sur le brassage de la clientèle d’art ancien et d’art contemporain. Un acheteur de la galerie Applicat-Prazan (Paris) a ainsi réservé un Bernardo Daddi d’une modernité absolue chez Sarti (Paris). De même, les collectionneurs plutôt portés sur l’art contemporain à la galerie Tornabuoni (Milan, Paris) se sont intéressés aux œuvres d’art moderne que la galerie avait exposées à la Biennale. 

Des pièces post-1980
Malgré une clientèle de haut niveau présente lors du vernissage et une recrudescence des acheteurs russes et chinois, le commerce fut globalement poussif à quelques miracles près. Michel Zlotowski et Christian Deydier (Paris) ont ainsi fait un tabac dès les deux premiers jours. De son côté, Michel-Guy Chadelaud (Paris) a vendu une paire de bustes de Charles Cordier à une collectionneuse européenne et une jardinière par Ernest Cardeilhac à un Russe. Le spectaculaire piano ayant appartenu à Maria Pia de Savoie, qu’il proposait pour 5 millions d’euros, a été réservé bien avant la Biennale par un acheteur pékinois.

Pour sa première participation, Félix Marcilhac (Paris) avait le sourire après avoir vendu notamment un bureau bleu de Jean Dunand. Néanmoins, au terme de la première semaine, la plupart des exposants invoquaient plus de pièces réservées que de ventes. Le grand cheval de Ferghana de la période Tang, affiché pour 10 millions de dollars (7,6 millions d’euros) par Christian Deydier, a fait l’objet d’offres et de contre-offres de la part de trois clients. « Depuis le début de la crise, les collectionneurs mettent plus de temps à se décider, ils font un travail de fond sur l’objet qu’ils achètent », confiait Michael Hedqvist, de la galerie Phoenix Ancient Art (Genève). Celui-ci n’en a pas moins cédé plusieurs pièces entre 180 000 et 500 000 euros. La galerie Barrère (Paris) avançait pour sa part des options sur trois pièces majeures, notamment de la part d’un client américain sur le cabinet japonais en shibayama. « S’il y a des achats coup de cœur jusqu’à 50 000-100 000 euros, au-delà, les gens préfèrent négocier lors des semaines qui suivent la Biennale », soulignait Antoine Barrère (Paris). Celui-ci est un habitué de cette dilatation dans la prise de décision. La tête chinoise de la collection Elie Faure qu’il avait présentée en 2006 à la Biennale ne s’est vendue qu’un an et demi après l’événement, au Louvre-Abou Dhabi…

De son côté, L&M (New York) n’a cédé qu’une seule grosse pièce de son artillerie, une sculpture d’Anish Kapoor de 2010, et quelques vases de Ritsue Mishima. La commission de la Biennale, qui excluait toute pièce postérieure à 1980, a révisé ses principes devant les Kapoor, Paul McCarthy et Tadashi Murakami présentés par la galerie. Cette restriction temporelle a été supprimée du règlement du salon, signe que les vieux dinosaures peuvent aussi évoluer…

SNA : les présidentiables

À l’approche des élections du conseil d’administration du Syndicat national des antiquaires (SNA) le 18 octobre, les présidentiables sortent du bois et exposent leurs programmes en pointillé. « Je suis pour une foire annuelle au Grand Palais, qui compterait entre 120 et 150 marchands, dans lequel il y aurait un minimum de 30 % de galeries étrangères. L’idéal, au niveau du tarif des stands, serait de tourner autour de 800 euros. Il faudrait aussi nommer un secrétaire général extérieur au monde des antiquaires qui s’occuperait de la gestion du salon », indique Hervé Aaron, président actuel du SNA. Un positionnement proche de celui de Dominique Chevalier (Paris), lequel milite aussi pour une annualisation et une gestion confiée à un secrétaire général indépendant. De son côté, Christian Deydier prétend benoîtement ne pas être candidat malgré une campagne que d’aucuns jugent active. Celui-ci ne se prononce pas sur l’annualisation de la Biennale. Fort de son carnet d’adresses politique, il met plutôt l’accent sur la nécessité de poursuivre le lobbying sur des questions telles que le droit de suite ou l’élargissement des lois mécénat. Un travail que n’avait pas négligé le conseil d’administration sortant puisque Pierre Dumonteil (Paris) a obtenu du commissaire européen Michel Barnier une étude sur l’impact du droit de suite. Sous la présidence d’Hervé Aaron, le SNA s’est aussi rapproché d’autres syndicats français et étrangers pour mener des luttes communes sur les questions juridiques.

Un Parcours des mondes solide mais prudent

La prudence dominait la dernière édition du Parcours des mondes, organisée du 8 au 12 septembre. Prudence des acheteurs mais aussi des marchands, lesquels n’ont pas toujours montré des ensembles très charpentés. Un vernissage commencé trop tôt dans la matinée, couplé à des intempéries, a failli avoir raison de la bonne humeur habituelle de la manifestation. « On vend, mais c’est laborieux. Les gens regardent à plusieurs fois, confiait Joaquin Pecci (Bruxelles). La concurrence est rude. Les gens sont saturés quand ils arrivent dans votre galerie après en avoir vu vingt-cinq avant vous. Il faudrait un événement plus concentré. » Malgré tout, certains ont fait feu de tout bois, comme Renaud Vanuxem (Paris), lequel a cédé de nombreux masques d’Himalaya. De son côté, Yann Ferrandin (Paris) a vendu en deux jours la moitié de sa remarquable exposition de sièges africains. La tentative du Londonien Jean-Baptiste Bacquart de dresser un parallèle entre l’art tribal et les estampes de Damien Hirst a porté ses fruits. Un collectionneur d’art contemporain a acheté un masque de Tanzanie, tandis que des amateurs d’art primitif ont emporté des estampes de l’artiste britannique. Les bourses peinaient toutefois à se délier au-delà de 50 000 euros. « Les gens se font plaisir, mais avec calme et discernement », concluait Patrick Mestdagh (Bruxelles).

Légende Photo : La Biennale des Antiquaires 2010 - Grand Palais - Paris © Photo Ludosane

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°331 du 24 septembre 2010, avec le titre suivant : Une très honorable Biennale des Antiquaires

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