Dimanche 24 janvier 2021

Art contemporain

Une course un peu moins folle

Par Éléonore Thery · Le Journal des Arts

Le 19 janvier 2016 - 815 mots

L’art contemporain a progressé à Londres, et dans une moindre mesure à Paris.
Après un bon premier semestre, New York a connu un net ralentissement à l’automne.

La croissance exponentielle des ventes publiques d’art contemporain observée ces dernières années a décéléré en 2015. Le secteur représentait en 2014 un total d’environ 5,9 milliards d’euros (d’après le rapport Tefaf 2015), et a été mené par le duopole Sotheby’s/Christie’s qui capte plus de 60 % de ce montant (3,6 Mrd€). Or l’auctioneer américain annonce pour 2015 une progression de 8 % dans ce domaine, avec un total mondial de 1,5 milliard d’euros (1,7 Mrd$). Christie’s, qui conserve son leadership, ne dévoilera ses résultats qu’à la fin janvier. Mais si l’on prend en compte ses grandes ventes du soir de New York, Londres et Paris, celles-ci ont crû de 4 %, quand le produit d’adjudication de son département d’art contemporain avait augmenté de plus de 33 % l’année précédente.
À Londres, qui ouvre traditionnellement la séquence des grandes ventes, les sessions du soir affichent une belle progression. En février, le cumul des résultats des deux maisons anglo-saxonnes augmente de 13,4 % (240,3 M£, soit 327,8 M€ quand en juin la hausse est de 17,4 % (226 M£, soit 317,1 M€). En octobre enfin, les ventes progressent de 13 %, portées par le succès de l’art italien d’après guerre. Cette croissance globale n’est pourtant due qu’aux performances de Sotheby’s, qui a fait un bond spectaculaire lors des sessions de février et juin ( 40 % pour chacune) ; les ventes du soir de Christie’s (sauf l’art italien) sont toutes en baisse. La société américaine prend donc la tête dans la capitale britannique.

« Nurse », le lot le plus cher
New York, capitale de l’art contemporain, fait montre de résultats plus contrastés. Le calendrier avait été chamboulé en mai comme en novembre, avec les ventes thématiques de Christie’s courant sur le XXe siècle. Ainsi, le volume d’affaires des seules ventes du soir des deux auctioneers a atteint en mai le montant record de 1 milliard d’euros (1,2 Mrd$). La progression par rapport à l’an passé est donc de 12,6 %, mais seulement grâce aux lots d’art contemporain de la vente spéciale de Christie’s « Looking forward to the past ». Cependant, la croissance vertigineuse du secteur a connu un coup d’arrêt en novembre. Le cumul des ventes des maisons anglo-saxonnes est en baisse par rapport à 2014, cuvée exceptionnelle il est vrai, une baisse de 24 % (avec un total de 743 M€) pour les seules ventes du soir (incluant les lots d’art contemporain issus de la vente Alfred Taubman chez Sotheby’s et de « The Artist’s Muse » chez Christie’s). Cela alors qu’ont été organisées plus de ventes  recensant plus de lots. C’est lors de ces vacations qu’a été cédée Nurse (1964) de Roy Lichtenstein, pour 89,6 millions d’euros (95,3 M$), en faisant le lot contemporain le plus cher de l’année.

Bilan flatteur pour la France
Contrairement à 2014, la France présente un bilan flatteur. Sotheby’s, à nouveau en tête, continue de progresser, annonçant 55 millions d’euros de volume d’affaires pour son département d’art contemporain, contre 51,1 l’année précédente, une hausse de 7,5 %. Christie’s atteint 52,1 millions d’euros, un chiffre en augmentation de 9,7 % (47,5 M€ en 2014), mais reste encore en deçà des 56,8 millions d’euros records obtenus en 2013. Artcurial continue de baisser : la maison annonce un chiffre d’affaires de 23,2 millions d’euros contre 25,9 en 2014. L’adjudication la plus élevée dans l’année est une toile du Franco-Chinois Zao Wou-ki intitulée 5.5.60 (1960). Cédée 3,8 millions d’euros en juin dernier par Sotheby’s, elle reste loin des 16 millions obtenus au printemps pour une voiture de collection Ferrari chez Artcurial ! Comme en art impressionniste et moderne, le marché français ne parvient pas à attirer des œuvres locomotives. « Paris conserve une visibilité internationale importante, les collectionneurs continuent de regarder ces ventes. Et s’il n’y a que peu de records à Paris, ce n’est pas le signe qu’il n’y a pas d’œuvres importantes. Pour certaines séries spécifiques des artistes, les prix sont plus hauts à Paris », observe Stefano Moreni, spécialiste chez Sotheby’s.

Parmi les tendances générales de l’année, on note un recentrage vers les « classiques » contemporains, quand certains artistes plus contemporains portés aux nues les années précédentes ont au contraire vu leur cote s’effondrer. Faut-il s’alarmer des signes d’essoufflement du marché ? « L’année a été très belle et la solidité générale. Il est normal qu’il y ait un réalignement de certaines valeurs non consolidées. Chaque période a eu ses modes », explique Stefano Moreni. En revanche, pour Marc Blondeau, ex-président de Sotheby’s et aujourd’hui courtier : « Il n’y a aujourd’hui pas de rapport entre la qualité des œuvres et leur prix. Le rétablissement va se faire. » L’art contemporain pourrait bien avoir en avoir fini avec sa course folle en avant.

Légende photo

Roy Lichtenstein, Nurse, 1964, huile et Magna sur toile, 121,9 x 121,9 cm. © Christie's Images Ltd.

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°449 du 22 janvier 2016, avec le titre suivant : Une course un peu moins folle

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