Vendredi 19 octobre 2018

Le billet

« Un pochoir londonien de Banksy fait le mur à Miami »

Par Anne-Cécile Sanchez · L'ŒIL

Le 25 mars 2013 - 341 mots

À qui appartiennent les œuvres exécutées dans la rue ? Aux passants, à l’artiste, au propriétaire des murs ? La question se pose à l’occasion de l’affaire Banksy : Slave Labor (Bunting Boy), pochoir exécuté par l’artiste sur le mur d’un magasin de discount à Londres, a disparu du jour au lendemain… avant d’être retrouvé à l’affiche d’une vente d’art à Miami.

Alors que la controverse médiatique enfle, ni Banksy, ni Wood Green Investment – le propriétaire du bâtiment – ne se sont exprimés publiquement. Cependant, « la position de l’artiste est très claire sur ce point, souligne Arnaud Oliveux, spécialiste de Street Art chez Artcurial. Banksy a créé un organisme d’authentification de ses œuvres, le Pest Control, qui atteste en produisant un certificat qu’une œuvre peut ou non passer en vente. Les œuvres “prises” sur le terrain ne peuvent être cédées et commercialisées. » Les œuvres exécutées in situ, dans un contexte précis sont, estime Arnaud Oliveux, « offertes au public ». Et le public entend bien faire valoir ses droits. Comme à Berlin, où se joue, autour de ce qu’il reste du Mur détruit en 1989 une histoire urbaine certes d’un autre genre, mais pas si différente. Témoin selon de nombreux Allemands d’un passé qui appartient à la ville mais aussi, à travers les graffiti qui le recouvrent, indice de la liesse qui suivit la fin de la séparation Est-Ouest, le Mur est considéré comme une galerie d’art à ciel ouvert autant que comme un vestige historique. Le déplacer pour construire à sa place une résidence de standing constitue selon les opposants au projet un sacrilège. Souvenir des troubles qui agitèrent Londres l’été précédant les JO, le Banksy volé avait lui aussi une portée symbolique. Son détenteur ne s’en émeut sans doute pas plus qu’un Malraux rapportant dans ses bagages en 1923 un bas-relief du temple de Banteay Srei pour le revendre à un collectionneur. À l’époque, Malraux fut arrêté et l’intelligentsia prit sa défense, considérant que ce pillage n’était pas du vol. On attend des nouvelles de Miami.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°656 du 1 avril 2013, avec le titre suivant : « Un pochoir londonien de Banksy fait le mur à Miami »

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