Arts premiers

Un marché régulé

Par Marie Potard · Le Journal des Arts

Le 8 décembre 2015 - 792 mots

Signe de maturité, le marché ne s’emballe plus. Il exige des œuvres estimées
à leur juste valeur et ne laisse plus de place aux objets de qualité intermédiaire.

PARIS - Le marché en arts premiers n’est pas dupe, il réclame des estimations justes et des pièces de grande qualité. C’est ce qu’ont démontré les ventes parisiennes de Sotheby’s et Christie’s en cette fin d’année.

Sotheby’s s’est lancée la première, récoltant le 2 décembre 5,9 millions d’euros avec 68 lots vendus sur 84. Ce bon résultat s’inscrit dans la fourchette de son estimation (4,6-6,2 M€), mais est inférieur de moitié au total de 2014 (12 M€) – qui certes comprenait la collection d’art du Congo d’Alexis Bonew (6,2 M€). Pour Marguerite de Sabran, directrice du département, « le marché reste solide avec une vente qui a bénéficié de beaucoup d’activité ».

Étonnament, ce ne sont pas les pièces phares qui ont rencontré le plus de succès chez Sotheby’s. En effet, même si les deux lots à l’estimation la plus élevée de la vacation ont trouvé preneur, ils n’ont pas atteint leur estimation basse. Les portraits du roi Pokam et de la reine Yugang, du royaume de Batoufam (Cameroun), issus de la collection Delenne, estimés 1,3 à 1,6 million d’euros, ont été adjugés 1,2 million d’euros au marteau tandis que la statue Fang (Gabon) de Louis Carré a été achetée par Julien Flak, marchand à Paris, 350 000 euros, toujours au marteau, sur une estimation de 400 000 à 500 000 euros. Or, si de nombreux lots de la vente bénéficiaient d’estimations raisonnables, ces lots phares étaient accompagnés d’estimations sans doute un peu trop hautes. Mais aussi, l’esthétique de la sculpture, par ailleurs érodée du couple du Cameroun, pouvait être incomprise du grand public. Concernant la statue Fang, une icône de l’art africain, « peut-être que certains se réservaient pour celle vendue le lendemain chez Christie’s », se questionnait l’heureux nouveau propriétaire, lui-même surpris d’avoir pu faire cette acquisition.

Succès pour l’art océanien
En contrepartie, même s’il ne constituait qu’un tiers environ de la vente, l’art océanien a fait des étincelles. « Le marché était beaucoup plus combatif que celui de l’art africain », notait Julien Flak. Une statue masculine Kopar (Papouasie-Nouvelle-Guinée), provenant de la collection Delenne, a été adjugée 483 000 euros (est. 150 000-200 000 €), deuxième meilleure adjudication de la vacation alors qu’un tambour cérémoniel, lac Sentani, a été cédé 363 000 euros (est. 120 00-180 000 €). Le marché a-t-il toujours autant envie d’art africain ? « Oui pour de très beaux objets et de bonnes affaires, mais [cela est moins le cas] pour les objets intermédiaires. » Il est encore trop tôt cependant pour dire qu’un changement de goût est en train de s’amorcer.

Beaucoup de petits objets

Du côté de Christie’s, qui a totalisé 7,3 millions d’euros (est. 5,5 à 8,5 M€), l’art océanien s’est également bien vendu. Un masque du détroit de Torrès (Australie) a été adjugé 1,6 million d’euros contre une estimation de 750 000 à 1,2 million d’euros, un record pour ce type de pièce océanienne. Contrairement à Sotheby’s, les lots phares se sont très bien vendus, à l’exception d’un reliquaire Kota (Gabon), de la collection Kerchache, resté sur le carreau (est. 850 000 € à 1,2 M€). Le reliquaire Fang (Gabon), provenant de la collection André Fourquet (acquis lors de la vente du célèbre marchand Paul Guillaume), à la sculpture puissante et suintante, a récolté la meilleure enchère de la semaine avec 3,8 millions d’euros, dépassant son estimation haute fixée à 3 millions. « Nous étions plusieurs à imaginer qu’il pourrait atteindre les 5 millions. Les objets vraiment importants, de qualité muséale, peuvent faire de gros prix, mais c’est plus dur pour le reste », commentait Julien Flak. D’ailleurs, le fort taux d’invendus (35 %) en témoigne : « Cela démontre aussi que les vendeurs ont été trop gourmands », selon le marchand.

Les deux ventes comprenaient beaucoup de petits objets. « Pour ma part, je trouve cela très positif car cela fait vivre différentes couches du marché », notait Julien Flak. Didier Claes, marchand à Bruxelles, avait un avis plus tranché : « Je ne comprends pas pourquoi, à côté d’un ou de deux objets exceptionnels, les maisons de ventes proposent des objets intermédiaires. Les gens ne comprennent pas. Pourquoi ne pas faire une vente du soir et une du jour comme en art moderne ou contemporain ? »

Toutes les estimations sont indiquées hors frais acheteur tandis que les résultats sont indiqués frais compris.

SOTHEBY’S, LE 2 DÉCEMBRE
Estimation : 4,6 à 6,2 M€
Résultat : 5,9 M€
Taux de vente : 81 %

CHRISTIE’S, LE 3 DÉCEMBRE
Estimation : 5,5 à 8,5 M€
Résultat : 7,3 M€
Taux de vente : 65 %

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°447 du 11 décembre 2015, avec le titre suivant : Un marché régulé

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