Foire

TEFAF : l’année du jubilé d’argent

Par Armelle Malvoisin · Le Journal des Arts

Le 28 février 2012 - 1218 mots

Organisée du 16 au 25 mars à Maastricht, The European Fine Art Fair (Tefaf), célèbre cette année les vingt-cinq années qui l’ont menée au sommet des foires mondiales d’art et d’antiquités.

La Tefaf (The European Fine Art Fair), la prestigieuse foire d’art et d’antiquités de Maastricht, fête ses vingt-cinq ans. Cet événement sera salué par un nouveau logo, une installation lumineuse réalisée par l’artiste américain Leo Villareal et la publication d’un livre spécial « jubilé d’argent » – comprenant des entretiens réalisés avec des conservateurs de musée et des collectionneurs privés –, ainsi qu’une rétrospective des grandes œuvres d’art vendues à la Tefaf. Le jubilé d’argent est aussi le point d’orgue d’une campagne internationale visant à élargir la base d’ores et déjà étendue des visiteurs de la Tefaf (73 000 visiteurs en 2011) : pour la première fois, des collectionneurs et conservateurs chinois ont été reçus, à Beijing et à Shanghai, par l’ambassadeur des Pays-Bas en Chine qui a mis en avant le caractère incontournable de la foire. Cette opération a été organisée par les différents ambassadeurs des Pays-Bas en poste aux États-Unis, au Brésil et en Europe, notamment à Paris où les marchands français exposant à la Tefaf et leurs collectionneurs étaient conviés à une réception chaleureuse. « Les spécialistes de renommée internationale exposant à la Tefaf réservent habituellement leurs plus belles pièces pour la foire. Mais cette année, assurent les organisateurs, ils ont placé la barre encore plus haut afin d’honorer le 25e anniversaire de sa création ».

Moins de 265 chefs-œuvre
Plus haut ? Difficile de savoir, avant le coup d’envoi, si la Tefaf 2012 sera vraiment une grande année. Beaucoup d’exposants gardent secrètement jusqu’au dernier moment les trésors qu’ils exposeront à la foire. Certains les présentent en avant-première à leur clientèle habituelle, avec le risque qu’ils soient prévendus avant le vernissage. Tous font des efforts pour présenter le meilleur de leur domaine, ce qui n’est pas une mince affaire dans un contexte où les beaux objets se raréfient. « Il ne faut pas se leurrer, lance un exposant. Nous sommes 265 participants, mais il n’y a pas 265 chefs-d’œuvre à la Tefaf. » La foire concentrant le plus grand nombre de professionnels de haut niveau, dans toutes les spécialités et en provenance de 19 pays, on peut s’attendre à un florilège d’œuvres de grande qualité. Pour l’édition 2012, le Parisien Jean-François Heim fera découvrir L’Âge d’Or de la peinture danoise à travers une collection de  45 tableaux et 6 dessins de la peinture danoise de la première moitié du XIXe siècle, à côté de toiles françaises signées Navez ou Fragonard. Le domaine des tableaux anciens, historiquement fort à la Tefaf, voit l’arrivée du Hollandais Rob Kattenburg (Bergen) qui viendra ajouter quelques pièces à la longue galerie de peintures flamandes et hollandaises de la foire, avec une prédilection pour les marines. Pour l’année du jubilé qui coïncide avec sa quinzième participation à la foire, le spécialiste de l’art océanien Anthony Meyer (Paris), a voulu marquer le coup en inaugurant sur son stand un nouveau département dédié à l’art archaïque des cultures eskimo du Grand Nord de la période de 2500 à 900 avant J.-C., ainsi qu’à l’art eskimo de l’époque historique jusqu’au XIXe siècle. Parallèlement, il expose une sélection rigoureuse d’œuvres océaniennes dont « un objet [qu’il] attendait depuis 24 ans, soit une tête Marada de Nouvelle-Irlande, «jumelle» de celle [qu’il a] déjà eue, publiée et vendue ». L’antiquaire munichois, Georg Laue, spécialiste de la Kunstkammer (chambres des arts) et de la Wunderkammer (chambre des merveilles), dévoilera un ensemble de 100 objets « de qualité muséale » de la Renaissance et de la période baroque, sur le thème de l’exotisme. Parmi les pièces les plus remarquables, la coupe Humboldt, noix de coco gravée d’une scène de cannibalisme brésilien et montée en argent, fut réalisée au milieu du XVIIe siècle pour Johan Maurits van Nassau-Siegen, gouverneur général du Brésil. À côté de cet habitué de la foire, quatre nouveaux exposants enrichissent la section « Objets d’art » : Carlton Hobbs (Londres), Filippo Benappi (Turin), la galerie Coll & Cortés (Madrid) et la galerie anglaise Tomasso Brothers (Leeds) qui présentera un rare groupe en bronze du Taureau Farnèse par Giovanni Francesco Susini.

Sections jeunes espoirs et dessins
La section moderne gagne aussi du terrain avec pas moins de cinq nouvelles enseignes dont la galerie Tornabuoni (cinq galeries en Italie, une en Suisse et une à Paris), spécialisée dans l’art italien moderne et contemporain. Il s’agit, pour son dirigeant Michele Casamonti, de sa toute première demande de participation à la Tefaf, laquelle a tout de suite été acceptée par les organisateurs. « Pour démarrer à Maastricht, j’ai voulu un programme fort, soit un one man show – une entreprise toujours risquée dans une foire, de trente tableaux de Lucio Fontana. Je précise que tous sont à vendre », lance le galeriste. Sur son stand, aucune œuvre n’est à céder à moins d’un million d’euros. Les Concetto Spaziale réalisés par l’artiste entre 1950 et 1968 forment l’essentiel de ce parcours dans lequel on notera une rarissime paire de toiles rouge et blanche à une fente, ainsi qu’un historique grand tableau de 1957 avec des inclusions de paillettes, issu de la série Baroque et sorti tout spécialement de la collection familiale Casamonti. Très appréciée de nombreux collectionneurs en quête de nouveauté, la sélection « Showcase », située sur une plateforme spéciale au cœur de la foire, permet de découvrir chaque année six différentes jeunes galeries montantes ayant 3 à 10 ans d’activité. Les candidats retenus pour 2012 sont Didier Antiques (Londres) pour les bijoux de peintres et sculpteurs d’après-guerre ; Fergus Hall (Londres) pour les tableaux flamands et hollandais du XVIIe siècle et la peinture anglaise du XVIIIe  siècle ; la galerie Kálmán Makláry (Budapest) qui met en lumière des artistes hongrois du XXe siècle ayant vécu en France ; Giuseppe Piva (Milan) pour l’art du Japon (armures, casques, sabres, paravents, netsuke, objets en laque…) ; la galerie Vigo (Londres) qui représente des artistes figuratifs contemporains et enfin, Christophe de Quénetain (Paris) pour le mobilier ancien. Compte tenu de sa spécialité et du stand de 9 m2 imposé à « Showcase », ce dernier s’est limité à présenter quatre petits meubles ; tandis qu’une rare broderie française du XVIIe siècle aux armes ecclésiastiques de Monseigneur Hyacinthe de Seisse, dans un bel état de fraîcheur, et qu’un cadre en bois sculpté, doré et peint, aux armes du Grand Dauphin orneront brillamment ses cimaises. Encore sera-t-il mieux loti que les exposants de la section « Works on paper » qui se plaignent d’être isolés dans l’espace du premier étage que manque au moins un visiteur sur deux. À moins que la formidable exposition de Dessins de maîtres provenant de la Fondation Custodia (Paris) et volontairement localisée au même endroit, ne redirige un flux de personnes vers le secteur négligé, grâce aux esquisses et études de Léonard de Vinci, du Guerchin, de Rembrandt ou encore de Pierre-Paul Rubens.

TEFAF (THE EUROPEAN FINE ART FAIR)

Organisation : The European Fine Art Foundation
Nombre d’exposants : 265
Coût du stand : 330 euros le m2
Nombre de visiteurs en 2011 : 73 000

Du 16 au 25 mars, Maastricht Exhibition and Congress Centre (MECC), Forum 100, Maastricht, Pays-Bas, www.tefaf.com, tlj 11h-19h, le 25 mars 11h-18h

Lire les autres articles du dossier TEFAF : déjà 25 ans paru dans Le Journal des Arts numéro 364 (2 au 15 mars 2012) :

- Un florilège d’œuvres exceptionnelles

- L’ascension d’une grande foire

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°364 du 2 mars 2012, avec le titre suivant : TEFAF : l’année du jubilé d’argent

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