Peinture ancienne

Sotheby’s Londres surpasse Christie’s

Par Marie Potard · Le Journal des Arts

Le 5 janvier 2016 - 774 mots

Dans un contexte de baisse des ventes de la peinture ancienne, Sotheby’s réalise un chiffre trois fois supérieur à celui de sa concurrente, grâce à des estimations plus conformes au marché.

LONDRES - Les résultats des ventes du soir de Sotheby’s et Christie’s Londres vont du simple au triple. Sotheby’s remporte la manche avec 22,6 millions de livres (1), même si son produit n’a pas atteint l’estimation haute (25 millions de livres), alors que Christie’s a affiché un résultat très décevant, soit 6,4 millions de livres, plus de deux fois inférieur à son estimation basse (15 millions de livres). En cumulant les deux vacations du soir, les deux maisons de ventes totalisent 29 millions de livres, soit le plus mauvais score depuis 2008 dans la catégorie pour cette session de décembre à Londres – près de 60 % de moins que l’an passé. Il est vrai que l’année dernière, une vue de Rome de Turner vendue 30,3 millions de livres avait fait toute la différence.

Christie’s victime de ses expertises
Si le montant adjugé par Sotheby’s n’est pas loin de la moyenne basse des cinq dernières années (autour de 25 millions), Christie’s s’en écarte dangereusement. « Les deux maisons de ventes ont pris de gros risques, avec des estimations élevées. Ça a marché pour l’une, mais visiblement Christie’s s’est confronté à un problème d’expertise », analysait Éric Turquin. Et pour couronner le tout, il n’y avait pas de chef-d’œuvre cette année. Pour sa vente du soir, Christie’s a donc récolté 6,4 millions de livres, son plus mauvais score en dix ans. La maison de ventes n’a réussi à vendre aucun de ses lots phare. Lièvre parmi les plantes, une aquarelle de Hans Hoffman (1545-1591), pas des plus séduisante, est restée sur le carreau (est. 4 à 6 millions de livres). Une estimation trop élevée pour un peintre dont l’adjudication la plus élevée date de 2001 avec une huile sur toile représentant également un lièvre et vendue 1,7 million de livres. De même, une Vierge à l’Enfant de Hans Memling n’a pas trouvé preneur (est. 2,5 à 3,5 millions de livres), ainsi qu’une vue de Venise de Francesco Guardi (est. 1,5 à 2,5 millions de livres). Pari réussi en revanche pour une œuvre de Pietro Testa (1612-1650), Enée et la Sibylle de Cumes présentant le rameau d’or à Charon, emportée pour 746 500 livres (est. 300 000 à 500 000 euros) alors que ce peintre n’avait jamais dépassé les 50 000 livres en ventes aux enchères.

Un marché plus sensible aux nouveautés
Les choses se sont donc mieux passées chez Sotheby’s (22,6 millions de livres) avec moins de casse et la vente de ses lots phare, sans atteindre toutefois son estimation basse (25 millions de livres). Le lot star, L’Écluse, de John Constable a été adjugé 9,1 millions de livres, dans la fourchette basse de son estimation (8 à 12 millions de livres), bien loin derrière le tableau de même sujet adjugé en 2012 chez Christie’s Londres pour 22,4 millions de livres. « Le fait qu’un tableau de même sujet se représente trois ans après a créé la confusion dans l’esprit des gens, qui ont pensé que c’était le même mais il n’en était rien », commentait Pierre Étienne, directeur du département des tableaux anciens de Sotheby’s. Quant à l’autre lot phare de la vente, une Vierge à l’Enfant, de Jan Gossaert dit Mabuse, elle a récolté 4,6 millions de livres, également dans la fourchette basse de ses estimations (4 à 6 millions de livres). Surprise de la vacation, le Musée du Louvre s’est porté acquéreur pour 965 000 livres (est. 400 000 à 600 000 de livres) du volet gauche d’un triptyque dont la partie centrale est conservée au Getty Museum (Los Angeles). L’œuvre représente L’Arrestation du Christ (vers 1440-1450) par le Maître du triptyque Dreux-Budé, probablement André d’Ypres. Une peinture française du XVe siècle est bien rare sur le marché et le Louvre a bondi sur l’occasion. « Malgré ces résultats, on ne peut pas dire que le marché n’est pas bon. Vendre un Constable à 9 millions de livres ou une Vierge à l’Enfant – un tableau religieux qui plus est, de Jan Gossaert – n’est pas un mauvais score. C’est juste que le marché n’est pas fou. Il ne va pas payer quatre fois le prix de ce que valent les choses. L’aquarelle de Hans Hoffman ne valait pas 4 millions de livres », soulignait Éric Turquin. « Le marché reste dynamique quand on sait le surprendre. Il faut sans cesse montrer des découvertes », concluait Pierre Étienne.

Note

(1) Tous les prix s’entendent frais compris, sauf les estimations indiquées hors frais acheteurs.

Peinture ancienne et peinture anglaise

Christie’s, 8 décembre
Total : 6,4 millions de livres (9,1 millions d’euros)
Estimation : 15 à 23 millions de livres
Nombre de lots vendus : 26 sur 46 (56,5 %)


Sotheby’s, 9 décembre
Total : 22,6 millions de livres (31,1 millions d’euros)
Estimation : 25,5 à 38 millions de livres
Nombre de lots vendus : 29 sur 44 (65 %)

Légende photo
John Constable, L'écluse, huile sur toile, 139,7 x 122 cm. © Photo : Sotheby's/Art digital Studio.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°448 du 8 janvier 2016, avec le titre suivant : Sotheby’s Londres surpasse Christie’s

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