Galerie

ART CONTEMPORAIN

Renos Xippas atteint la trentaine

Par Henri-François Debailleux · Le Journal des Arts

Le 22 janvier 2021 - 665 mots

PARIS

La galerie fête ses 30 ans avec trois volets qui verront à chaque fois se succéder dans son espace parisien une partie de ses quarante artistes.

Renos Xippas
Renos Xippas
Courtesy Galerie Xippas

Paris. Initialement prévu en octobre 2020, ce premier des trois volets marquant le 30e anniversaire de la Galerie Xippas réunit treize artistes sur la quarantaine qu’elle représente et qui seront montrés successivement. Le parcours démarre par une œuvre de Philippe Ramette, un relief mural, Sculpture sécable (2011), qui évoque une énorme pilule, de 1 m de diamètre en résine bleue. Un clin d’œil caractéristique de la démarche facétieuse de l’artiste et parfaitement d’actualité dans le contexte de la crise sanitaire. Du même artiste on découvre, dans l’espace du sous-sol, une photographie où, selon le principe des mises en situation irrationnelles de lui-même, Ramette apparaît en costume, debout sur des sortes d’échasses contemplant à perte de vue un paysage de montagne. L’œuvre voisine avec une suite de six photos de Vik Muniz, l’un des autres piliers de la galerie dont la première exposition ici remonte à 1999. Elles font partie de la série « Equivalent (Cloud Pictures Series) » qui montre des formes réalisées en coton figurant aussi bien un petit cochon que les mains de Dürer en prière, un escargot, une théière, un chat, un rameur.

Vik Muniz, Avignon, 2018, et Takis, Sculpture magnétique, 1978, Vue de l’exposition « 30 ans déjà #1 » à la galerie Xippas. © Frédéric Lanternier / ADAGP
Vue de l’exposition « 30 ans déjà #1 » à la galerie Xippas : Vik Muniz, Avignon, 2018, et Takis, Sculpture magnétique, 1978.
© Frédéric Lanternier / ADAGP

On retrouve Vik Muniz au premier étage avec deux grandes photos (dont l’une en triptyque) typiques de ses reconstitutions d’œuvres de l’histoire de l’art à l’aide de matériaux insolites : l’une, intitulée Avignon , en référence à Picasso et Matisse, est composée de morceaux de papiers peints et découpés par l’artiste juxtaposés ou superposés à ces mêmes morceaux photographiés ; l’autre, Monochrome, Pink-Blue-Gold , est inspiré d’Yves Klein. Non loin figurent deux toiles de Peter Halley et deux sculptures de Pablo Reinoso, l’une issue de sa plus récente série, « Up Rooted », sur les arbres et l’autre de ses fameux bancs-spaghettis. À ces noms s’ajoutent ceux de Céleste Boursier-Mougenot, Valérie Jouve, Bettina Rheims, James Siena…, soit un mélange d’artistes établis et d’autres plus jeunes, représentatifs des trois axes de la galerie : la photographie, les artistes sud-américains et l’abstraction née dans les années 1980. Avec, en tête de liste et figure tutélaire, Takis (1925-2019), qui occupait les trois niveaux de la galerie lors de son inauguration le 19 octobre 1990. Sur les recommandations du célèbre marchand Alexandre Iolas avec lequel il avait fait ses débuts dans le domaine artistique, Renos Xippas avait d’ailleurs été, dès 1974, l’assistant du maître grec ici joliment représenté par une Sculpture magnétique (1978) et des signaux lumineux (années 1960).

Une démultiplication d’espaces

Lancée en pleine crise liée à la guerre du Golfe et installée au-dessus et au-dessous de l’espace d’Yvon Lambert (devenu aujourd’hui celui de David Zwirner), la galerie parisienne de Xippas va par la suite se démultiplier. D’abord à Athènes en 2003, puis en 2005 sous le nom de La Réserve à Pacy-sur-Eure en Normandie (dans ce qui fut le premier espace industriel d’une galerie), à Montevideo (Uruguay) en 2010, à Genève en 2011, à Bruxelles (en association avec Albert Baronian) en 2019. Avant, en janvier 2020, un nouvel espace à Punta Del Este, en Uruguay (où sa famille avait émigré en 1957 après avoir quitté l’Égypte à la suite de la crise du canal de Suez) et enfin, en décembre dernier, également avec Baronian, à Knokke-le-Zoute (Belgique). Si ce vaste déploiement aurait de quoi inquiéter dans le contexte actuel, Renos Xippas reste serein : « Je suis dans une époque Covid très cool : malgré tous ces espaces, je ne suis pas Gagosian, mes structures sont à taille humaine avec très peu de salariés et relativement peu de frais. Je crois énormément aujourd’hui aux galeries de plaisir, où le collectionneur ne vient pas uniquement pour acheter une œuvre, mais pour rester un moment et vivre une expérience. »À bon entendeur… Dans une fourchette allant de 2 000 euros pour une photo de Matthew Porter à 170 000 euros pour le grand Takis, les prix des œuvres sont en outre très raisonnables.

30 ans déjà ! # 1,
jusqu’au 13 mars, Galerie Xippas, 108, rue Vieille-du-Temple, 75003 Paris.

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°559 du 22 janvier 2021, avec le titre suivant : Renos Xippas atteint la trentaine

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