Dimanche 21 octobre 2018

Pour amateurs éclairés

À Drouot, quelques belles vacations spécialisées

Le Journal des Arts

Le 1 février 1995 - 879 mots

Des dessins de Steinlen, des estampes, les monnaies de Vernin, des miniatures et de la très belle vaisselle : en février, seule une poignée de ventes un peu originales vient rompre la routine hivernale.

PARIS - Le 2 février, Me Rémi Ader mettra aux enchères plus de 300 dessins, estampes, lavis, pastels et aquarelles de Théophile-Alexandre Steinlen – des scènes de rue, des vues de Paris, des études de personnages et de nombreux chats. Les œuvres proviennent de la collection de la danseuse et modèle sénégalais Masseida, la maîtresse de l’artiste qui lui a survécu une dizaine d’années, et dont 11 portraits figurent dans la vente.

Masseida avait choisi comme légataire la fille d’une amie, et la vente sera la cinquième de cette même succession – la quatrième ayant été organisée par Ader-Picard-Tajan en 1982. Elle comprend de nombreux dessins qui ont beaucoup de charme, et les estimations sont modestes – entre 500 et 10 000 francs.

Une autre vacation intéressante pour l’amateur d’œuvres sur papier aura lieu le 3 février, lorsque Me Jacques Tajan dispersera plus de 230 estampes. La très jolie estampe Le Gamin, d’Édouard Manet, qui figure sur la couverture du catalogue, est estimée à 50 000 francs, tout comme Le Viol, ou l’étreinte III (1933), de Picasso. Ce sont de loin les œuvres les plus chères.

Les autres, qui vont du XVIIIe au XXe siècle, avec quelques"écoles anciennes" en prime, sont d’artistes, ou d’après des artistes, aussi divers que Raphaël, Chardin, Greuze, Adami, Braque et Laboureur. La plupart des estimations sont en dessous de 5 000 francs.

Mort en salle des ventes
Le 8 février, Me Picard, assisté de l’expert Sabine Bourgey, dispersera toute une partie de la célèbre collection Henry Vernin de monnaies grecques, romaine, féodales, françaises et étrangères. Collec­tionneur passionné jusqu’au bout, Henry Vernin est mort en salle des ventes en 1980, juste après avoir acquis une monnaie byzantine convoitée. Une partie de sa collection avait été léguée au Cabinet des médailles de Marseille. Cette vente comprend 450 lots, soit quelque 2 000 pièces, estimées au moins 1,5 million de francs.

Les ventes composées de Drouot comprennent assez souvent quelques lots de miniatures. Il est rare, en revanche, de voir la dispersion de toute une collection. Or le 10 février, Mes Dominique Delavenne et Didier Lafarge mettront aux enchères environ 180 pièces, qui datent du milieu du XVIIIe siècle – lorsque le portrait en miniature est devenu à la mode – au milieu du XIXe – lorsque l’art du photographe a détrôné celui du miniaturiste.

La mode de la miniature était dominée par des artistes britanniques, dont Richard Cosway était le plus recherché. Sa Jeune femme en robe blanche est estimée entre 15 000 et 20 000 francs, la Jeune femme en robe aurore de son compatriote Smart, entre 25 000 et 30 000 francs.

Marchand d’armes pour révolutionnaires
Parmi d’autres lots de la vente, le portrait de Louis XVI – estimé entre 40 000 et 50 000 francs – par Joseph Boze, esprit original qui, après avoir peint pour la Cour de France, s’est converti en marchand d’armes auprès des révolutionnaires. Il devint ensuite peintre officiel auprès de Louis XVIII, qui l’anoblit en lui donnant le titre de comte. Homme au nez cassé, un portrait du grand miniaturiste Jean-Baptiste Augustin, est estimé entre 25 000 et 30 000 francs, et Mademoiselle Bigottini, danseuse à l’Opéra (1815), de Boucharay, entre 18 000 et 20 000 francs.

Les amateurs de céramiques trouveront aussi de quoi compléter leurs collections à Drouot, en février. Le lundi 6, Mes Pescheteau-Badin, Godeau et Leroy, assistés de l’expert Jean-Gabriel Peyre, mettront en vente plus de 180 lots de faïences et porcelaines des XVIIIe et XIXe siècles, ainsi qu’un certain nombre d’objets de vitrine – des boîtes en ivoire, carnets de bal et porte-monnaie. Les lots, dont la plupart viennent de plusieurs collections, sont uniquement de provenance privée.

La girafe de Charles X
Parmi les faïences, françaises dans leur majorité, figurent une assiette de Marseille de la manufacture Leroy, estimée 20 000 francs, plusieurs pièces de Bourgogne-Auxerroise, dont un pichet-tonnelier daté de l’an VI, ainsi qu’une bouteille en faïence de Nevers, datée de 1785, représentant un boucher, un certain Antoine Poyau, et estimée entre 12 000 et 15 000 francs. Ce sont les amateurs d’assiettes en faïence de Moustiers et de Marseille qui devraient être particulièrement bien servis : la vente en présente un bon nombre, dont les prix, essentiellement pour des raisons de mode, ont chuté de moitié depuis quatre ans.

Le 10 février, les études Couturier-Nicolay et Oger-Dumont, assistées de l’expert Georges Lefèbvre, disperseront 180 lots de faïences et porcelaines, dont une soixantaine de Chine. Parmi ces derniers, des assiettes, vases et pièces de forme, famille rose et famille verte, de la Compagnie des Indes. Les lots de porcelaine de Sèvres et de Paris, des XVIIIe et XIXe siècles, comprennent un service solitaire – une tasse, une soucoupe, un sucrier, une verseuse et un plateau –, décoré de la célèbre girafe de Charles X.

Les faïences françaises proviennent des principales manufactures : Moustiers, Marseille, Rouen et Nevers. Elles comprennent une saupou­dreuse XVIIIe siècle de Rouen, estimée 35 000 francs, et deux rares assiettes à fond jaune de la manufacture Samadet, estimées entre 30 000 et 40 000 francs.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°11 du 1 février 1995, avec le titre suivant : Pour amateurs éclairés

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