Samedi 5 décembre 2020

Petits et grands tours du marché de l’art

Par Roxana Azimi · Le Journal des Arts

Le 1 décembre 2010 - 551 mots

On reprend les mêmes et on recommence ? Les tics et travers du marché de l’art n’ont guère changé. Même si les spécialistes mettent l’accent sur les valeurs sûres, certains jeunes artistes suscitent toujours une frénésie proche du délire.

C’est le cas de l’Américain Jacob Kassay (né en 1984), dont une œuvre a décroché 86 500 dollars (62 000 euros) le 9 novembre chez Phillips de Pury & Company, à New York. Rappelons que, lors de l’exposition organisée en mai chez Art : Concept, à Paris, ses tableaux valaient 9 500 euros. « C’est toujours pareil, il y a des accidents ou des exceptions qui font tourner la tête. Le travail est séduisant et il parle à beaucoup de monde. Le problème est dans la relation que les gens entretiennent avec l’art. Ils sont dans la consommation immédiate. On le veut ! On le veut ! Tout de suite », remarque Olivier Antoine, directeur d’Art : Concept. Il ajoute : « C’est affligeant au niveau humain, mais cela va ouvrir de nouvelles perspectives. Cela montre un potentiel et offre un confort de travail. Lorsque le marteau est tombé, j’ai reçu, dans la minute, trois emails et deux appels téléphoniques me demandant des pièces. » Ce prix devrait aussi conforter deux grosses galeries européennes en lice, depuis mai, pour intégrer Kassay dans leur écurie…

Malgré son succès phénoménal, la carte blanche donnée par Phillips au courtier Philippe Ségalot (lire le JdA no 335, 19 nov. 2010), lors de la vente des 8 et 9 novembre, a suscité les grincements de la sociologue Sarah Thornton dans l’hebdomadaire The Economist. Celle-ci a trouvé étrange que le courtier ait à la fois collecté des œuvres pour la vente tout en conseillant ses collectionneurs de les acheter, quitte à les mettre en concurrence. Une façon d’être à la fois juge et partie. « Mettre les clients en concurrence, c’est l’essence d’une vente publique ! Tous les acheteurs étaient connus de Phillips, et ont été facturés par Phillips. J’ai touché un pourcentage sur les frais acheteurs, payé par Phillips. À aucun moment je n’ai pris de commission vendeur et acheteur », se défend Philippe Ségalot. Sarah Thornton s’étonnait aussi que figure, dans la vente, une œuvre appartenant au collectionneur François Pinault : le buste de la top model Stéphanie Seymour par Maurizio Cattelan. Pourquoi le propriétaire de Christie’s a-t-il mis en vente cette pièce dans une maison rivale, de surcroît en couverture du catalogue ? Philippe Ségalot a refusé de commenter la question, mais d’après l’un de ses proches, il s’agirait d’un signe d’amitié et de reconnaissance de la part de Pinault. Un signe qui a dû faire tousser les cadres de Christie’s… « Consigner une œuvre faisant la couverture dans une maison rivale, c’est un peu comme si le propriétaire du club [de football] de Chelsea achetait de nouvelles chaussures aux joueurs d’Arsenal. Ce n’est pas illégal, mais c’est étrange », peut-on lire dans The Economist. La pièce de Cattelan a été achetée par la famille Mugrabi, autre vendeur de la vacation et par ailleurs partenaire en affaires de Peter Brant, commanditaire de Cattelan. La vente de Phillips symboliserait-elle le règne de « l’entre soi » ? Non, affirme Ségalot, qui déclare ne pas connaître la moitié des acheteurs de cette vente. Une bien maigre défense. 

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°336 du 3 décembre 2010, avec le titre suivant : Petits et grands tours du marché de l’art

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