Spécial Paris Photo

Performances et photos-souvenirs

Par Roxana Azimi · L'ŒIL

Le 25 octobre 2010 - 736 mots

Le retour en grâce de la performance a conduit à son corollaire : la résurgence de la photographie immortalisant le happening.

Depuis deux ans, on assiste à une résurgence de la performance. Il n’est pas anodin que le MoMA de New York ait consacré une exposition à Marina Abramovic, pionnière dans l’usage du corps comme matériau artistique. La performance s’est même insinuée dans le programme culturel de la foire Artissima à Turin en novembre 2009, avec des happenings de Pistoletto, notamment. La même année, le Centre Pompidou inaugurait son « Festival », confié aux bons soins du conservateur Bernard Blistène. En septembre dernier, le vernissage de l’exposition de Barthélémy Toguo à la galerie Lelong s’accompagnait d’une performance. De même, pour son one-man show sur Artissima à la galerie gb agency, Mark Geffriaud proposera une performance où des lecteurs silencieux se plongeront dans L’Odyssée d’Homère, donnant forme par la suite à une installation.

Matérialiser l’immatériel
Les artistes de performance sont bien souvent dans le partage. « Vendre, réussir, ce ne sont que des effets secondaires », souligne ainsi l’artiste Marina Abramovic. Elle envisage même la création en 2012 d’une institution dédiée à la performance à Hudson, près de New York.
Reste que l’immatériel réclame souvent sa matérialisation. Le happening s’accompagne de fait de son enregistrement. Et c’est là qu’entre en jeu la photographie, corollaire nécessaire pour la pérennité voire la postérité de l’action. Ainsi la performance Action Pants: Genital Panic de 1969, dans laquelle l’artiste Valie Export surgit dans un cinéma porno armée d’une mitraillette, son jean découpé laissant entrevoir son pubis, n’aurait guère été connue, surtout des générations actuelles, sans la photographie. Mais ces photos ne seraient-elles que de simples reliques et traces permettant d’apprécier le geste théâtral après la bataille ? C’est l’avis de Ghislain Mollet-Viéville, spécialiste de l’art conceptuel. Pour lui, les photographies de performance ne seraient que de pâles reflets, incapables d’en restituer l’ambiance ou l’état d’esprit.
Le marché, lui, ne l’entend pas de cette oreille. Petit à petit, les images de performance surgissent sur les cimaises des galeries. Voilà deux ans, la galerie londonienne Albion, qui depuis a fermé ses portes, avait commencé à présenter des clichés de l’artiste américain Vito Acconci entre 50 000 et 130 000 dollars. Sur le salon Paris Photo en 2009, la galeriste parisienne Patricia Dorfmann avait exposé une sélection de photos basées sur l’action, avec notamment des œuvres de Michel Journiac, Zeus ou Barthélémy Toguo. « La performance photographique fait office de lien entre le corps et l’action en y insufflant de l’inattendu, de la vie, explique la galeriste. La photo devient alors une empreinte authentique d’un voyage personnel. » C’est le cas de celles de Zeus, négociées entre 4 000 et 6 000 euros. Adepte de la performance sauvage, ce jeune artiste procède à des attaques visuelles dans l’espace urbain. Le médium photographique est le plus souvent l’unique moyen de garder une trace de ses interventions à la fois physiques et spectaculaires. Ce n’est pas le cas des photographies de Barthélémy Toguo, lesquelles sont réalisées indépendamment de ses performances, même si elles peuvent en rappeler l’esprit ou la lettre.

Du happening à Paris Photo
Le sujet de la performance et de la photo reste plus que jamais d’actualité puisque la galerie luxembourgeoise Beaumontpublic y consacrera cette année son stand à Paris Photo. Son programme souligne la pertinence que la performance corporelle offre au médium photographique, à travers les photos d’Anna et Bernhard Blume, lesquels font danser sur un mode burlesque objets et personnages du quotidien en lévitation. La galerie propose aussi les photos de performance des artistes israéliennes Tamy Ben-Tor et Miki Carmi, qui questionnent la judéité. Elle affiche enfin les photos de l’actionniste viennois Hermann Nitsch, présentées autour de 2 000 euros. Compagnon de route d’Otto Muehl et de Günter Brus, celui-ci s’est taillé une réputation pour son Théâtre des orgies et des mystères, actions sanglantes aux relents païens, élaborées dès les années 1960 dans une Autriche corsetée.

Repères

Marina Abramovic
Rigueur, discipline, douleur sont parties intégrantes des performances de l’artiste qui repousse sans relâche les limites de son corps.

Hermann Nitsch
Mêlant christianisme et paganisme, cet actionniste viennois a développé des performances empreintes du Théâtre de la cruauté d’Antonin Artaud.

Michel Journiac
Avec Messe pour un corps, action au cours de laquelle le public est invité à consommer un boudin réalisé avec son propre sang, cet artiste apparaît comme l’un des pionniers de l’art corporel.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°629 du 1 novembre 2010, avec le titre suivant : Performances et photos-souvenirs

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