Mercredi 14 novembre 2018

Foire

Paris Photo, l’indétrônable

Par Christine Coste · Le Journal des Arts

Le 31 octobre 2018 - 1042 mots

PARIS

Une scène dynamique et de plus en plus diversifiée attire les fidèles de la grand-messe de la photographie. Sans rival, elle pèche cependant par une faible représentation des pays non occidentaux.

Ilit Azoulay Dreamtime
Ilit Azoulay, Dreamtime. All this and more he had seen while asleep, 2017, impression jet d’encre, feuilles d’or.
Courtesy Braverman Gallery, Tel Aviv

Paris Photo se porte bien. L’édition 2018 affiche la dynamique d’une foire sans rivale et s’avère un véritable catalyseur d’activités foisonnantes pendant une semaine, dans l’enceinte du Grand Palais comme hors les murs. Cet automne, on dénombre 168 galeries tous secteurs confondus et 31 éditeurs ou libraires contre respectivement 160 et 29 l’an dernier. Ce léger accroissement du nombre de galeries est lié à la création du nouveau secteur Curiosa, placé pour sa première édition sous le thème du rapport au corps et à l’érotisme. Après la création, en 2015 du secteur Prismes, réservé aux œuvres sérielles ou de formats exceptionnels, puis le lancement en 2017 du secteur Films en partenariat avec MK2, Curiosa permet aux dirigeants de la foire d’élargir leur offre. « L’idée de ces secteurs additionnels est de compléter le panorama général que l’on a sous la nef. Ces niches annexes amènent une réflexion sur les différentes pratiques », explique Christoph Wiesner, directeur artistique de Paris Photo. « C’est une approche que nous allons poursuivre. »

Paris Photo 2018
Les premiers visiteurs à Paris Photo 2018, 7 novembre 2018
© F.S. pour LeJournaldesArts.fr

La foire toutefois n’envisage toujours pas de se développer dans les espaces supérieurs du Grand Palais. La cartographie du parterre des 152 galeries du secteur principal ne subit pas par ailleurs de bouleversements majeurs. Les habitués de la foire retrouveront les galeries à l’emplacement qu’elles occupaient l’an dernier, du moins pour celles qui participent à cette 22e édition. Le renouvellement des galeries, bien que plus important par rapport aux dernières années (46 nouvelles galeries, dont 26 premières participations) se répartit dans les différents secteurs. Parmi les nouveaux venus on relève : 127 Marrakech, Art + Text (Budapest), Braverman (Tel Aviv), CIPA (Beijing), Enrico Astuni (Bologne), Huxley-Parlour (Londres), Ibasho (Anvers), Over the influence (Los Angeles et Hongkong), les deux enseignes new-yorkaises Invisible Exports et JHB, et les galeries parisiennes In Situ-Fabienne Leclerc, Lunn, Miranda et H Gallery.

Une majorité d’enseignes occidentales

L’origine de ces enseignes et la répartition sur la foire par nationalité de l’ensemble des galeries de Paris Photo témoignent d’un fort déséquilibre en matière de représentativité de la scène internationale, au détriment des scènes émergentes. La répartition par nationalité le montre : 31 % des enseignes sont françaises (53), 20 % américaines (33), 12 % allemandes (20), 6 % anglaises (11), tandis que 5 % sont asiatiques (8), 3 % moyen-orientales (4), 3 % africaines (4) et 2 % latino-américaines (3).

Si la foire couvre toutes les périodes et quasiment tous les genres excepté la production actuelle des photojournalistes, l’axe Europe-États-Unis prédomine encore très largement, et surtout Paris-New York. L’Amérique centrale ou l’Amérique du Sud et l’Asie restent largement sous-représentées malgré la richesse de ces scènes artistiques. L’Afrique – et en particulier l’Afrique du Sud – ne fait pas exception. Pour autant, on constate un renouvellement régulier : si Jorge Mara-La Ruche (Buenos Aires) était déjà présente l’an dernier, Lume (São Paulo) et Patricia Condé (Mexico) reviennent, mais la très pertinente Rolf Art (Buenos Aires) est absente. Florence Bourgeois, directrice de Paris Photo le reconnaît : « Nous souhaiterions qu’elles soient plus nombreuses. » Mais les places sont chères. En coût financier avant tout : la location d’un stand (au minimum 25 000 euros) est plus difficile à rentabiliser compte tenu du prix d’une photo, en moyenne bien inférieur à celui d’une pièce à la Foire internationale d’art contemporain (Fiac). Reste aussi qu’au niveau du comité de sélection on ne relève aucun galeriste sud-américain, asiatique ou africain.

Quant aux quatre semaines à peine qui séparent Paris Photo de la Fiac, elles filent à grande vitesse pour les galeries généralistes – y compris parmi les nouveaux participants – de plus en présentes à Paris Photo : 60 % des enseignes contre 40 % pour les galeries spécialisées en photo. On ne relève d’ailleurs que huit galeries présentes aux deux événements : Christophe Gaillard, Gagosian, Karsten Greve, In Situ-Fabienne Leclerc, Lelong, Nathalie Obadia, Pace, Templon et Thomas Zander. Les photographes que l’on peut retrouver chez l’un ou l’autre sont rares. Car la grande affaire de Paris Photo demeure justement de montrer, du moins en partie, que la création photographique jouit d’une variété insoupçonnée, bien loin des critères ou des choix du marché de l’art contemporain.

Un « off » qui prend de l’ampleur  

Le geste est assez inédit pour être signalé. Fotofever et Approche intègrent pour la première fois le programme À Paris pendant Paris Photo, auquel personnalités et invités de Paris Photo ont accès sur présentation de leur pass ; la foire AKAA restant en dehors du circuit, bien que la photo y soit particulièrement présente cette année. « On se connaît et on s’apprécie entre directrices. On travaille toutes pour la promotion du médium. Qui plus est, il y a de la place pour tous », souligne Florence Bourgeois. Effectivement, Fotofever (8 au 11 novembre) lancée et dirigée par Cécile Schall rassemble au Carrousel du Louvre depuis sa création, il y a sept ans, un parterre de galeries bien différent de celui de Paris Photo. À l’affiche, le programme Start to collect qui présente à l’entrée de la foire un appartement meublé par Roche Bobois et des photographies à moins de 5 000 euros issues des galeries de la foire. Tout autre est le positionnement d’Emilia Genuardi, cofondatrice et directrice d’Approche (9 au 11 novembre), ralliée pour sa deuxième édition par Elsa Janssen. Fort du succès de l’an dernier auprès des professionnels de la photo et des collectionneurs, le salon propose des œuvres de quinze artistes représentés par douze galeries et de deux artistes non représentés par une enseigne qu’elles ont elles-mêmes sélectionnées. Leur choix porte d’abord sur des pièces et des auteurs qu’elles ont envie de montrer, des œuvres souvent produites pour le salon ou fraîchement réalisées. Installé à deux pas de Fotofever, dans l’hôtel particulier Le Molière, le salon est en accès gratuit, mais sur rendez-vous. Le prix de l’emplacement (5 700 euros), quant à lui, défie toute concurrence. Là encore un parti pris. Au niveau des marchands, on retrouve cette année les galeries Éric Mouchet avec Louis-Cyprien Rials, Papillon avec Erik Dietman et Binôme avec Marie Clerel. Cette dernière est aussi à Paris Photo, à l’instar d’Inda Gallery (Budapest) qui présente Marianne Csaky.

Christine Coste

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°510 du 2 novembre 2018, avec le titre suivant : Paris Photo, l’indétrônable

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