Samedi 15 décembre 2018

Paris Photo hisse le drapeau du contemporain

Par Roxana Azimi · L'ŒIL

Le 1 novembre 2004 - 966 mots

Sans tourner le dos à son équilibre habituel, la 8e édition de Paris Photo renforce sa section contemporaine.

Si la Fiac s’évertue chaque année à se construire un meilleur karma, Paris Photo n’a pas eu à attendre cette huitième édition pour tutoyer le succès. Elle est même la seule foire hexagonale à rallier un contingent de dix-sept galeries américaines réputées. Mais elle restait classique aux entournures. Noyé dans la masse des vintages, le contemporain faisait souvent pâle figure. Grande première, 60 % des exposants présenteront cette année des photos contemporaines, notamment des galeries comme Edwynn Houk ou Virginia Green dont le stock brasse aussi le moderne. « Il s’agit plus d’un rééquilibrage que d’une évolution vers le contemporain. La force de Paris Photo est dans le brassage des genres », insiste le galeriste Michel Durand-Dessert. « Le propos n’est pas de montrer des grands formats qu’on pourra peut-être déployer un jour au Grand Palais. Les collectionneurs qui viennent sur Paris Photo pour des pièces modernes cherchent des découvertes et non des sous-produits », renchérit Valérie Fougeirol, commissaire générale du salon. D’ailleurs, les visiteurs déboursent généralement entre 15 000 et 25 000 euros, sommes qui excluent d’emblée certaines icônes de la photographie plasticienne, récupérées par des salons généralistes comme Art Basel. Certains habitués de la section contemporaine manqueront cette année à l’appel. Porté par le comité de pilotage de la Fiac, Thaddaeus Ropac a déclaré forfait tandis que Renos Xippas est mobilisé par ses projets athéniens. Kamel Mennour a décliné l’invitation pour préparer son intronisation à Art Basel Miami. Cette édition ouvre la voie à de jeunes galeries comme Scout, très en vue dans le swinging London. Cette dernière prévoit des photos de plateaux de cinéma de Christopher Doyle, à partir de 500 euros, ainsi que l’imagerie délicate et sophistiquée de Marc Wayland (autour de 6 000 euros). Nouvelle coqueluche de New York, l’artiste allemande Loretta Lux siège en majesté sur le stand de Yossi Milo. Les prix de ces œuvres troublantes, sold out lors de son exposition au printemps à la galerie, varient entre 10 000-15 000 euros pour des grands formats et 3 000-4 000 euros pour les petits. Depuis l’exposition, les prix ont sensiblement augmenté pour les premiers tirages, histoire de maintenir les amateurs sous tension ! Le photojournalisme est battu en brèche cette année par le documentaire plasticien. Ce regard sur le réel s’impose dans une nouvelle galerie iranienne, Silk Road, qui prouve que deux décennies de muselage théocratique n’ont pas atrophié l’acuité persane ! On y voit notamment une photo de Shadi Ghadirian présentant une femme entièrement voilée, presque enfouie comme un monument de Christo, dont le seul attribut visible se limite à une casserole. Ou comment un totalitarisme religieux peut escamoter la féminité et réduire l’être humain à une simple fonction… Le pays de Heidi est à l’honneur du côté des statements, qui accueille huit galeries helvétiques parmi lesquelles Skopia et Edward Mitterand, mais aussi par la présentation d’une partie de la collection du Fotomuseum de Winterthur.

Le moderne reste une valeur sûre
Malgré l’évolution vers le contemporain, le primitif et le moderne restent l’épine dorsale de la manifestation. Inquiets pendant la première moitié de l’année, les marchands de ces secteurs perçoivent les pulsations d’une reprise. « L’an dernier le marché était difficile et les six premiers mois de cette année poussifs. Les gens étaient intéressés, mais avaient du mal à sortir leurs portefeuilles. Actuellement les choses semblent redémarrer », observe la galeriste Agathe Gaillard. Les affaires avaient d’ailleurs été molles aux premiers jours de Paris Photo avant que le salon ne recouvre son énergie en fin de parcours. La galerie Bruce Silverstein prévoit quinze à vingt vintages issus de la succession de Robert Doisneau, entre 4 000 et 12 000 euros. Des prix qui semblent incroyablement mesurés pour un des grands noms de la photographie humaniste. « Voilà dix ans, cela valait à peine 300 ou 500 euros. Certaines de ses photos sont célèbres, mais peu de gens connaissent tout son corpus. Il est du coup sous-évalué », remarque le marchand new-yorkais. Il prévoit aussi des vues de Paris et New York d’André Kertesz entre 2 500 et 100 000 euros. Paris est aussi à l’honneur avec Jean Moral, un photographe que la monographie de Christian Bouqueret, L’Œil captureur, a permis de mieux cerner.
Ancien collaborateur de Howard Greenberg, le sémillant Tom Gitterman met à l’honneur ce photographe moderniste dans ses compositions, mais humaniste dans son approche, dans une gamme de prix de 3 000 à 9 000 dollars.
Plébiscitée comme la meilleure foire de photos au monde, Paris Photo a fait des émules. La nouvelle foire Photo London est-elle une menace pour Paris Photo comme Frieze l’est indéniablement pour la Fiac ? Photo London, qui regroupait quarante-cinq participants contre cent cinq exposants sur Paris Photo, a au moins le bon goût de ne pas empiéter sur le calendrier du salon parisien. « Photo London a été conçu pour être complémentaire de Paris Photo. Notre plus grande aspiration est le développement du marché local. Il y a à Londres de l’argent, de l’intérêt, une histoire, mais Paris est évidemment plus en avance », convient Daniel Newburg, organisateur de la manifestation. Dès sa première édition, Photo London a pu compter sur quelques grandes pointures locales d’art contemporain comme Gagosian, Lisson ou White Cube qui ont tout de suite dressé la barre très haut. Néanmoins, tout comme le Carrousel du Louvre, les locaux de la Royal Academy sont difficilement extensibles. De son côté Paris Photo n’a pas dit son dernier mot. Plusieurs boutures sont à l’étude en Asie et à New York, où se trouve déjà l’AIPAD Photo Show. En attendant de telles excroissances, le salon peaufine ses futurs statements, sans doute autour du Brésil en 2005 et des pays nordiques en 2006.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°563 du 1 novembre 2004, avec le titre suivant : Paris Photo hisse le drapeau du contemporain

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