Dimanche 18 février 2018

A Paris, l’année 2003 sera surréaliste

Le marché de l’art sauvé par les ventes des successions Breton et Arp à l’hôtel Drouot

Par Armelle Malvoisin · Le Journal des Arts

Le 18 décembre 2007

Les perspectives d’avenir du marché de l’art en 2003 ne sont guère optimistes, dans un contexte politico-économique qui risque de se dégrader encore dans les mois qui viennent. Cependant, deux ventes majeures, les collections Breton et Arp, devraient permettre à la place de Paris de se projeter sur le devant de la scène internationale.

PARIS - À l’heure où l’on entend déjà le bruit des bombes en Irak, le marché de l’art affaibli tient bon : quelques records atteints en 2002 donnent l’illusion. Mais n’est-ce pas l’arbre qui cache la forêt ? Le prix moyen de la marchandise intermédiaire, quand elle n’est pas invendue, aurait sévèrement chuté. Le premier semestre 2003 promet cependant quelques réjouissances, puisque deux énormes ensembles seront offerts aux enchères : la succession André Breton (estimée 30 millions d’euros) et la collection Arp (estimée 3,5 millions d’euros). André Breton, le père du surréalisme, et Jean Arp, un des acteurs artistiques du mouvement, sont tous deux décédés en 1966. Autour de ces deux dispersions plane un parfum de scandale qui est paradoxalement un élément moteur dans la réussite d’une vente aux enchères, comme en ont témoigné les deux ventes successives des sculptures d’Alberto Giacometti. Éviter que de tels ensembles soit dispersés à l’encan, telle était pourtant l’intention des héritiers de ces artistes modernes déterminés au départ à valoriser les œuvres au sein d’une fondation. Mais la création d’une fondation n’est pas une mince affaire en France. Les musées nationaux n’apprécient pas beaucoup les fondations dédiées à un artiste, car ils préfèrent que leurs propres fonds soient enrichis par des donations ou des dations.
L’ensemble très convoité des collections d’André Breton, composées de tableaux, de livres et manuscrits, de photographies et d’objets accumulés au cours de sa vie dans l’atelier du 42, rue Fontaine, dans le 9e arrondissement parisien, fut ardemment défendu par sa femme et sa fille pendant près de quarante ans. Mis à part les œuvres et documents historiques qui furent acquis par des institutions françaises depuis 1966 (la correspondance privée cédée à Jacques Doucet selon la volonté du poète, des tableaux et sculptures ainsi que quelques pièces d’art primitif destinées au futur Musée du quai Branly), tout fut gardé intact. La décision de vendre aujourd’hui l’immense fonds patrimonial restant succède à l’échec de créer à Paris une “fondation du surréalisme”, pour laquelle le peu d’empressement des pouvoirs publics à soutenir l’initiative n’est pas anodin. L’hôtel Drouot s’est vite imposé comme lieu de vente, un endroit que Breton a tellement fréquenté de son vivant. Il faudra quinze jours d’enchères pour vendre ce patrimoine dont l’inventaire révèle des œuvres modernes signées notamment Arp, Brauner, Dominguez, Duchamp, Lam, Magritte, Man Ray, Miró, Picabia, Tanguy ; 1 500 photographies dont de nombreux tirages de Bellmer, Boiffard, Brassaï, Álvarez Bravo, Claude Cahun, Man Ray, Raoul Ubac ; 3 500 ouvrages dont la plupart sont dédicacés par pratiquement tous les poètes et auteurs qui comptent dans l’histoire du XXe siècle, d’Apollinaire à Tzara, mais aussi 500 manuscrits dont un document sur Nadja, 150 pièces océaniennes et amérindiennes et bien d’autres objets.
Les 82 tableaux de la collection Arp qui seront mis en vente en juin prochain à Drouot sont au centre d’un imbroglio judiciaire qui s’est terminé en fin d’année 2002. Leur propriétaire, le docteur Claude Gubler, ex-médecin de François Mitterrand, en a hérité en 1998 à la mort de Ruth Tillard-Arp, nièce de l’artiste. Lors de la première tentative de mise en vente des œuvres à Paris le 21 juin 1998, la fondation de Jean Arp et Sophie Taeuber-Arp, installée en Allemagne près de Bonn, a contesté ce testament qui annule un précédent en la faveur de la fondation. Le tribunal de Paris n’ayant retenu aucun argument contre la validité de ce dernier testament, cet ensemble exceptionnel sera donc offert aux amateurs, qui attendent cet événement depuis cinq ans. Un relief en bois peint de 1916 intitulé Fleur-Marteau, formes terrestres, estimé 340 000 euros, une rare peinture à l’huile de 1915, Composition statique, estimée environ 300 000 euros, et un des premiers collages abstraits d’Arp réalisé en 1916 et estimé 90 000 euros attiseront les passions lors de cette dispersion qui compte également des œuvres de Sophie Taeuber et de Theo van Doesburg. Fort de ces deux collections prestigieuses, le marché de l’art parisien sera certainement cette saison le point de convergence de toutes les attentes. Et, n’en déplaise aux deux puissantes multinationales qui se sont installées dans la capitale depuis l’ouverture du marché français il y a un peu plus d’un an, ce sont deux commissaires-priseurs parisiens, Cyrille Cohen et Laurence Calmels, qui mèneront le marteau pendant deux semaines à l’hôtel Drouot,un lieu finalement pas si désuet que cela.

COLLECTION ANDRÉ BRETON

Du 1er au 18 avril, Richelieu-Drouot, COLLECTION ARP, fin juin, Drouot-Montaigne. Rens. pour les deux ventes : SVV Calmels-Cohen 01 47 70 38 89, www.calmelscohen.com

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°164 du 7 février 2003, avec le titre suivant : A Paris, l’année 2003 sera surréaliste

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