Mardi 11 décembre 2018

Paris, capitale retrouvée des arts

Par Roxana Azimi · L'ŒIL

Le 18 mai 2010 - 785 mots

Depuis un an, Paris reprend du poil de la bête en attirant des galeries étrangères soucieuses d’accroître leur visibilité internationale.

Paris est depuis quelque temps la capitale de toutes les convoitises. En février 2009, la vente Saint Laurent-Bergé a braqué les projecteurs sur la capitale. Grâce d’ailleurs à cette manne miraculeuse, le marché français enregistre une progression de l’ordre de 9,6 % d’après la dernière étude publiée par le Conseil des ventes volontaires. La Foire internationale d’art contemporain (Fiac) a fait un bond spectaculaire en deux ans.

La rue Matignon, nouveau pôle d’attraction des galeries
Chose impensable voilà encore cinq ans, des galeries étrangères ont commencé depuis 2009 à y élire domicile. Premier arrivant en octobre dernier, la galerie Tornabuoni a ouvert avec son escarcelle de grands maîtres italiens comme Fontana, Alighiero e Boetti ou Manzoni. En mars dernier, le galeriste de Knokke-le-Zout, Guy Pieters, a inauguré en grande pompe sa quatrième adresse au 2, avenue Matignon avec une exposition de Jan Fabre. En septembre, c’est Larry Gagosian qui ouvrira ses portes au 4, rue de Ponthieu, dans un espace qui sera dirigé par sa collaboratrice actuellement basée à Londres, Serena Cattaneo. « C’est une ville phare pour ses institutions et la quantité et la qualité de nos confrères », indique Michele Casamonti, directeur de Tornabuoni.

Si les galeries étrangères élisent domicile en France, c’est dans un coin bien particulier, l’avenue Matignon. Autrefois triangle d’or, cette avenue a longtemps été ronronnante malgré la présence de quelques enseignes dynamiques comme Jérôme de Noirmont, Malingue et Hopkins-Custot, sans oublier la proximité des salles de ventes. « Matignon sera dans quelques années le premier quartier de l’art à Paris, assure Guy Pieters. C’est un mouvement qu’on voit dans tous les pays. Christophe Van de Weghe a quitté Chelsea pour aller uptown. À Londres, les galeries de l’East End se déplacent vers Mayfair. »

Ces galeries espèrent profiter de l’activité des salles de ventes, du passage dans les grands hôtels plantés à proximité, et d’un certain parfum de luxe. Il est probable que Larry Gagosian, qui dispose à New York d’un espace plus classique sur Madison Avenue et de deux locaux plus adaptés pour l’art actuel à Chelsea, va plutôt axer sa programmation parisienne sur les valeurs sûres. N’oublions pas que cette galerie, réputée aussi pour le second marché, peut aussi commercialiser les fontes posthumes de Giacometti, grâce à un accord avec la fondation Alberto et Annette Giacometti à Paris.
Certains verraient bien Gagosian organiser des expositions muséales, comme il tend à le faire à Britannia Street à Londres avec une belle rétrospective sur le Pop Art, ou même dans ses espaces new-yorkais où il a pu montrer le meilleur de Manzoni ou de Bacon. Précisément, ce type d’expositions, plus courantes dans les galeries outre-Atlantique, manque cruellement à Paris où seule la galerie Nelson-Freeman s’aventure à ce genre d’exercice.

Ce qui va changer dans le landerneau parisien
Pour Guy Pieters, Paris pourrait devenir d’ici trois-quatre ans le premier lieu pour l’art contemporain en Europe, devant Londres. « La France a connu une période de creux, mais la roue tourne. Depuis quelques années, après la vogue des collectionneurs allemands, on commence à parler des collectionneurs français. L’image négative de Paris s’est retournée. La ville s’est mieux développée que Berlin. La foire Art Forum ne marche pas très bien alors que la Fiac s’est redressée », confie le marchand dont la clientèle française représente 35 % de son marché. Celui-ci espère que sa vitrine parisienne générera d’ici deux ans un chiffre d’affaires supérieur à celui de son antenne à Saint-Paul-de-Vence.

Que risque de provoquer l’arrivée de ces galeries ? Un véritable coup d’éperon et un surcroît de visibilité pour Paris. Car les galeries somnolentes devront se réveiller face à la concurrence et changer leurs méthodes encore artisanales. « Pour mon vernissage inaugural, j’ai invité quatre cent quatre-vingts collectionneurs alors que mes confrères parisiens font habituellement des dîners de preview pour vingt personnes », rappelle Guy Pieters. Reste que même pour ces guerriers, le public parisien n’est pas si aisé à conquérir. Depuis son installation, la galerie Tornabuoni a vendu ses expositions à des collectionneurs de toutes nationalités, sauf à des Français.

Repères

Galerie Tornabuoni La galerie a pris pied avenue Matignon voilà huit mois. Elle a mis la barre très haut avec les expositions Fontana et Alighiero e Boetti.

Galerie Guy Pieters Après avoir ouvert en mars avec Jan Fabre, la galerie Guy Pieters poursuit sa programmation avec Robert Combas, et Wim Delvoye en octobre.

Galerie Gagosian Véritable mistigri de l’année 2009, l’antenne parisienne de la galerie Larry Gagosian ouvrira finalement en septembre au 4, rue de Ponthieu, juste à côté de la maison de ventes Christie’s. La programmation est pour l’instant tenue secrète.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°625 du 1 juin 2010, avec le titre suivant : Paris, capitale retrouvée des arts

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