Mardi 18 décembre 2018

analyse

Nul n’est prophète en son pays

Par Roxana Azimi · Le Journal des Arts

Le 20 juillet 2007 - 517 mots

Alors que l’exportation des créateurs français reste un casse-tête national difficile à résoudre, certains artistes font leur bonhomme de chemin à l’étranger, sans aide officielle, ni appuis de l’intelligentsia.

C’est le cas de Philippe Pasqua, exposé du 5 avril au 21 mai à la galerie RX, à Paris, et dont le succès américain tient du miracle. Percer sur le marché anglo-saxon avec une peinture proche d’une Young British Artist, en l’occurrence Jenny Saville, n’a rien d’évident. La donne se complique encore lorsqu’on n’est pas déjà prophète en son pays. Mais Pasqua a eu la chance de séduire depuis un an le marchand et collectionneur américain José Mugrabi. Fort de son réseau, cet amateur de Warhol gère désormais la carrière du Français, en l’imposant notamment auprès de la galerie Patrick Painter à Los Angeles. Dans le solo show que ce dernier a organisé à l’été 2006, toutes les pièces proposées entre 60 000 et 250 000 euros ont trouvé preneur. Mugrabi a même convaincu Cheim & Read, une galerie new-yorkaise pourtant peu portée sur la peinture figurative, de l’intégrer en septembre de la même année dans un group show intitulé « Soutine and Modern Art. The new landscape/The new still life ». Pasqua était l’artiste le plus jeune, et évidemment le seul Français du panel. En décembre, l’artiste a récidivé à la Spike Gallery de New York. Cette traînée de poudre a fait grimper ses prix, lesquels ont doublé en un an. Reste à voir si l’engouement de Mugrabi ne se résume pas à un béguin, dans un marché où les artistes sont pris et jetés comme des Kleenex. « Quand on arrive à faire bouger la programmation de certaines galeries puissantes, c’est plus que du béguin », défend Éric Dereumaux, codirecteur de la galerie RX. Certes, mais pour que le succès de Pasqua ne soit pas juste un feu de paille, il faudra d’autres relais, notamment institutionnels.

Délocalisation souhaitée
Autre cas surprenant, bien que moins spectaculaire, celui d’Hervé Ingrand. La célèbre courtière américaine Thea Westreich s’est depuis longtemps entichée de ce trentenaire parisien. S’il jouit de la protection de quelques galeries à l’étranger, comme Sutton Lane à Londres ou Raucci/Santamaria à Naples, Ingrand est quasiment inconnu en France. Bien qu’il ait fait ses études à l’École nationale supérieure des beaux-arts (Ensba), à Paris, dans l’atelier de Jean-Michel Alberola, il n’est défendu par aucune galerie hexagonale. La plupart du temps, les Français qui ont le mieux réussi leur exportation sont ceux qui se sont délocalisés dès leur prime jeunesse, à l’instar de Jules de Balincourt. Celui-ci a fait ses études à San Francisco et New York avant de vivre entre Brooklyn et Berlin. Sa peinture possède d’ailleurs un parfum plus américain que français, son côté « faux naïf » empruntant au pop art. Ce jeune homme compte parmi ses collectionneurs les Rubell et les Cruz, le producteur Dean Valentine, le photographe Mario Testino, sans compter l’Aldrich Contemporary Art Museum (Ridgefield, Connecticut). Comme toutes les success stories, ces cas isolés ne garantissent toutefois pas de ponts d’or pour les artistes que l’Hexagone n’aurait pas su comprendre, capter ou retenir.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°255 du 16 mars 2007, avec le titre suivant : Nul n’est prophète en son pays

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