Dimanche 25 février 2018

Nouvelles cibles

Christie’s vise les décorateurs

Le Journal des Arts

Le 24 janvier 2008

Les maisons de vente
aux enchères regorgent d’inventivité pour attirer dans leurs salles les décorateurs. Christie’s vient ainsi de lancer le nouveau concept des « House Sales », dont l’organisation est confiée à un décorateur
en vue.

NEW YORK (de notre correspondante) - À l’époque où tout le monde se bousculait pour proposer un site Internet, Christie’s a pris la décision courageuse, et qui s’est révélée judicieuse, de ne pas vendre sur la Toile. La maison de vente a cependant dû chercher un moyen de pénétrer le marché de moyenne gamme dans le contexte luxueux de Manhattan, où les décorateurs font la loi.

Pour ce faire, Christie’s vient de lancer une nouvelle formule avec des ventes portant la note personnelle d’un décorateur aux idées bien arrêtées. Pour la première de ses “House Sales” [Ventes générales] en février, la société a fait appel au jeune et célèbre architecte d’intérieur Jeffrey Bilhuber, dont le credo est “ce qui fait un bon décorateur, c’est sa capacité à mélanger ce qui est humble et ce qui est noble”. Jeffrey Bilhuber est le premier organisateur invité pour cette nouvelle série de ventes de Christie’s (estimée entre 2 et 3 millions de dollars). Il a sélectionné quatre lots spéciaux, qui sont mis en évidence dans le catalogue. Lors d’une conférence devant une salle comble, le décorateur a disserté sur “la façon dont l’humanité et la réalité permettent de mettre en valeur des pièces d’époque. C’est un signe des temps que les maisons de vente ne se limitent pas à des experts mais fassent appel à des décorateurs accrédités”. Alors que ce parti pris semble aller à l’encontre de l’engouement croissant pour les ventes “à thèmes”, les résultats qu’il a obtenus chez Christie’s ont été plus que satisfaisants, en dépassant les 2,5 millions de dollars.

Jeffrey Bilhuber est le type même du décorateur new-yorkais pour qui la fermeture de la galerie de ventes de Sotheby’s et celle de Christie’s East sont des pertes dramatiques. Il trouve les ventes spécialisées “prétentieuses”, dépense en moyenne 33 % des budgets de ses clients en salles des ventes et achète au moins un lot à chaque vacation.

Il facture ses services entre 15 à 20 % du prix de l’objet acheté aux enchères. Il travaille actuellement sur 26 projets et dépense jusqu’à 5 millions de dollars par an dans des ventes publiques. Les lots qui atteignent des prix élevés en disent long sur la demande des décorateurs. Ainsi, un relief en noyer italien du XVIIIe siècle inspiré de L’Enlèvement des Sabines (estimé entre 7 000 et 10 000 dollars) a atteint 32 900 dollars ; un ensemble de lampes en métal et nickel (600-900 dollars) est parti à 27 025 dollars, et un service en argenterie de Puiforcat (1 800-2 400 dollars) est monté jusqu’à 27 025 dollars.

Christie’s prévoit d’organiser dix ventes de ce type par an. “Selon nos estimations, elles permettraient d’engranger 25 millions de dollars ou plus”, déclare Alistair Clarke, à la tête du département des meubles européens, supervisant maintenant les “Ventes générales” (House Sales).

Intérêt croissant du public pour la décoration
Christie’s a réalisé un bonus financier supplémentaire en se débarrassant de Christie’s East. La société a vendu l’immeuble de six étages situé 219 East 67th Street en janvier pour un prix que l’on dit à huit chiffres.

À Londres, Paul Summer, directeur général de Sotheby’s Olympia, se préoccupe lui aussi
adroitement du marché des décorateurs. Lorsqu’il était directeur général pour l’Australie et la Nouvelle-Zélande, il engageait des décorateurs locaux pour aménager spécialement la salle afin d’attirer aussi bien ce genre de clientèle que le public de plus en plus nombreux qui s’intéresse à la décoration. “Ces ventes ont eu un succès énorme”, déclare Paul Summer, qui prévoit de poursuivre ces aménagements dans les locaux basés à Olympia. Il organise une vente “décorateur d’intérieur” le 2 octobre, ainsi qu’une vente sur le design et le voyage. “Je pense que les ventes axées sur le design et la décoration d’intérieur augmenteront notre capacité d’attirer des objets d’un plus haut niveau”, estime encore Paul Summer.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°146 du 5 avril 2002, avec le titre suivant : Nouvelles cibles

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