Dimanche 16 décembre 2018

Nouveau Réalisme

A la grâce du marché

Par Roxana Azimi · L'ŒIL

Le 1 octobre 2006 - 751 mots

Appréciés très tôt en Allemagne, les Nouveaux Réalistes jouissent d’une reconnaissance tardive en France. En dépit d’une hausse récente, leurs prix n’atteignent pas ceux des « stars » du Pop Art.

En 1960, le critique d’art Pierre Restany réunit une douzaine d’artistes, parmi lesquels César,
Arman, Yves Klein, Raymond Hains, Jacques Villeglé et Jean Tinguely. Dans la foulée, il publie le Manifeste sur les nouvelles approches perceptives du réel. Le Nouveau Réalisme est né. Loin d’une abstraction gagnée par l’académisme, ces artistes cherchent à s’approprier le réel.
Collectionnés dès la première heure en Allemagne, ces contemporains du Pop Art américain n’ont pas été prophètes en France. Il a fallu attendre 1997 et 1998 pour que des rétrospectives César et Arman soient organisées à la Galerie nationale du Jeu de paume. Si le Centre Pompidou présente pour la énième fois Yves Klein (lire p. 14), l’exposition des Nouveaux Réalistes a été confiée au Grand Palais pour 2007…

Klein et Raysse sauvent la mise
« Les Nouveaux Réalistes représentent la dernière génération d’artistes français qui commençaient sur un pied d’égalité avec les Américains », rappelle pourtant le galeriste Georges-Philippe Vallois. Entre le Nouveau Réalisme et le Pop Art, les passerelles sont évidentes.
En 1961 lors d’un concert à l’ambassade des États-Unis en France, les Américains Robert Rauschenberg et Jasper Johns créent des œuvres sur scène en compagnie de Jean Tinguely et Niki de Saint Phalle. Malgré ces affinités, les écarts de prix s’avèrent abyssaux. Alors qu’un Combine Painting de Rauschenberg vaut entre 5 et 12 millions de dollars (lire p. 46), un Tir de Niki de Saint-Phalle s’échelonne de 35 000 à 150 000 euros. Pourquoi un tel abîme ? « La responsabilité est partagée entre les institutionnels pour leur absence de volonté politique et les marchands pour leur manque d’ambition commerciale », regrette Georges-Philippe Vallois.
Deux artistes de cette phalange, Yves Klein et Martial Raysse, bénéficient cependant d’une cote solidement assise. Le premier jouit d’un véritable mythe qu’explique en partie sa mort précoce à l’âge de trente-quatre ans. Il est surtout connu pour ses monochromes bleu outremer et certains gestes spectaculaires comme le saut dans le vide ou le lâcher d’un millier de ballons bleus.
En dix ans, ses prix se sont emballés. Un Relief éponge n° 40 de 1960, adjugé 662 500 dollars en 1994, se propulse à 3,5 millions de dollars en 2004 chez Sotheby’s. Le record revient au Relief éponge n° 1 de 1958, adjugé pour 6,7 millions de dollars chez Christie’s en 2000. De son côté, Martial Raysse met en scène dans ses premiers tableaux une société consumériste et artificielle. S’il est possible de trouver des pièces autour de 50 000 euros, les œuvres majeures taquinent le million d’euros.

César et Villeglé décollent
Depuis trois ans, le marché des autres artistes commence à sortir de sa torpeur. Après la collection Annie Ronchèse chez Piasa en 2003, celle de Pierre et Marianne Nahon en 2004 chez Sotheby’s, la vente Wolfgang Hahn en 2005 a ouvert la voie à une revalorisation. La disparition à quelques semaines d’intervalle de Hains et Arman en novembre 2005 a aussi conduit les collectionneurs à reconsidérer ce mouvement historique.
L’exhumation profite à César. Bien que sa visibilité ait été polluée par ses nombreux bronzes, ces derniers raflent aujourd’hui de gros prix. En juin dernier chez Artcurial, une Grande Rambaud de 1988, éditée à huit exemplaires, s’est adjugée pour 276 465 euros.
Les compressions sont en revanche rares. En octobre 2005, une compression de jaguars, issue de la collection Veranneman, a obtenu 169 000 euros chez Cornette de Saint-Cyr. La barre flanche toutefois à 15 000-20 000 euros pour des spécimens plus tardifs.
Si les affiches décollées de Villeglé plafonnaient à 25 000 euros en 1997, certaines frisent aujourd’hui les 150 000 euros. Les œuvres plus récentes et de plus petits formats valent toutefois 4 000 euros. Une bagatelle, pour le seul artiste français exposé en novembre 2004 lors de la réouverture du MoMA de New York !

Repères

César (1921-1998) après avoir produit un bestiaire en fer soudé, il s’oriente vers les Compressions, puis en 1967, vers les Expansions. La surexploitation de ces découvertes et le repli figuratif dans les années 1980 ont toutefois nui à son marché. Arman (1928-2005) Après ses premiers cachets baptisés Allures d’objet, il aborde les Accumulations en 1959, puis les Colères. La surproduction d’Arman a toutefois déprécié sa cote. Yves Klein (1928-1962) Célèbre pour ses jeux avec l’immatériel et sa couleur bleu outremer brevetée IKB, Klein s’est construit un mythe, conforté par sa mort précoce.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°584 du 1 octobre 2006, avec le titre suivant : Nouveau Réalisme

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