Vendredi 6 décembre 2019

Tableaux anciens

Naissance d’un salon

« Paris Tableau » prend ses marques sans bouleverser le marché

Par Armelle Malvoisin · Le Journal des Arts

Le 14 novembre 2011 - 603 mots

PARIS - Ce tout nouveau salon dédié exclusivement à la peinture ancienne voulait se faire connaître rapidement en présentant des œuvres de qualité muséale. C’est chose faite.

La galerie londonienne Weiss en a fait les frais, en remettant son tableau Le Christ portant la croix de Nicolas Tournier (prix demandé : 675 000 euros) à l’État français, qui le lui réclamait au nom de l’inaliénabilité et l’imprescriptibilité des biens des collections publiques françaises. Le galeriste ne savait pas qu’il appartenait au Musée des Augustins (Toulouse) d’où il avait disparu depuis 1818 ; son précédent propriétaire, la galerie Aaron, l’ignorait aussi. Hervé Aaron avait acheté la toile caravagesque, alors anonyme, dans une vente aux enchères en 2009 en Italie chez Sotheby’s, puis l’avait attribuée et reliée à la commande pour l’église des Pénitents noirs de Toulouse. Quant au directeur du Musée des Augustins, Axel Hémery, également spécialiste de Tournier, il ignorait jusqu’à récemment que l’œuvre appartenait à son musée, bien qu’il ait été prévenu de son existence par les marchands.

Cet incident mis à part, « Paris Tableau » s’est déroulé du 4 au 8 novembre dans une ambiance chaleureuse. Tout le monde a apprécié l’organisation impeccable et l’atmosphère du salon, dont l’effort de présentation était indéniable. Quelque 500 tableaux étaient offerts aux amateurs. Des visiteurs se sont étonnés de revoir certaines toiles déjà montrées à la foire Tefaf de Maastricht. « Les tableaux ne poussent pas sur les arbres », s’excusait le galeriste parisien Bob Haboldt. Une grande partie des participants avaient cependant fait des efforts pour rafraîchir leur accrochage. « Cela n’est pas choquant de revoir des peintures sur un salon si ce sont des œuvres de bonne qualité et, dans la mesure où on ne les voit pas cinquante fois, tempérait quant à lui Jean-Patrice Marandel, conservateur des peintures au Los Angeles County Museum of Art. Dans le domaine des tableaux, on n’a pas systématiquement l’appétit pour la nouveauté, comme dans l’art contemporain. D’ailleurs, cela m’arrive d’acheter des choses éventées. » Celui-ci a apprécié le climat du salon, « moins intimidant que l’espace d’une galerie », ainsi que « le choix des œuvres ». Il s’est arrêté, à la galerie Talabardon & Gautier (Paris), sur l’Allégorie de la libération des esclaves d’Alger par Jérôme Bonaparte (1806), étude signée François-André Vincent pour un tableau du peintre conservé au musée d’État Neue Galerie de Cassel (Allemagne). Il a aussi noté, à la galerie madrilène Caylus, une grande toile du XVIIe représentant Saint Jean-Baptiste par Claudio Coello, qui a plu également à un conservateur du Louvre. Ce tableau très mal mis en valeur (placé dans un recoin à gauche en entrant sur le stand), en raison d’une présentation chronologique, présentait une belle provenance : l’autel de l’église del Caballero de Gracia de Madrid.

Même si elle avait déjà été montrée à Tefaf, la monumentale Biche aux aguets de Jean-Baptiste Oudry chez Éric Coatalem a attiré plus d’un regard. « Je suis étonné qu’elle ne se soit pas vendue à Maastricht. Je suis sûr qu’elle trouvera acquéreur un jour », a commenté Jean-Patrice Marandel. Si le marchand parisien a conservé sa biche, il a cédé plusieurs autres œuvres dont une Nature morte de Pierre Dupuis et un Portrait de Noël de Buillion par Philippe de Champaigne.

Chef-d’œuvre du salon, l’Allégorie de la Poésie par Eustache Le Sueur, également dévoilée à Maastricht par la galerie Noortman d’Amsterdam et proposée à 2,2 millions d’euros, a été réservée le troisième jour. Les achats ont été dans l’ensemble assez timides, ce qui n’est pas anormal pour ce marché qui fonctionne plus dans la durée que par coups de cœur.

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Légende Photo :
Vue de Paris Tableau 2011 - © photo Ludosane

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°357 du 18 novembre 2011, avec le titre suivant : Naissance d’un salon

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