Moscou : la vente Tretiakov essuie un échec

Christie’s a vendu seulement un cinquième des lots

Le Journal des Arts

Le 1 juillet 1995

Avec un temps de retard sur Sotheby’s, Christie’s se lance sur le marché de l’art russe. La maison de vente s’est associée avec le conglomérat Everest pour organiser une vente au bénéfice de la Galerie Tretiakov, qui vient de rouvrir ses portes après dix ans de travaux. Avec quarante-trois lots vendus, sur deux cents environ, les résultats sont très décevants.

MOSCOU - L’événement qui s’est tenu le 20 mai à la Galerie Tretiakov était le fruit d’une entreprise conjointe du musée, de Christie’s et du conglomérat industriel russe Everest – constitué des parts privatisées de la Société nationale de production chimique, de la Banque nationale, et de Mosfilm, la Société nationale de production cinématographique.

Everest, dont le président, Alexandre Perlov, s’enthousiasme pour l’art et soutient le projet d’une extension de la Galerie Tretiakov, était chargé de réunir auprès de particuliers les quelque deux cents icônes et peintures proposées à la vente par Christie’s. Selon Anthony Browne, directeur général des activités de Christie’s en Russie, ni Christie’s, ni Everest n’auraient tiré avantage de cette vente, qui leur aurait même coûté de l’argent, en dépit du prix exorbitant du catalogue, vendu 100 dollars (500 francs).

Christie’s a consacré un article à la vente et à la Galerie Tretiakov dans son magazine, mais la publicité donnée à l’événement s’est arrêtée là. Il faut peut-être y voir une des raisons des résultats modestes de la vacation.

Un certain nombre de lots ayant été vendu après les enchères, Christie’s aurait finalement réuni près de 300 000 dollars (1,5 million de francs). Les bénéfices tirés de cette vente – sur laquelle était prélevée une commission d’environ 28 % – ont permis à la Galerie Tretiakov d’acheter une icône de la Résurrection, du XVIIe siècle, et elle pourrait peut-être en acheter d’autres.

Treize icônes retirées in extremis
Les estimations du catalogue ont été unanimement considérées comme ridiculement basses. Pourtant, l’assistance clairsemée ne profitera pas outre mesure de cette aubaine ; seuls 43 lots, sur 200 environ, trouveront acquéreur. Une scène parisienne de Korovine partira à 7 000 dollars (35 000 francs), une série de lithographies de Natalia Gontcharova sera vendue 2 500 dollars (12 500 francs), un portrait de Konstantin Somov atteindra seulement 6 500 dollars (32 500 francs).

Des problèmes typiques du marché de l’art russe sont apparus à l’occasion de cette vacation. Après réception d’une note de la police russe affirmant qu’elles avaient été volées, treize icônes ont été retirées une heure et demie avant la vente. Certains doutent encore de la véracité de cette identification par la police. De plus, certaines des onze pièces du catalogue censées avoir une licence d’exportation ont, elles aussi, été retirées de la vente ; pour finir, il semblerait que deux lots seulement aient obtenu l’autorisation de quitter le pays.

Anthony Browne estime que le rôle de Christie’s était en partie de cautionner, par sa présence rassurante, cette collecte de fonds de type occidental. Néanmoins, la presse et beaucoup de Moscovites ont reproché à la prestigieuse Galerie Tretiakov d’avoir associé son nom à une telle démarche commerciale.

Pour l’avenir, Christie’s reste prudente. "Nous ne sommes pas encore sûrs de la manière dont nous voulons être impliqués", a déclaré Anthony Browne. Ses discussions avec les responsables du ministère russe de la Culture, apparemment favorables à l’arrivée de Christie’s, portent pour l’instant sur les licences d’exportation et la régulation du marché. La présence d’acheteurs potentiels en Russie, tels que la nouvelle génération d’hommes d’affaires et les banques, pourraient peut-être emporter la décision.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°16 du 1 juillet 1995, avec le titre suivant : Moscou : la vente Tretiakov essuie un échec

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