Mobilier et objets neufs ou anciens : question de coût ou de goût ?

Par Armelle Malvoisin · L'ŒIL

Le 13 septembre 2007

On croit souvent qu’en achetant meubles et objets neufs, l’on va réaliser des économies par rapport au marché de l’ancien. À tort. Démonstration.

Si vous pensez qu’en vous meublant avec du neuf plutôt qu’avec du mobilier de ventes publiques ou venant de chez un antiquaire, vous vous en tirerez pour moins cher, alors il faudra, à la lecture de ce qui suit, chercher quelque autre motivation dans votre choix. Car cet argument est une idée reçue qui ne tient pas la route. Pour les amateurs de meubles de style, le XVIIIe d’époque est abordable (ill. 1, 2). « Vous trouvez par exemple un choix de commodes XVIIIe de qualité, en bois naturel ou marquetées, pour moins de 5 000 euros aux enchères et une jolie paire de fauteuils pour 2 000 euros, lance Éric Beaussant, commissaire-priseur à Drouot. Le mobilier XIXe (ill. 3) convient encore mieux à des budgets plus serrés : misez 2 000 euros pour une belle table à manger et 2 000 euros pour une série de douze chaises. Et si vous souhaitez revendre votre bien quelque temps plus tard, vous retomberez sur vos pieds. Sauf si le tapis que vous cédez est râpé ou que votre chat a abîmé votre fauteuil. » Allez faire un tour du côté des fabricants de meubles du faubourg Saint-Antoine à Paris et comparez. Non seulement vous ne vous en sortez pas pour moins cher mais encore, « une copie n’aura jamais l’allure ni le charme d’un meuble ancien, patiné par le temps, et à la revente la perte est abyssale : vous en obtiendrez 10 % de son prix d’achat », indique encore Éric Beaussant. « Il y a trente ans, lorsque j’ai voulu meubler mon local professionnel, j’ai acquis une commode, un bureau et quatre fauteuils en acajou d’époque Empire (vers 1830), sans bronze doré. Le tout pour moins de 15 000 francs (environ 8 500 euros en valeur réactualisée), raconte un particulier installé en profession libérale. Mais le fisc a refusé leur comptabilisation comme frais. J’ai donc fait faire un devis pour la même chose en neuf (sans aller vers le plus haut de gamme) et comme c’était plus cher, mon premier achat a été accepté ! »

Des pièces toujours éditées vendues aux enchères
Les amateurs de design moderne trouveront également un large choix de mobilier xxe (ill. 4, 5, 6) aux enchères à commencer par une classique paire de fauteuils club en cuir des années 1930 en bon état entre 1 500 et 2 000 euros, le prix d’un seul fauteuil neuf. Quant aux créations plus récentes, on trouve des pièces à l’encan qui sont toujours éditées et qui valent deux à trois fois moins cher qu’en magasin. Dans une vente du 27 juin à Drouot, un bureau plat en chêne gainé de cuir, dessiné par Warren Platner et édité par Knoll, a été adjugé 1 850 euros contre 7 400 euros pour le même modèle chez l’éditeur. « Cela fait réfléchir, lance Jean-Marcel Camard, spécialiste parisien du mobilier xxe. Mais je comprends aussi que l’on se tourne vers le neuf. On reçoit des catalogues toute l’année. On est un peu conditionné, sans oublier le côté pratique : on ne trouve pas toujours son bonheur aux enchères. Alors beaucoup de gens complètent avec du contemporain. Après tout, on n’est pas obligé d’être dans un camp ou dans l’autre. » Pour ceux qui n’aiment pas chercher la bonne affaire, il y a New List qui cherche pour vous et qui propose également un concept original de listes de mariage « pour permettre aux mariés d’acheter les objets de leurs rêves, évoque Véronique Legaret, l’une des deux antiquaires dirigeant l’enseigne. S’ils ne veulent pas ressembler à leurs parents, ils ne veulent pas non plus créer un intérieur impersonnel qui suit la ligne stéréotypée de la mode. »
Depuis juin 2005, New List fonctionne en partenariat avec le Crédit lyonnais avec une formule « happy list ». Thème phare, les arts de la table (ill. 8) offre un choix intéressant tel un service complet de verres à eau, vin et champagne Baccarat pour le prix de huit verres neufs de la cristallerie. Mais New List chine aussi du mobilier et des objets d’art comme des sérigraphies originales de Marilyn par Andy Warhol à partir de 1 300 euros pièce le format 95 x 95 centimètres.

Bijoux et argenterie : des affaires en or
S’agissant d’argenterie ou de bijoux, les bonnes affaires se font avant tout du côté des ventes publiques. On aurait donc tort de s’en priver. « Comptez environ 350 euros pour un plat circulaire de présentation en argent, de 30 à 35 centimètres de diamètre et 3 000 à 4 000 euros pour des couverts en argent (un service d’une centaine de pièces) », confirme Marine de Cénival, spécialiste de l’argenterie chez Christie’s (ill. 7, 9). Vérifications faites, il vous en coûtera 5 500 à 7 000 euros pour une ménagère de base de cent dix pièces en métal argenté et plus du double pour l’équivalent en argent massif chez Christofle, Puiforcat ou Odiot. Idem pour les bijoux et les montres. Nous avons effectué quelques relevés d’enchères auprès de la SVV Gros-Delettrez que nous avons comparés aux prix en bijouterie. Une montre homme de poignet à calendrier perpétuel en or gris signée Patek Philippe donnant la date, le jour de semaine, le mois, l’année bissextile et la phase de lune, avec un bracelet de crocodile noir à boucle ardillon en or gris, en excellent état, s’est vendue 24 000 euros le 20 juin 2005 munie de son certificat (ill. 12). Neuve, elle vaut 41 200 euros. Dans la même vente, un bracelet-montre de dame en or jaune et acier, modèle « Panthère » de Cartier, a été adjugé 1 600 euros contre une valeur neuve de 4 200 euros. Le 13 mai dernier, un particulier a emporté pour 7 680 euros une bague solitaire en or gris ornée d’un diamant taillé en brillant pesant 1,44 carat, de couleur D (blanc exceptionnel), de pureté VVS2 (grande pureté) et avec son certificat. L’équivalent est introuvable à moins de 16 000 euros en bijouterie. Enfin le 24 juin 2005, une paire de boucles d’oreilles Cartier en or jaune pavées de diamants est partie pour 2 220 euros, soit environ la moitié de sa valeur neuve. « Le prix des bijoux en or en ventes publiques varie suivant le poids, précise encore le commissaire-priseur Georges Delettrez. Les adjudications se font entre 8 et 15 euros le gramme selon la qualité de l’objet. »

Un détour par les objets d’art
À tous ceux qui hésitent encore, jetons un dernier coup d’œil du côté des objets d’art : à la boutique des musées de France, on peut par exemple emporter pour 230 euros la reproduction de 10,8 centimètres en bronze d’un buste de Napoléon qui est un best-seller. Or les ventes de souvenirs historiques regorgent de statuettes originales de l’empereur en bronze ou régule du xixe (datant d’avant le retour des cendres) à acquérir autour du même prix. Les estampes et lithographies de toutes époques ainsi que des dessins XIXe et XXe sont à saisir à partir de 50 euros chez les antiquaires spécialisés. Et c’est beaucoup plus original que l’affichette encadrée que tout le monde met au mur. On peut indéfiniment multiplier les exemples. Vérifiez vous-même et faites votre choix.

PARIS, New List, 16 rue de la Grange-Batelière, IXe, tél. 01 42 46 30 38, www.new-list.fr et http://happy-liste.creditlyonnais.fr

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°572 du 1 septembre 2005, avec le titre suivant : Mobilier et objets neufs ou anciens : question de coût ou de goût ?

Tous les articles dans Marché

Le Journal des Arts.fr

Inscription newsletter

Recevez quotidiennement l'essentiel de l'actualité de l'art et de son marché.

En kiosque