Manuela Marques, en état de grâce

Par Bénédicte Ramade · L'ŒIL

Le 1 mars 2005

La photographie voit son destin indéfectiblement lié à un instant, parfois paroxystique, sans règle absolue pour autant. Dans l’art de Manuela Marques, cet état de tension, de suspension est vital, au moment où tout bruit cesse, où l’air semble alourdi et où les sens se décuplent à l’affût d’indices. C’est notamment le cas dans les toutes dernières vidéos qu’elle dévoile à la galerie Anne Barrault pour leur seconde collaboration. Tournés en 2003 à Rio de Janeiro, cinq très courts métrages (pas plus d’une minute) s’enchaînent, laissant éclater des situations d’une extrême simplicité. De jeunes gens tendus, aux corps et aux visages douloureux, une crispation exacerbée par le ralenti soigneux appliqué à ces images posées. Aucun effet gratuit, la dilatation du temps sert ici à révéler une concentration intense juste avant l’expression d’un sentiment. Le freinage de l’image, l’intensité des gestes peuvent faire penser à Bill Viola, juste un court instant, parce que les images de Manuela Marques ne ressemblent à aucune autre. Elles suspendent leur vol, dénué de toute anecdote. D’ailleurs, il est superflu de savoir comment elle a tourné ces images, l’intensité de ce qui s’en dégage suffit.
La face sombre du sublime qui précède le ravissement, la hauteur de la grâce. Voilà ce que l’on peut déceler derrière ces photographies et ces films muets, et dramatiques. Fragments d’une vie, d’un sujet.

« Manuela Marques », PARIS, galerie Anne Barrault, 22 rue Saint-Claude, IIIe, www.galerieannebarrault.com, tél. 01 44 78 91 67, 9 mars-16 avril.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°567 du 1 mars 2005, avec le titre suivant : Manuela Marques, en état de grâce

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