ENTRETIEN

Lucile Corty, galeriste à Paris

Par Roxana Azimi · Le Journal des Arts

Le 26 mars 2008 - 781 mots

« Mettre les artistes en avant ».

Pourquoi avez-vous ouvert votre galerie ?
J’ai toujours aimé avoir un lieu à moi, recevoir les gens et changer les objets de place. Je voulais être dans l’action, dans le concret, travailler avec les artistes et peu à peu l’idée de la galerie s’est installée.

Qu’avez-vous tiré de votre expérience comme assistante à la galerie Air de Paris ?
J’en tire tout ce qui me permet de ne pas paraître novice. Chez Air de Paris, on était immergé, confronté à tout, de la production d’une pièce à la vente et aux aléas qui accompagnent ces étapes. Si on est à l’écoute, curieux, on apprend énormément. C’est intéressant de voir comment un galeriste prend une décision, tente de ménager la chèvre et le chou, car il y a beaucoup de susceptibilités à gérer avec les artistes et les collectionneurs.

Air de Paris a une image plus « poétique » que marchande. Est-ce votre modèle ?
De par mon tempérament, je suis plus proche d’Air de Paris que d’autres galeries, dont le moteur serait l’argent. Je pense que je suivrai ce modèle de façon assez naturelle, car j’aime cette idée de mettre les artistes et les projets en avant. Mais il faut trouver un équilibre entre l’aspect artistique et commercial. Je crois que les gens ont vu depuis l’ouverture avec Étienne Chambaud puis Émilie Pitoiset que mes artistes ont des univers denses, construits, malgré leur âge. Mais évidemment derrière la galerie, il y a un gros montage financier. J’ai eu un prêt intéressant à 0 % de Paris Initiatives Entreprises, qui donne habituellement des bourses à des projets plus basiques. Il a fallu trouver des moyens, et maintenant il faut aussi vendre.

Comment expliquez-vous ce foisonnement de nouvelles galeries à Paris depuis un an ?
Honnêtement, je n’ai pas de réponses. Peut-être certains se disent que Paris doit bouger et que pour cela, il faut faire des choses. Après mon expérience à Air de Paris, j’étais partie à Berlin en pensant y ouvrir une galerie. J’ai appris l’allemand à haute dose. Mais trouver que la ville est sympathique et pas chère, ce n’était pas de bonnes raisons pour rester. J’ai l’impression que les gens tentent d’y faire des choses puis ferment trois mois plus tard. J’ai un lien fort avec Paris, même si je suis parfois fâchée avec elle. J’ai voulu essayer d’être dans la durée, en sachant que c’est plus compliqué, qu’avoir un prêt, c’est la croix et la bannière et que les loyers sont plus chers. J’ai toujours su que ça ne serait pas une promenade de santé.

Comment avez-vous constitué votre liste d’artistes ?
Du fait de mes expériences à New York, lorsque j’ai fait un stage à PS1, et à Berlin, ma liste était uniquement composée d’étrangers. C’était des amis dont le travail m’intéressait. Je me suis dit que ce n’était pas possible, qu’il y avait certainement des artistes français. J’ai rencontré Étienne Chambaud et Émilie Pitoiset par l’intermédiaire de gens qui travaillaient chez Chantal Crousel. Mais malheureusement, les artistes n’ont pas beaucoup de visibilité à Paris, peu de lieux où ils peuvent présenter leur travail.

Comptez-vous donner une ligne particulière à votre galerie ?
Mes artistes ont des univers très riches, une discipline de travail. J’espère que les gens verront une cohérence, même si dans mes goûts, mes intérêts, je suis très ouverte. J’ai aussi envie d’inviter des artistes qui ont déjà des galeries pour un projet spécifique, profiter du fait que mon espace soit réparti sur trois niveaux pour proposer des choses simultanées.

Quel est l’avantage pour un artiste d’intégrer une jeune galerie, plutôt qu’une enseigne déjà installée ?
Je consacre beaucoup de temps aux artistes, je les écoute, alors que des galeries plus établies ont moins le temps et privilégient ceux qui cartonnent à un moment donné. Mais, je ne me fais pas d’illusion. Si d’aventure un artiste se faisait démarcher par une plus grosse galerie, je ne serais pas à l’abri d’un départ.

Quelle sera votre stratégie concernant les foires ?
J’ai fait Slick en octobre dernier, et je ne m’y suis pas sentie à ma place. C’était financièrement dur, avec une perte de 5 000 euros, et quand on démarre, c’est une sacrée claque. Je vais, en revanche, postuler pour la FIAC cette année.

N’est-il pas prématuré de faire une foire après moins d’un an d’existence ?
Cela ne me choque pas. Autrefois, pour faire une foire, il fallait plusieurs années d’existence. C’est cruel, car pendant les deux trois premières années tout se passe et l’on ne peut pas se permettre d’être invisible.

- Galerie Lucile Corty, 2, rue Borda, 75003 Paris, Tél. 01 44 78 91 14, www.lucilecorty.com, tlj sauf dimanche et lundi 14h-19h.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°278 du 28 mars 2008, avec le titre suivant : Lucile Corty, galeriste à Paris

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