Dimanche 25 février 2018

l‘œil de l‘expert

L'ŒIL

Le 6 mars 2008

Avec leurs records ou, parfois, leurs résultats décevants, les ventes aux enchères se suivent mais ne se ressemblent pas. Chaque mois, L’Œil interroge les experts qui donnent leur opinion sur les prix obtenus.

84 000 000 F
Ce dessin de Michel Ange (1475-1564) est sans doute le dessin le plus cher au monde. Œuvre préparatoire pour une commande passée par l’Église au maître toscan, il est l’un des derniers de cette importance à demeurer entre des mains privées. Réalisée avec des craies rouge et noire, rehaussées d’encre, la Résurrection du Christ matérialise l’un des stades ultimes de la préparation et de la mise au point de l’unique sculpture faite par Michel Ange dans les trente années qui ont suivi la décoration de la chapelle Sixtine. C’est à Florence durant l’hiver 1519-1520 que l’artiste travaille à cette sculpture, achevée ensuite par ses élèves. Destinée à l’église de Rome Santa Maria sopra Minerva, elle devait prendre place dans une niche, où les contrastes de la lumière naturelle ont exigé une étude particulière du maître. Noël Annesley, qui tenait le marteau pour Christie’s le 4 juillet à Londres, où ce dessin a été mis en vente, considère que cette œuvre majeure : « apporte une lumière extraordinaire sur le processus de création de Michel Ange et sur la gestation de ses œuvres (...). Ce dessin parmi les plus beaux et les plus fameux apparus récemment aux enchères illustre la technique brillante et la puissance d’évocation de ce maître de la Renaissance. »
Christie’s, Londres, 4 juillet.

1 050 000 F
Tel est le prix obtenu par un gobelet à anses étrusques et sa soucoupe en porcelaine de Sèvres, ce qui constitue un record pour ce type d’objet. Ces pièces proviennent d’un service historique commandé à Sèvres par Marie-Antoinette en 1785, dont la plupart des éléments ont été détruits à la Révolution. Les dernières années du règne ont vu la reine se passionner pour un rôle nouveau et inattendu, celui de bergère à Trianon. Après la construction du Hameau, une laiterie royale est installée à Rambouillet. Hubert Robert, qui dirige ce projet, supervise également la décoration de la vaisselle fabriquée à Sèvres. Avec Lagrenée, un des directeurs artistiques de la Manufacture, ils élaborent une vaisselle de fantaisie de style étrusque sur le thème du lait : bergers, bergères, chèvres, vaches, brebis, etc. Ce service destiné à la souveraine offre une particularité inédite à l’époque : l’emploi de la dorure a été banni, remplacé par des couleurs d’une grande délicatesse, sobrement mises en valeur par des motifs noirs, comme en témoigne la soucoupe. Le charme de la composition, la finesse du dessin et la beauté des couleurs font de ce service l’une des œuvres les plus originales créées à Sèvres. L’expert Georges Lefèvre qui présentait cette pièce n’a pas été autrement surpris par la montée des enchères : « L’intérêt de ce service, sa destinataire, le fait qu’il s’agisse d’une commande unique dont très peu de pièces ont survécu, devaient forcément stimuler les amateurs de porcelaine du XVIIIe siècle. Toutefois, la bataille d’enchères qui s’est déroulée entre deux particuliers américains a multiplié par deux le prix que j’en attendais. »
Étude Piasa, Drouot Richelieu, 28 juin.

863 690 F
Livrée à Versailles par Riesener en 1782, cette table à écrire en placage de bois de rose marqueté était destinée à l’usage de la duchesse de Polignac, qui avait la charge de Gouvernante des Enfants royaux. Amie proche de la reine, dont elle avait obtenu de grandes faveurs, Yolande de Polignac contribua fortement à l’impopularité de Marie-Antoinette. Elle fut parmi les premières à s’exiler, dès 1789. Préempté par l’État, ce bureau va maintenant regagner le petit Trianon, où il devait meubler la chambre de la duchesse. Pour les experts Jacques Bacot et Hugues de Lencquesaing, « ce meuble n’a pas atteint le prix attendu pour la simple raison qu’il n’avait pas obtenu le certificat de libre circulation permettant l’exportation des œuvres d’art. L’absence d’enchères de la part de  professionnels ou d’étrangers a, en effet, empêché les prix de monter comme ils auraient dû le faire ».
Mes Beaussant-Lefèvre, Drouot Richelieu, 28 juin.

6 200 000 F
La route de Versailles à Louveciennes, effets de neige, peinte par Camille Pissarro (1830-1903) vers 1870, était présentée à Monaco lors des ventes du mois d’août. Selon l’expert Franck Baille, spécialiste des tableaux modernes, « cette toile correspond à la période la plus recherchée dans l’œuvre de Pissarro, celle où il élabore l’impressionnisme aux côtés de son ami Claude Monet. Le prix de cette toile, qui a doublé son estimation, montre l’intérêt jamais démenti pour ce mouvement majeur de l’art moderne et la bonne santé du marché international. Des acheteurs étrangers se sont manifestés. Ce résultat est tout à fait conforme à la qualité de cette œuvre ».
Me Tajan, Monaco, 2 août.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°519 du 1 septembre 2000, avec le titre suivant : l‘œil de l‘expert

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