Dimanche 25 février 2018

L’honneur perdu de Lumbreras

Le marchand assigne à la fois Ramon Cernuda et Christie’s

Le Journal des Arts

Le 1 septembre 2008

Le marchand Javier Lumbreras assigne en justice, devant une cour de Floride, le collectionneur d’art cubain Ramon Cernuda et la maison Christie’s, après le retrait in extremis d’une vacation d’art latino-américain, à Miami, en novembre 1997, de six tableaux dont l’authenticité était mise en doute.

MIAMI - À la suite du retrait par Christie’s de tableaux qu’il lui avait confiés pour une vente à Miami, en novembre 1997, Javier Lumbreras soutient que de fausses accusations ont porté préjudice à sa réputation personnelle et à sa société, Arteforum Inc. Il assigne en justice le célèbre éditeur et collectionneur d’art cubain Ramon Cernuda et son épouse, les représentants de Christie’s – dont Christopher Hardtop, premier vice-président, Vivian Pfeiffer, directrice du bureau de Miami, et Fernando Gutierrez, directeur du département d’art latino-américain –, ainsi que le collectionneur de peinture cubaine Isaac Rudman, installé à Saint-Domingue.

Six peintures cubaines avaient été exclues in extremis de la vente, et notamment Dos Mujeres (1944) de Mario Carreno, dont l’authenticité avait été mise en doute par des experts du peintre cubain mais aussi par les analyses pratiquées, à la demande de Christie’s, dans les laboratoires du Museum of Modern Art à New York. Celles-ci avaient révélé qu’il ne s’agissait pas d’une huile mais d’une peinture acrylique, dont la couche picturale ne présentait par ailleurs aucun signe de vieillissement. En outre, ses composants chimiques n’existaient pas encore à l’époque où le tableau avait en principe été exécuté.

Le marchand espagnol et le couple de collectionneurs avaient entretenu des rapports cordiaux jusqu’à ce que Javier Lumbreras leur vende, pour 16 000 dollars, un tableau que l’artiste cubain Tomas Sanchez affirmait être un faux. Ramon Cernuda avait alors demandé à Javier Lumbreras de le rembourser ou d’échanger la toile contre une œuvre authentique. Ce dernier avait refusé, arguant qu’il n’en était pas le propriétaire mais uniquement le vendeur – il avait perçu pour cette transaction une commission de 2 000 dollars. M. Cernuda avait remis l’affaire entre les mains de son avocat, puis, le marchand ayant ignoré les trois citations à comparaître qui lui avaient été adressées, le collectionneur avait organisé une manifestation devant la galerie de Javier Lumbreras, qui avait fini par céder à la pression avant que l’affaire ne passe en jugement.

Le dénouement du procès semble pourtant incertain, et il semblerait bien que l’animosité personnelle du marchand envers les époux Cernuda soit au cœur de l’affaire. Notre partenaire éditorial espagnol, El Periodico del Arte, a tenté plusieurs fois de joindre M. Lumbreras, sans succès.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°73 du 18 décembre 1998, avec le titre suivant : L’honneur perdu de Lumbreras

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