L’hémorragie grecque

L'ŒIL

Le 23 mai 2013 - 859 mots

Le contexte économique à Athènes met
de nombreuses œuvres sur le marché. Dans ce cadre, Piasa organise une seconde vente d’art grec dans son nouvel espace à Paris.

Après une première vente d’art grec aux résultats mitigés mais jugés encourageants en novembre dernier, la maison Piasa remet le couvert le 24 juin. Entre-temps, la situation économique de la Grèce ne s’est guère améliorée, la « troïka » des bailleurs de fonds d’Athènes – Fonds monétaire international, Banque centrale et Commission européennes – presse le pays de pratiquer des réformes sévères. Chez son voisin chypriote, c’est pire encore. Le plan de sauvetage de 10 milliards d’euros proposé a été conditionné par une lourde taxe sur les dépôts bancaires détenus par des résidents ou des non-résidents. Tout cela crée un climat de panique, et comme le malheur des uns fait souvent le bonheur des autres, il pourrait y avoir de bonnes affaires à réaliser pour les amateurs d’art.
Si l’art grec est malmené par la crise, « on ne peut parler d’hémorragie », nuance Dimitri Joannidès, historien de l’art et consultant d’origine grecque en charge de sélectionner les lots pour Piasa. Néanmoins, les nuages s’amoncellent au-dessus du Parthénon : les musées voient leurs horaires d’ouverture se réduire, telle la Pinacothèque, les artistes trouvent plus difficilement des galeries, elles-mêmes à la peine, et les collectionneurs se font d’autant plus rares et discrets qu’il serait malvenu d’afficher en ce moment ses signes extérieurs de richesse. Et Dimitri Joannidès se montre plus inquiet encore pour Chypre, « où les collectionneurs pourraient chercher à expédier toutes leurs œuvres à Londres ».
 
Des valeurs internationales
Bref, la conjoncture en Grèce et aux alentours conduit nombre de particuliers et d’entreprises à s’interroger sur l’avenir de leur collection, voire à s’en séparer en totalité ou partiellement. « Certains sont prêts à perdre un peu parce qu’ils ne disposent plus forcément de liquidités », note Dimitri Joannidès qui reconnaît avoir effectué une sélection draconienne pour cette vente autour d’une centaine de lots, alors qu’en novembre la maison avait mis aux enchères presque deux fois plus de pièces. Axés principalement sur l’après-guerre, ces lots seront proposés dans le nouvel espace rive gauche de Piasa, afin de donner une identité particulière à l’événement. Parmi les artistes présentés, beaucoup de valeurs sûres et déjà reconnues internationalement :
Fassianos, Gaïtis, Kounellis, Constantin Macris, Móralis, Spyrópoulos, Stamos, Pavlos, Takis, Xenakis… Les estimations s’échelonnent entre 2 000 et 120 000 euros, contre 500 et 44 000 euros la dernière fois.
Comme Bonhams, qui réalise deux vacations par an rapportant environ 2 millions d’euros chacune (l’ensemble des ventes spécialisées d’art grec en Europe ne dépassant pas 6 millions d’euros), surfant sur l’importante communauté d’armateurs présente en Angleterre, Piasa cherche à tirer profit des liens pluriséculaires qui unissent la Grèce à la France, comme en témoigne le profil des acheteurs de sa première vente : une moitié de Français, 30 % de Grecs et 20 % d’autres nationalités.
« Il y a 9 millions d’habitants en Grèce, mais 20 millions à l’extérieur. Hormis la diaspora juive, c’est l’une des plus considérables au monde, devant celle des Libanais ou des Arméniens. Partout où il y a la mer, il y a des Grecs ! Si les grands armateurs sont basés à Londres, beaucoup d’hommes d’affaires ont choisi de s’établir à Genève ou Monaco, mais les intellectuels ont investi surtout en France », observe Dimitri Joannidès. D’ailleurs, en 2011, Artcurial Deauville avait dispersé avec succès des tableaux grecs sous la houlette du commissaire-priseur James Fattori, recruté ensuite par Piasa.

Une bonne traçabilité
Autant de raisons qui conduisent Paris à ne pas laisser le monopole des ventes d’art grec à Londres, où Bonhams bénéficie d’un leadership pourtant bien installé, avec ses ventes qui mettent l’accent sur l’art du XIXe siècle. Sotheby’s, qui avait lancé des vacations d’art grec à Londres en 2001 – l’une d’elles atteignant même 11,5 millions d’euros en 2007 –, a pour sa part abandonné les ventes spécialisées, suite à la plainte pour faux déposée par l’armateur Diamantis Diamantides après l’achat de la Vierge à l’Enfant de Parthenis. En juin 2012, l’auctioneer a été condamné à verser 950 000 euros de livres sterling au plaignant, puis a interjeté appel ; la maison a pour l’instant réintégré l’art grec dans ses ventes d’art européen.
Comme lors de sa vente-coup d’essai de l’automne dernier, Piasa a choisi essentiellement des artistes qui ont séjourné ou qui vivent encore à Paris. Pour séduire la diaspora comme les Français amoureux de la Grèce, à l’instar du P.D.-G. de L’Oréal Jean-Paul Agon, l’un des collectionneurs de la spécialité, la maison de vente a réalisé une fois de plus un catalogue bilingue français-grec avec des biographies de chaque artiste, montant également un partenariat avec le Centre culturel hellénique de Paris pour gagner en visibilité. « L’intérêt de ces enchères est la provenance des œuvres, principalement issues des collections des artistes eux-mêmes, de leur famille, de leurs proches ; la traçabilité en est donc claire », commente Dimitri Joannidès. Dans ce petit pays, la vitalité artistique a toujours été grande ; l’achat d’œuvres y fait partie de l’art de vivre plus encore que du statut social.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°658 du 1 juin 2013, avec le titre suivant : L’hémorragie grecque

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