Samedi 17 novembre 2018

Régions

Les DAC aux assises : un événement

Par Jean-Marie Schmitt · Le Journal des Arts

Le 30 novembre 2007 - 956 mots

Les directeurs des affaires culturelles des collectivités territoriales se sont réunis à Annecy.

Il n’y avait ni procureur, ni avocat aux premières assises des directeurs des affaires culturelles (DAC) des collectivités territoriales tenues à Annecy les 8 et 9 novembre au Centre de congrès de l’Impérial Palace et au Centre culturel Bonlieu, scène nationale. Pour l’observateur, ce fut une première surprise : les DAC se sont posés sans s’opposer. En particulier, il ne fut pas formulé d’accusation contre l’État du chef de désengagement, transfert abusif de charges ou autre grief d’excès ou de déni de pouvoir, alors qu’il a été clairement posé que le développement des fonctions des DAC se situe dans la montée en puissance des collectivités locales dans le champ culturel, par volonté politique propre ou pour relayer l’État. Au fil des débats, au contraire, l’impression est qu’un consensus s’est fait autour de l’idée que le fait culturel est mieux pris en compte à l’échelon des territoires qu’à celui de l’État, celui-ci restant cependant indispensable pour certaines fonctions d’évaluation, de contrôle, de péréquation, mais aussi d’impulsion au moins pour les plus petites collectivités.
Cette assemblée était une première, plusieurs fois qualifiée de fondatrice par les organisateurs : des associations regroupant des responsables d’affaires culturelles (DAC des grandes villes et agglomérations de France ; Culture et départements ; Club des responsables des affaires culturelles d’Île-de-France ; Association des DAC de Midi-Pyrénées) avec le concours de l’Observatoire des politiques culturelles de Grenoble.
Succès d’organisation : la Ville d’Annecy a mis les petits plats dans les grands avec l’appui de sa communauté d’agglomération, du département de la Haute-Savoie, de la Région Rhône-Alpes, bref tous les échelons des collectivités territoriales agissant de concert avec l’État, et soutenu par le CNFPT (Centre national de la fonction publique territoriale) ainsi que la MAIF et le Crédit Coopératif. Succès d’affluence : 251 inscrits, près de 270 présents ; succès de représentativité par la réelle diversité de taille et de statut des collectivités présentes, une large représentation géographique de tous âges, et la quasi-parité homme/femme (119 femmes sur les 221 participants effectivement engagés dans les affaires culturelles territoriales).
Ces indicateurs positifs, et la chaleur d’une communauté qui se découvrait comme une force opérant dans un domaine d’action souvent qualifié de passionnant, expliquent sans doute des échanges à la tonalité le plus souvent constructive, éloignée des jérémiades qui accompagnent souvent les réunions des corps de métiers. À Annecy, l’esprit de corps s’est donc manifesté dans l’éloge de la diversité plus que dans la recherche d’une identité corporatiste, au point qu’un orateur a pu traduire l’acronyme DAC par « drôle d’acteur dans la cité »... Il y avait sans doute trop peu de temps, passées les découvertes réciproques, pour s’attarder sur ce qui pouvait fâcher. Par exemple, l’absence d’un statut spécifique n’a pas semblé au cœur des préoccupations, en tout cas n’a pas été lourdement exprimé. Les observations sur les relations avec les élus n’ont pas non plus manifesté un déficit d’autonomie.
Seule question récurrente celle de l’identité de la profession, mais avec l’impression qu’elle était évoquée plus souvent par les observateurs ou universitaires présents que par les intéressés eux-mêmes. Et la question d’identité semblait essentiellement porter sur la mutation progressive d’une fonction en un métier et l’identification des compétences pour l’exercer, à la charnière de la politique, de la gestion et des spécificités de la culture. Bref des questions plus professionnelles que politiques.
Cette relative sérénité contrastait avec les propos des intervenants universitaires pointant le désengagement de l’État, sollicitant l’amertume sur l’accusation de « faillite » de la démocratisation culturelle formulée en haut lieu, ou s’inquiétant d’une position difficile des DAC coincés entre l’impécuniosité publique et les caprices des élus.
Mais les DAC en assises ne semblaient pas éprouver le besoin « d’entrer en résistance » pour se faire entendre. Que du bonheur ! pouvait dire un participant. Mais sans doute aussi quelques questions, du moins pour l’observateur. Ou, plutôt que des questions, des étonnements. On peut en mentionner au moins deux.
Tout d’abord, dans les réflexions mêlées sur les compétences et les connaissances indispensables à l’exercice du métier de DAC, un étonnant déficit concernant les territoires du patrimoine. Rien ou presque n’a été dit concernant les responsabilités et les besoins des DAC en matière de monuments historiques, de musées, de bibliothèques ou d’archives. Ce sont pourtant les domaines où la décentralisation est effective, où les chantiers sont ouverts, et dans lesquels la démocratisation culturelle n’est pas discutable. Est-ce un déficit de compétence ou un manque d’intérêt ? Sans doute un peu des deux, ce qui serait peut-être à rechercher dans les modes d’accès les plus répandus aux postes de DAC. La question n’est pas neutre parce que, par moments, on pouvait se demander si le/la DAC ne se voyait pas davantage comme directeur/trice de l’action culturelle au sens des arts vivants que des affaires culturelles entendues globalement. Question à suivre car elle sera essentielle pour déterminer le territoire d’action des DAC qu’un journaliste intervenant décrivait comme un archipel en cours de découverte.
Ensuite, une apparente indifférence aux échéances électorales à venir. Travaillant en relation directe avec les élus, dont leur action dépend étroitement, il peut sembler surprenant que les élections municipales qui se tiendront dans quelques mois n’aient fait l’objet d’aucune interrogation ou supputation des DAC. Sans doute pas par indifférence. Peut-être parce que pour ces professionnels, la culture n’est plus perçue comme l’enjeu politique qu’elle a longtemps été. L’investissement du terrain politique par d’autres débats symboliques mettrait peut-être paradoxalement la culture à l’abri des bascules politiques.
La culture serait-elle désormais l’affaire de professionnels, peu portés sur l’engagement idéologique, mais revendiquant la passion de leur métier ?
Des interrogations qui s’éclairciront sans doute aux prochaines assises, dont la date reste à fixer.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°270 du 30 novembre 2007, avec le titre suivant : Les DAC aux assises : un événement

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