Samedi 24 février 2018

Le triomphe de Royère

Une quarantaine de ses créations seront proposées

Par Éric Tariant · Le Journal des Arts

Le 27 mars 2008

La cote des créations de Jean Royère connaît depuis deux ou trois ans une spectaculaire progression, soutenue par des collectionneurs et décorateurs délaissant l’Art déco en faveur de meubles moins onéreux et plus ludiques. Le 10 mars, à Drouot Montaigne, une vente composée d’une quarantaine de meubles (tables, fauteuils, canapés, luminaires...) lui sera entièrement consacrée.

PARIS - Cinq mois après la spectaculaire dispersion Ruhlmann qui avait produit 45 millions de francs, le cabinet d’expertises Camard, assisté de l’étude Millon-Robert, propose une nouvelle vente monographique dont le résultat attendu est de trois à cinq millions de francs.

Tiré par les créations Art déco qui s’enchérissent à une vitesse vertigineuse, le marché du mobilier des années cinquante connaît depuis quelque temps un grand succès, dont témoigne la cote des pièces de Jean Royère : elle a presque triplé en deux ou trois ans, et quintuplé en six ans. En juin 1994, l’étude Néret-Minet dispersait, avec le concours de l’expert Christian Boutonnet, un ensemble de meubles du créateur, adjugés à des prix qui nous paraissent aujourd’hui étonnamment bas. Une suite de tables gigognes en métal était partie à 22 000 francs – elle vaudrait actuellement autour de 120 000 francs –, et une table basse ronde en fer forgé, adjugée 25 000 francs, se négocierait environ 100 000 francs. En novembre 1999, Sotheby’s mettait en vente une paire de fauteuils de Royère qui se sont envolés à 38 900 livres sterling, sans toutefois atteindre le prix record et un peu inquiétant, aux yeux des marchands, de 840 000 francs obtenu par une paire de fauteuils “ours polaire” en mai 1999 chez Christie’s.

Quelques fortes enchères ont également été prononcées à Paris, en novembre dernier notamment, lors d’une vente conduite par l’étude Millon, assistée du cabinet Camard : un petit bureau de dame a fait 116 000 francs et une bergère à dossier gondole 60 000 francs, contre une estimation de 15-20 000 francs. Comment expliquer une telle envolée  ? “Une partie de la clientèle qui n’a plus les moyens de s’acheter des meubles Art déco se reporte sur ceux de l’après-guerre, entraînant un fort accroissement de la demande, explique Jean-Marcel Camard. La bonne santé de ce marché tient aussi au travail accompli depuis une quinzaine d’années par des marchands américains comme Tony Delorenzo, ou français comme la galerie Jousse-Seguin, prolongé plus récemment par celui d’Olivier Watelet et d’Yves Gastou.” Ont aussi joué un rôle essentiel, dans le développement de cette clientèle, les expositions chez Pierre Passebon, au début des années quatre-vingt-dix, chez Jacques Lacoste, en juin 1999, et au Musée des arts décoratifs (qui vient de s’achever).

Profitant de cet engouement, des collectionneurs européens et libanais ont choisi de se défaire de leurs meubles de Jean Royère, que dispersera l’étude Millon-Robert le 10 mars.

Canapés, fauteuils, tables et luminaires
Avec le canapé “ours polaire” recouvert de soie sauvage beige (180-220 000 francs) et la suite de trois fauteuils du même nom tendus de soie sauvage rouge (100-120 000 francs), les collectionneurs entreront d’emblée dans l’univers de fantaisie et de légèreté du créateur. “Ce salon a été l’un des ensembles de Royère les plus reproduits, souligne Rafael Ortiz, de la galerie L’Arc en Seine. Il doit en exister une cinquantaine d’exemplaires. Le fauteuil éléphanteau, en revanche, est plus rare.” La lampe liane (220 000 francs) nous introduit, elle, dans un univers poétique inspiré des richesses de  la nature. On remarquera aussi plusieurs tables, dont une basse en placage de chêne à plateau circulaire garni de glace miroir et reposant sur trois pieds galbés (30-50 000 francs), une table dite “flaque d’eau” en chêne teinté brun (180-220 000 francs), et une table de jeu à plateau rectangulaire sur quatre pieds rappelant des défenses d’éléphant (40-60 000 francs). Des meubles de rangement compléteront cet ensemble : l’un deux se présente sous la forme d’un long coffre rectangulaire en chêne, reposant sur un piétement en lame de métal patiné noir (180-220 000 francs). Poussées par l’appétit des collectionneurs et décorateurs américains et français, ces créations devraient continuer de s’enchérir, en dépit du caractère multiple de nombre de ces meubles.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°98 du 4 février 2000, avec le titre suivant : Le triomphe de Royère

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