Samedi 15 décembre 2018

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Le Salon du Dessin fête ses dix ans

L'ŒIL

Le 1 mars 2001 - 604 mots

Comment un si petit salon peut-il jouir d’une si grande notoriété ? 25 exposants, 800 œuvres aux cimaises. Un rien, et pourtant tous ceux qui comptent en matière de dessin déboulent à Paris. Plus surprenant encore, institutionnels et conservateurs sont partie prenante. Ils ouvrent leurs collections pour des visites privées, assurent conférences et débats. En prime, deux belles ventes à Drouot chez Piasa (23 mars) et chez Tajan (27 mars). Le dessin n’est pas une spécialité grand public.  Les initiés vont donc se retrouver pour ce dixième anniversaire.
Ce marché de passionnés est sain. Contrairement à d’autres, il n’a jamais été sinistré. « Au plus fort de la crise, assure le galeriste Bertrand Gautier, de grands collectionneurs ont poursuivi leurs achats. Ainsi n’y a-t-il pas eu recul tout juste stagnation ». Aujourd’hui, à voir l’envolée dans les dernières ventes de New York, le salon s’annonce sous des auspices prometteurs : le 23 janvier, chez Sotheby’s, le marteau tombe à 1,8 M$ sur la série Les Douze mois de Hans Bol, quatre fois l’estimation haute. Confirmation le lendemain chez Christie’s : 2,9 M$ pour Vue de Dordrecht d’Albert Cuyp, qui pulvérise l’estimation (150 000 $). « Tout a monté, pas seulement les chefs-d’œuvre », assurent Hélène Bucaille et Marie-Christine Carlioz de la galerie La Scala. Bertrand Gautier confirme : « la progression, enclenchée depuis trois ans aux Etats-Unis, s’accélère, dit-il, la France suit avec un peu de retard ». A dire vrai, le niveau des enchères en a surpris plus d’un. « Si je faisais de telles marges de bénéfices, je me ferais très mal voir des acheteurs », remarque Bruno de Bayser. Selon
ces marchands, au vu de la folle ambiance qui règne dans les salles de vente, les amateurs seraient bien avisés de pousser la porte des galeries. « Question prix, nous sommes en retrait », affirme Bertrand Gautier. Ce marché euphorique n’est pas sans inconvénients. « Pour les pièces importantes, on ne peut plus suivre les enchères, remarquent les galeristes de La Scala, d’autant que nous n’avons pas les mêmes méthodes que les Anglo-saxons ». Ces derniers, en effet, font appel aux banques pour financer leurs achats. Pourquoi ne pas les imiter ? « Pour nous, le contact humain,     le dialogue entre marchands et collectionneurs est irremplaçable », répondent-elles. Pour autant, pas
de panique, la pénurie n’est pas pour demain. En effet, beaucoup de ces professionnels ont été, dans un premier temps, des collectionneurs. Avant de se lancer, ils ont constitué des stocks. Ainsi gardent-ils des pièces au secret plusieurs années, attendant le moment favorable. Que reste-t-il aujourd’hui au collectionneur modeste ? Beaucoup de choses, car des dessins il y en a des tonnes. Il faut d’abord apprendre à voir, conseillent les marchands, et aussi prêter beaucoup d’attention à l’état de conservation. Il faut surtout naviguer à contre courant. Pour les galeristes de La Scala, si les grands maîtres sont hors de portée, il reste quantité d’artistes qui ont produit d’admirables dessins. Pour le XIXe, Paul Huet, par exemple, peintre de paysages et d’animaux ou Dethomas, ami de Toulouse-Lautrec et Degas. Pour le XVIIIe, Gravelot ou Volaire. On peut acquérir de bonnes feuilles à partir de 10 000 F. D’après Bertrand Gautier, il ne faut pas hésiter devant les grands noms. « Certains aujourd’hui ne sont plus “tendance” », dit-il. Boucher, par exemple, dont les sujets religieux ou difficiles sont sous cotés, ou Delacroix dont les sujets d’histoire n’emballent pas les foules et pourtant quelle maîtrise ! Certes, entre 50 000 et 150 000 F, ce n’est pas donné, mais l’œuvre prendra immanquablement de la valeur.

PARIS, Salons Hoche, 21-26 mars.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°524 du 1 mars 2001, avec le titre suivant : Le Salon du Dessin fête ses dix ans

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