Mercredi 29 janvier 2020

Le Salon du collectionneur plébiscité

Sa première édition a été saluée pour son sérieux malgré le contexte économique difficile

Par Armelle Malvoisin · Le Journal des Arts

Le 26 septembre 2003 - 1287 mots

Le tout nouveau Salon du collectionneur, organisé au Carrousel du Louvre du 12 au 18 septembre par le Syndicat national des antiquaires (SNA), a reçu les honneurs du public et des professionnels. Une organisation impeccable, la qualité des expositions, les spécialisations et la bonne humeur ambiante ont contribué au succès de cette première édition, même si pour beaucoup, conjoncture oblige, les résultats commerciaux n’ont pas suivi.

PARIS - “L’installation s’est faite dans l’allégresse, sans pépin. En commission d’expertise, nous étions débordés. Il y avait 3 000 objets de plus qu’en Biennale, et nous avons dû renforcer les équipes”, raconte Christian Deydier, le président du SNA et l’un des instigateurs du Salon du collectionneur, l’alternative à la Biennale des antiquaires les années impaires. Avec 5 000 entrées le soir du vernissage, soit 200 de moins qu’en Biennale, et un total d’un peu moins de 20 000 visiteurs, ce premier Salon est un succès. “Le public était de qualité : des collectionneurs, des amateurs, des conservateurs et aucun badaud avec des poussettes !”, ont constaté de nombreux exposants. Des allées plus larges et plus nombreuses que pour la Biennale ont facilité la circulation. La sectorisation des différentes spécialités a permis d’éviter de s’égarer dans un secteur auquel on ne s’intéresse pas. “Les visiteurs ont trouvé le salon sympathique. Mme Chirac est venue trois fois et a fait quelques emplettes. Le Salon du collectionneur n’est ni une Biennale, ni une sous-Biennale”, se réjouit Christian Deydier en rappelant qu’il y a encore quelques mois des mauvaises langues l’avaient qualifié de “salon des refusés”. Un collectionneur suisse, hésitant mais réceptif aux échos favorables de la manifestation, a fini par se déplacer et s’est laissé séduire par un beau meuble chez Steinitz (Paris) et par une dizaine de pièces de porcelaine. Au final, il a dépensé plus que, en moyenne, lors de la Biennale. Pourtant, peu d’antiquaires ont bien travaillé. Beaucoup sont tout juste rentrés dans leurs frais ; quelques autres n’ont pratiquement rien vendu. La faute à la conjoncture. Cela n’a pourtant pas entâché l’ambiance du Salon, lequel a largement été approuvé dans son concept. Les exposants ont tout de même regretté l’absence de nocturne et d’un second week-end d’exposition, deux critiques récurrentes qui ont convaincu le SNA de modifier à l’avenir la formule.

Secteurs plus ou moins valorisés
Les secteurs de la céramique et des arts d’Asie étaient particulièrement réussis. “Comme il s’agissait d’importer deux salons déjà rodés (le Salon de la céramique et la Biennale des arts asiatiques), nous n’avons eu qu’à fignoler les plans”, mentionne Christian Deydier. Les antiquaires spécialisés dans la céramique, à la clientèle très ciblée, ont trouvé leurs marques au sein du Salon. La galerie marseillaise Paula Jaquenoud présentait des pièces du midi de la France et des faïences d’Espagne. “Nous avons retrouvé notre clientèle, commente-t-elle. L’endroit est plus agréable qu’à l’hôtel Dassault où se tenait le Salon de la céramique. On a tous fait des efforts de présentation en montrant de rares et belles pièces, qui sont d’ailleurs bien parties. De plus, le fait d’avoir réuni plusieurs spécialités en un même lieu constitue une ouverture.” L’Italien Giampaolo Lukacs (Rome), invité cette année, est tellement ravi de l’expérience qu’il a décidé de s’inscrire au SNA pour pouvoir participer au Salon ultérieurement. Et plusieurs importants marchands anglais de la spécialité, venus en visiteurs, ont reconnu que la section “Céramique” du Salon était du niveau de la Ceramic Fair de Londres. Ils ont souhaité s’inscrire à la deuxième édition. Le secteur “Asie” était aussi relativement complet. Deux antiquaires n’ont malheureusement pas vendu. Antoine Lebel (Paris) affirme pour sa part avoir eu “de très bons contacts, au-delà de la clientèle habituelle, ainsi que des ventes honorables étant donné le climat économique”.
Moins valorisé, le secteur des bijoux et de l’argenterie était un peu sinistré. Anne Benodis-Claverie, de la galerie Assour & Sumer (Bordeaux), spécialisée en orfèvrerie ancienne, avoue que cela a été difficile : “J’attends de voir les retombées. Ce salon s’annonce peut-être un peu tôt dans la saison. Il faudra analyser cela après coup.” Jean-Pierre Micheau (Paris), l’un des quatre marchands de bijoux anciens, explique : “Nous étions en portion congrue et mal annoncés pour ce Salon du collectionneur, dont le nom fait penser à tout sauf aux bijoux. Les clients nous ont trouvé un peu par hasard. Mais je fais partie des trois marchands de la spécialité à être rentrés dans ses frais, ce qui n’est déjà pas si mal”, se félicite-t-il, en ajoutant que les soucis qu’il a rencontrés font “partie des petits réglages à faire”. La partie “Arts premiers” manquait franchement de consistance, avec seulement six participants, et ce malgré la présence de sérieux marchands comme Alain de Monbrison (Paris). Ce dernier avait l’air de faire de la présence. Et pour cause, l’événement dans le domaine des arts premiers était programmé simultanément, de l’autre côté de la Seine, à l’occasion du Kaos-Parcours des mondes à Saint-Germain-des-Prés (lire p. 27). L’antiquaire de la rue des Beaux-Arts n’en a pas moins cédé dès le premier soir sa collection d’objets esquimaux. “C’est vrai qu’il est venu par esprit de solidarité, admet Christian Deydier. Mais nous avions un problème de date par rapport à Kaos.”

Possibilités de développement
Pour les tableaux, dessins et sculptures, les résultats ont été variables d’un stand à l’autre, mais le climat fut toujours agréable. Olivier Delvaille (Paris) s’estime content d’avoir vendu quelques belles pièces “même si cela n’a rien d’extraordinaire”. “Mais à la galerie, la porte ne s’ouvre plus beaucoup”, a-t-il ajouté. Il a apprécié les efforts de présentation des uns et des autres. Lui-même a monté des plinthes, corniches et des moulures sur les portes. “J’en ai fait plus que pour un salon de province. En même temps, on reste loin des fastes de la Biennale. Le prix d’un objet ne dépendait donc pas de la façon dont il était présenté mais bien de sa qualité.” Même son de cloche chez Alexis Bordes (Paris), un jeune marchand de dessins en pleine ascension. “J’ai correctement vendu et noué de nouveaux contacts sérieux. Je pense que j’aurai des retours dans les jours qui suivent à la galerie. Mais pour cela, j’ai travaillé dur, en réalisant notamment un beau catalogue bien documenté.” Le Belge Jos Boon (Bruxelles) n’a pas enregistré beaucoup de transactions. Pourtant, il pense que le Salon est “très bien organisé, avec beaucoup de possibilités de développement dans le futur”. “On viendra”, a-t-il ajouté.  Du côté des marchands de mobilier et objets d’art, la qualité était également au rendez-vous. Le stand des Steinitz, paré de magnifiques boiseries et décoré avec beaucoup de goût, était comme à l’accoutumée époustouflant. La présence d’autres ténors comme Ariane Dandois (Paris) et la galerie Gismondi (Paris) a contribué à hausser le niveau. Le Bruxellois De Backker, exposant en haute époque, s’est montré très satisfait d’avoir vendu sa pièce majeure au musée de Limoges, ainsi qu’une dizaine d’objets importants à des amateurs français, belges et anglais. Dans le prolongement du mobilier, quatre antiquaires spécialistes des tapis comptaient parmi les exposants. L’occasion pour la galerie C.B. Parsua (Paris) – offrant une collection de pièces contemporaines nouées à la main en Iran et travaillant à 80 % avec des décorateurs –, de tester une nouvelle clientèle. “Nous avons reçu un très bon accueil, avec quelques ventes et plusieurs rendez-vous. Le modèle Sultanabad à décor d’arabesques Isnik bleues sur fond rouge et les tapis à motifs de tulipes ottomanes rouges ont remporté un très grand succès.” Vente ou pas vente, les éloges n’ont pas tari sur ce salon, et les candidatures pour 2005 sont déjà nombreuses. Mais Christian Deydier remet les pendules à l’heure : “Je ne virerai pas un bon petit antiquaire pour un poids lourd ! Il y aura une liste d’attente...”

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°177 du 26 septembre 2003, avec le titre suivant : Le Salon du collectionneur plébiscité

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