Mercredi 17 octobre 2018

Le miroir de la peinture

Une galerie de portraits chez Virginie Pitchal

Le Journal des Arts

Le 3 décembre 1999 - 367 mots

Assurance toute masculine ou méditation mélancolique, hilarité ou inquiétude, les toiles rassemblées à la galerie Virginie Pitchal déclinent toute la gamme des « états d’âme », élargissant ce panorama de deux siècles de portraits aux figures de la mythologie ou de la religion.

PARIS - Le Narcisse de Johannes Moreelse, admirant son reflet dans une eau sombre, serait-il l’emblème de cette exposition consacrée aux visages dans la peinture du XVIe au XVIIIe siècle ? Dans les portraits réunis par Virginie Pitchal, on chercherait en vain trace de vanité, c’est plutôt l’exigence de vérité qui les caractérise, à l’instar de l’intense Portrait d’homme barbu d’Anton Van Dyck (1,8 million de francs). D’autres effigies retrouvent cette singulière concentration, à commencer par un dessin de Federico Barocci. L’expression mélancolique de cette étude contraste avec l’assurance toute masculine du Portrait d’homme d’Annibale Carrache, à moins qu’il ne soit de la main de son frère Agostino. Ce même Agostino, peint par Annibale, forme un exceptionnel diptyque, caractéristique de la manière bolonaise d’envisager la figure humaine et d’imposer cette irréductible présence. Des œuvres qu’on préférera sans hésiter à l’expression un peu molle des visages de Greuze ou Opie.

Nombre de tableaux présentés ici, comme La Madeleine repentante (450 000 francs) attribuée à Charles Poerson – à moins qu’elle ne soit de Nicolas Chaperon – ou Une Sibylle de Lorenzo Pasinelli (1629-1700), échappent pourtant au domaine du portrait et ne sauraient se réduire à une étude de caractère. Dans Une Sibylle (1,3 million de francs), qui pourrait représenter la poétesse Sapho, l’artiste fructifie l’héritage de Guido Reni et du Guerchin, mariant avec élégance la vision idéalisée avec une réelle présence. Dernier exemple de l’école bolonaise, L’Ange gardien (450 000 francs), attribué à Antonio Carrache, fils naturel d’Agostino, pourrait paraître déplacé au sein de cet ensemble. Il représente en fait la montée de l’âme, symbolisée par l’enfant innocent, vers la gloire des cieux, enjambant le corps du démon. Quand l’âme prend corps, en quelque sorte...

ÉTATS D’ÂME, VISAGES À TRAVERS LA PEINTURE DU XVIe AU XVIIIe SIÈCLE

Jusqu’au 20 décembre, exposition-vente, galerie Virginie Pitchal, 40 rue Jacob, 75006 Paris, tél. 01 42 61 16 33, tlj sauf dimanche et lundi 10h-19h. Catalogue, préface de Dominique Brême.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°94 du 3 décembre 1999, avec le titre suivant : Le miroir de la peinture

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