Vendredi 23 février 2018

Art précolombien

Le Mexique a fait saisir des lots de la vente d’art précolombien de Binoche et Pierre Bergé & Associés.

Malédiction

Par Armelle Malvoisin · Le Journal des Arts

Le 1 octobre 2008

Un spectaculaire crâne de cristal dit « Pépin », car ramené du Mexique par Eugène Pépin dans les années 1920, et datant du XIXe siècle, était la curiosité de la vente d’art précolombien organisée par la SVV Binoche, conjointement avec la maison Pierre Bergé & Associés, le 12 septembre à Drouot Montaigne.

Crâne 'Pépin'© Binoche

PARIS - Estimé 10 000 euros et présenté en couverture de catalogue, ce crâne de cristal évocateur de légendes olmèque, maya et aztèque n’est pas plus authentique que le spécimen conservé au Musée du quai Branly à Paris. Il a pourtant été saisi le matin de la vente, sur commission rogatoire, avec soixante-seize autres pièces mexicaines, par les policiers de l’Office centrale de lutte contre le trafic des biens culturels (OCBC), à la demande du Mexique qui a fait appel à une convention internationale d’entraide entre États. Cette saisie représente la moitié des lots de la vente et plus des trois-quarts en valeur. « La vente était fabuleuse. J’avais des ordres d’achat doublant ou triplant les estimations sur de nombreux lots mexicains tous issus de collections prestigieuses », se désole Jean-Claude Binoche. Malgré cela, le commissaire-priseur parisien a tenu le marteau pour la soixantaine de lots encore dans la course. Les deux plus belles enchères sont revenues à deux très rares spatules vomitives Taïnos de Saint-Domingue, poussées par des amateurs jusqu’à 143 750 et 106 250 euros, avant d’être préemptées par le Musée du quai Branly.
Cette manœuvre dilatoire en ventes publiques d’un pays d’Amérique latine est loin d’être la première du genre. Le 27 mai dernier, la SVV Gaïa a fait les frais de l’intervention de l’État argentin sur le lot phare de sa vacation (lire le JdA n° 284, 20 juin 2008). Toujours sur le qui-vive, la SVV Binoche avait une fois de plus envoyé le catalogue de la vente aux ambassadeurs des pays latino-américains, en les conviant à venir voir les objets, un mois et demi avant la vente. Interrogés par nos soins, les représentants mexicains à Paris se sont refusés à tout commentaire, sauf à indiquer qu’ils protégeaient leur patrimoine en vertu de lois nationales mexicaines. Mais il faut s’étonner de deux choses. D’abord, de ce que le Mexique, comme d’autres pays voisins, entrave les ventes publiques, alors que les galeries faisant commerce d’objets précolombiens ne semblent pas être empêchées. Ensuite, s’ils voulaient vraiment récupérer leurs biens, pourquoi ces États ne les achèteraient-ils pas aux enchères ? « J’ai décidé que les ventes continueraient, lance Jean-Claude Binoche, loin de se laisser intimider. Je donne rendez-vous début novembre aux collectionneurs pour leur présenter de belles pièces mexicaines de la collection Paalen. »

SVV Binoche
- Estimation : 1,5 million d’euros
- Résultats : 621 600 euros
- Nombre de lots saisis : 77
- Nombre de lots vendus/invendus : 42/21
- Nombre de préemptions : 2

SVV Pierre Bergé & Associés
- Estimation : 3,5 millions d’euros
- Nombre de lots saisis/vendus : 8/0

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°288 du 3 octobre 2008, avec le titre suivant : Le Mexique a fait saisir des lots de la vente d’art précolombien de Binoche et Pierre Bergé & Associés.

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