Numérique - Ventes publiques

Jean-Sébastien Beaucamps

Le marché des NFT est passé de 2,7 milliards de dollars début 2021 à 10,7 milliards au troisième trimestre

Par Anne-Cécile Sanchez · L'ŒIL

Le 23 novembre 2021 - 833 mots

Jean-Sébastien Beaucamps est cofondateur et PDG de LaCollection, plateforme numérique de contenus culturels.

Vous avez créé LaCollection, une plateforme NFT dédiée aux musées et aux institutions. Comment vous en est venue l’idée ?

En tant que spécialiste de la transformation digitale, j’ai travaillé pour différentes entreprises et beaucoup voyagé à l’étranger. Je profitais toujours de ces déplacements pour aller dans des galeries ou les musées ; j’ai l’habitude d’y faire une pause à l’heure du déjeuner. Pendant le confinement, en janvier 2021, j’ai éprouvé un énorme manque du fait de la fermeture des lieux d’art, tout en voyant que de nombreuses institutions, notamment aux États-Unis, en étaient réduites à vendre des œuvres pour traverser la crise. Parallèlement, je suivais le secteur des NFT qui était, lui, en pleine ébullition. J’ai commencé à réfléchir à la notion de licence de marques, qui constitue pour les établissements culturels un axe stratégique de diversification de leurs ressources financières. Mon idée était d’appliquer le modèle de licence à des lithographies numériques sous forme de NFT. C’était aussi une façon de combiner mon expertise digitale avec ma passion pour le monde de la culture. J’ai approché plusieurs institutions, dont le British Museum, qui s’est montré immédiatement intéressé. C’est allé très vite.

LaCollection a été lancée le 30 septembre dernier en partenariat avec le British Museum et son exposition dédiée aux estampes d’Hokusai. Pourquoi ce choix ?

La Vague d’Hokusai est une œuvre iconique, parfaite pour débuter. Et nous voulions créer une dimension à la fois physique et numérique : une centaine d’œuvres sont présentées dans l’exposition, on peut en voir deux cents en édition NFT sur la plateforme, ce qui est une façon de prolonger l’expérience muséale.

Quelle est votre définition des NFT ?

C’est un droit de propriété inscrit sur la blockchain, auquel sont associés un actif numérique, une image ou une vidéo, par exemple, et un certificat d’authenticité (fourni en l’occurrence par le British Museum et par LaCollection). Quand vous émettez sur la blockchain, ce droit de propriété associé à cette image et à ce certificat, cela rend vos deux fichiers indissociables et garantit une traçabilité de la transaction. Ce qui est révolutionnaire avec les NFT, c’est que l’on peut enfin certifier l’authentification d’un actif numérique.

Les NFT créent donc davantage de confiance entre les différentes parties prenantes ?

Ils permettent aussi aux artistes d’exercer le droit de suite qui garantit le versement d’une commission aux ayants droit ou à l’artiste à chaque nouvelle transaction. Ce sont des petits pourcentages, mais qui peuvent devenir conséquents calculés sur des volumes importants. Rappelons que, tous secteurs confondus, le marché des NFT est passé de 2,7 milliards de dollars début 2021 à 10,7 milliards au troisième trimestre.

Cependant la blockchain n’est pas seulement vertueuse : elle est à l’origine d’une importante pollution numérique. Est-ce un aspect dont vous tenez compte ?

C’est un sujet essentiel, que nous abordons. Nous avons décidé de lancer le NFTree (Tree comme « arbre »). Pour chaque NFT créé sur la plateforme, nous allons planter un arbre. En moyenne, un arbre absorbe 30 kilos de CO2 par an. Dès la deuxième année, nous allons donc absorber davantage de CO2 que nous n’en émettrons : nous visons un impact positif. Par ailleurs, la technologie Ethereum 2.0 va évoluer dans les prochains mois vers un nouveau système de validation considérablement moins polluant.

Faut-il s’y connaître en cryptomonnaie pour acheter sur le site de LaCollection ?

Nous avons tenu à simplifier l’expérience utilisateur. Nous ne pouvons pas nous permettre de restreindre le marché à un petit groupe de geeks avertis, et cela va à l’encontre de la mission de démocratisation de la culture d’un musée comme le British Museum. On peut donc acheter un NFT sur la plateforme de LaCollection aussi simplement qu’un livre sur le site de la Fnac. C’est également selon ce principe d’ouverture à un large public que nous proposons des éditions avec différents niveaux de rareté, des Ultra Rare éditées en deux exemplaires NFT (dont un pour le musée) à la série Common en 10 000 exemplaires.

Vous pensez développer d’autres partenariats avec des musées : quel est leur intérêt, au-delà des revenus que cela va engendrer pour eux ?

Nous leur offrons le moyen de toucher un public qui ne va pas au musée : masculin, plus jeune et plus international. Aujourd’hui, nous aidons le British Museum à s’engager avec cette nouvelle génération de collectionneurs, qui sont un peu les nouveaux mécènes, demain nous aimerions les aider à interagir avec une nouvelle génération d’artistes numériques. Notre objectif dans les prochains mois est de demander à certains de ces artistes des réinterprétations artistiques de chefs-d’œuvre, tels que, par exemple, La Vague d’Hokusai.

Quelle est votre vision pour la suite ?

Lorsque nous aurons plusieurs musées partenaires, nous pourrons faire nos propres expositions à partir des collections, avec des curators invités, sans les contraintes de transports d’œuvres de frais d’assurance… À terme, nous aimerions proposer des expositions hybrides mêlant des œuvres de collection et des créations.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°749 du 1 décembre 2021, avec le titre suivant : Le marché des NFT est passé de 2,7 milliards de dollars début 2021 à 10,7 milliards au troisième trimestre

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