Dimanche 25 février 2018

Le marché de l’art épargné ?

Les ventes publiques ne semblent pas pour l’instant affectées par la chute des places boursières

Le Journal des Arts

Le 17 janvier 2008

Quand la hausse s’arrêtera-t-il ? Alors que la Bourse continue à baisser, tout le monde se pose la question de l’avenir du marché de l’art. Georgina Adam et James Sproule, directeur de recherche à Augusta Finance et chargé de cours invité à la London School of Economics, proposent une série de raisons qui pourraient pousser le marché de l’art dans une direction ou dans l’autre.

LONDRES - Les prix ne cessent de grimper depuis trois ans, et ont culminé avec l’achat spectaculaire par Lord Thomson d’un Rubens à 49,5 millions de livres sterling (77,6 millions d’euros) en juillet. Parallèlement, les places boursières chutent, la situation internationale est tendue et les monnaies sont malmenées. La presse financière regorge d’articles prédisant ou rejetant la crise. Qu’en est-il du marché de l’art qui semble jusqu’à présent se maintenir allègrement, malgré le 11 Septembre et des difficultés économiques toujours plus grandes ? La simple observation des prix élevés des estimations et des résultats des maisons de ventes pourrait laisser penser que le marché de l’art est insensible – et continuera de l’être –  au ralentissement économique général. Un tel scénario, même s’il est tentant, est pourtant inconcevable. Le ralentissement économique prévu pour 2003 ne sera pas une réplique du krach de 1990. Les temps sont bons, et un bouleversement économique n’est pas synonyme d’effondrement : l’économie mondiale reste pourtant saine, il en va de même pour la marché de l’art. Nous avons énuméré une liste des raisons pour lesquelles une crise pourrait ou non affecter à terme le secteur du commerce de l’art, et les scénarii probables.

Une chute attendue

- La crise gagne l’économie
La chute des places boursières à travers le monde a fait fondre par millions la valeur des actions, faisant ainsi disparaître une bonne partie de la richesse créée au cours de ces dernières années. Cette conjoncture aura un impact sur les acheteurs. L’effet se fait déjà ressentir sur le marché moyenne gamme, alors que le commerce accuse également le coup. L’absence de primes pour les professionnels de la finance semble correspondre à la baisse de la demande sur ce marché. S’agissant du segment le plus élevé du marché, même s’il est vrai qu’il y aura toujours des personnes fortunées, l’arrêt des émissions de stock-options met fin pour les dirigeants à la possibilité d’augmenter leur patrimoine au sein de leur entreprise. Ceci restreint leur pouvoir d’achat et affecte le marché de l’immobilier et celui de l’art.

- Les menaces de la guerre
Si les États-Unis attaquent l’Irak, les hommes d’affaires auront une excuse pour temporiser et ne pas prendre de décision avant que la situation n’évolue. Même si la guerre est rapide, il faudra certainement attendre six mois avant que les investissements des entreprises ne reprennent.

- Le prix de l’immobilier grimpe.
La dernière chute de l’immobilier, en 1990, a entraîné celle du marché de l’art. Aujourd’hui, tandis que la baisse des taux d’intérêt rend les hypothèques plus faciles, le prix de l’immobilier atteint un niveau jamais vu depuis la fin des années 1980. Il crée un sentiment de confiance qui gagne l’économie à plus grande échelle, ce qui a renforcé ces trois dernières années la confiance des consommateurs et la croissance économique. Même si un krach immobilier reste improbable à court terme, un arrêt de la hausse ne serait pas sans effet.

- Surchauffe
Le marché de l’art contemporain a notamment montré quelques signes de surchauffe avec des acheteurs prêts à payer aux enchères le prix fort pour les noms les plus à la mode. Ces prix atteignent parfois le double de ceux affichés dans les galeries. La notion de valeur semble avoir disparu sur ce marché. Un artiste tel que Damien Hirst commence à voir ses prix chuter. Si la confiance est ébranlée, les acheteurs pourraient se faire rares.


Et pourtant...

- Les Japonais sont absents du marché
Le dernier effondrement du marché de l’art a été intensifié par les importantes acquisitions en ventes publiques – notamment dans le domaine de l’impressionnisme – des Japonais pour éviter l’impôt. Le marché de l’art aurait indubitablement enregistré une chute si l’économie japonaise n’avait pas implosé.
Même si l’écroulement enregistré dans le secteur des nouvelles technologies de l’information, et notamment de l’Internet, a frappé les économies, personne ne s’attend à ce que l’Europe ou les États-Unis entrent dans une période de récession de dix ans.

- Les taux d’intérêt sont au plus bas.
Les taux d’intérêt n’augmenteront certainement pas de manière considérable à court terme. Tant que l’argent reste bon marché, il est difficile d’imaginer que les économies entrent dans une récession prolongée, le Japon demeurant une exception.

- L’art est de plus en plus considéré comme un investissement de substitution
Même si cette attitude n’est pas particulièrement prudente compte tenu du manque d’actifs liquides et du coût élevé des transactions, la ruée vers des biens refuges, qui a permis de soutenir les marchés de l’immobilier américain et britannique, a une répercussion favorable sur l’art. Un effondrement de l’immobilier pourrait bien affecter les achats.
Mais tout comme l’immobilier, l’art est peu susceptible de perdre son caractère de valeur refuge à long terme.

- De plus en plus d’acheteurs
Le nombre de nouveaux acheteurs sur le marché de l’art s’est considérablement accru au cours de ces dix dernières années alors que dans le même temps, l’offre a diminué. Sotheby’s a enregistré une baisse de 21 % des œuvres consignées pendant le premier trimestre, et Christie’s devrait se trouver dans la même situation. Au fur et à mesure que les sociétés s’enrichissent, un nombre croissant de personnes deviennent collectionneurs et, comme l’offre a une limite (excepté pour l’art contemporain), la tendance à long terme ne peut aller que dans un sens.

- Le marché est sélectif.
Si certains segments du marché offrent les avantages d’une “bulle”, ce n’est pas le cas pour la plupart des autres. Ainsi, la bulle actuelle qui entoure le marché de l’art contemporain pourrait bien occasionner un réveil brutal pour certains acheteurs.
Mais les maisons de ventes sont très sélectives. Les ventes récentes ont souvent vu les principaux lots dépasser leur plus haute estimation avec des taux de rachat élevés. Cela prouve que les gens achètent avec soin et intelligence.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°154 du 13 septembre 2002, avec le titre suivant : Le marché de l’art épargné ?

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