Photographie - Ventes publiques

Surexposition

Le marché de la photo sature

Par Éléonore Thery · Le Journal des Arts

Le 26 novembre 2014 - 594 mots

PARIS

Les multiples ventes organisées en marge de Paris Photo ont obtenu des résultats médiocres tant l’offre était surabondante.

PARIS - Comment trop de photos nuisent à la photo : voilà le scénario des enchères de la mi-novembre. La grande majorité des vacations organisées en parallèle de Paris Photo a en effet obtenu des résultats médiocres.

Les grands n’échappent pas à la règle. Chez Sotheby’s, si la vente Man Ray a attiré les acheteurs (2,7 millions d’euros [1], dans l’estimation, pour un taux de vente de 65 %), elle n’a ni couronné la photographie (mais la peinture ou la sculpture) ni reproduit le bilan extraordinaire de la vente de 1995. Côté généraliste, la maison peut certes se targuer d’enregistrer la plus haute enchère de l’année pour une photo grâce à Sans Titre (2006) d’Andreas Gursky, remportée 409 500 euros. L’œuvre a permis de sauver le résultat global (2,1 millions d’euros, en deçà de l’estimation), mais près de la moitié des lots restait invendue (58,1 % de taux de vente). Le scénario n’est guère plus glorieux chez Christie’s qui organisait trois sessions. La vacation généraliste s’est relativement bien déroulée (résultat de 2,5 millions d’euros, dans l’estimation, et un taux de vente de 78 %), mettant à l’honneur Gustave Le Gray (Ciel chargé, mer Méditerranée vendue 217 500 euros) ou Constantin Brancusi. Mais la superbe collection de Kaspar K. Fleischmann a été cédée en dessous de son estimation basse avec un taux de vente de 76 %. « La collection reflète l’œil exceptionnel de Fleischmann. Pourtant j’ai acheté plusieurs œuvres, notamment de Brassaï, à la moitié de leur estimation basse », explique l’expert Viviane Esders.

La moitié des lots invendus
Artcurial qui avait inauguré son département en mai a fait mouche avec sa vente consacrée à André Kertész et célèbre un beau résultat pour Man Ray côté vente généraliste, mais n’a pas atteint son estimation et enregistre 42 % d’invendus. À Drouot, Kapandji Morhange ou Le Moel, qui avaient joué la carte thématique, l’un autour de la photographie de cinéma, l’autre de la Nasa, ont réussi à tirer leur épingle du jeu. Chayette et Cheval ou Millon (ce dernier malgré de beaux résultats pour Frédéric Barzilay) sont également repartis les bras chargés. Même topo encore chez Piasa qui avait joué la carte thématique autour de la métamorphose : malgré un record pour Jean-Paul Goude ou Dora Maar, plus de la moitié des lots n’a pas trouvé preneur.

Cette offre pléthorique a tout simplement plombé la semaine : impossible pour ce marché qui reste une niche (4,1 % du produit total des ventes aux enchères mondiales [2]) d’absorber près de 2 000 photos mises aux enchères en quelques jours, rappelant que s’il bénéficie d’un effet de mode, il reste sélectif. « La photo a le vent en poupe, tout le monde veut être sur le créneau. Mais tout le monde n’a pas la capacité ni les volumes de vente. Neuf ventes le vendredi, c’est délirant. Plus personne ne peut même regarder les catalogues » regrette Viviane Esders. Ainsi, l’effet Paris Photo n’a pas joué comme espéré : la foire a drainé un nombre important de collectionneurs et enregistré de nombreuses ventes, mais les maisons, dont certaines avaient poussé les estimations, n’ont pas toujours pu en profiter. « Pour tirer parti d’un événement comme celui-là, il faut aller là où les autres ne vont pas » conclut Élie Morhange, commissaire-priseur…

Notes

(1) Les estimations s’entendent hors frais et les résultats frais compris. (2) Rapport Artprice sur l’art contemporain 2014, chiffres correspondant à la période juillet 2013 à juin 2014.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°424 du 28 novembre 2014, avec le titre suivant : Le marché de la photo sature

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