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ANALYSE

Le dessin contemporain, du mépris à la reconnaissance

Par Cédric Aurelle · Le Journal des Arts

Le 14 mars 2018 - 543 mots

PARIS

Le dessin est aujourd’hui un médium de premier plan. Un statut qui doit autant aux artistes ayant su en renouveler les formes qu’à l’intérêt des collectionneurs avec l’essor de salons spécialisés.

Dessin contemporain. Le dessin est historiquement marqué par un rapport discriminant entre les techniques qui l’a longtemps cantonné dans les marges de l’esquisse ou du projet. Mais « le dessin contemporain est une pratique qui s’inscrit désormais dans l’ensemble du travail de toute une génération d’artistes, c’est devenu une manière de se réapproprier le réel dans notre civilisation dominée par l’image », ainsi que l’explique Christine Phal. « En trente ans, le rapport des collectionneurs au dessin a beaucoup changé. D’une part, il y a beaucoup moins d’appréhension quant à la fragilité du matériau. D’autre part, les collectionneurs sont devenus plus aventureux. Le dessin offre une porte d’entrée pour des amateurs désireux de se lancer dans la constitution d’une collection, poursuit la présidente de Drawing Now. Mais ce médium donne également à des collectionneurs aguerris un accès à la production d’artistes établis, dont ils ne peuvent plus acquérir certaines pièces iconiques. »À l’en croire, le dessin est parvenu au fil des dernières décennies à conquérir une place de choix dans l’art contemporain en créant son propre marché. Florence Guerlain, qui achète avec son mari Daniel du dessin depuis de nombreuses années, ne dit rien d’autre : « Le fait que des foires se spécialisent sur un médium tel que le dessin attire l’œil sur un plus grand nombre d’artistes et donne à voir un plus grand choix d’œuvres sur des supports différents. C’est un grand progrès. » Toutefois, « il convient de maintenir la qualité des œuvres et d’être très rigoureux dans les choix », met en garde la collectionneuse.

 

 

Démultiplication des salons

Force est de constater que Drawing Now, en qualité de salon mono-médium qui était pionnier lors de sa création en 2007, a été largement copié depuis. En France, avec la foire marseillaise « Paréidolie » (depuis 2014), mais également à l’étranger avec « Art on Paper » (2010) à Bruxelles ou « Drawing Room » (2016) à Madrid. Joana Neves, codirectrice artistique de Drawing Now avec Philippe Piguet, remarque qu’« Artissima à Turin a inauguré une section “Disegno” consacrée au dessin contemporain l’an dernier. Ceci n’est pas anodin et montre que le dessin contemporain conquiert non seulement son autonomie dans le secteur marchand mais fait aussi preuve d’une réelle attractivité pour l’ensemble des acteurs de l’art contemporain ». D’après la Lisboète qui vit à Londres, « la notion de dessin a changé. Une œuvre peut connaître une nouvelle vie par le dessin. Si l’on prend l’exemple de Tacita Dean, le dessin qu’elle pratique sur ardoise depuis les années 1990 revitalise son œuvre. Il apporte une perspective nouvelle, presque plus tangible, à son propos relatif au film et à la photographie ». Suzanne Tarasiève (Paris), fidèle au salon depuis sa deux­ième édition, se souvient d’« une époque où la peinture et le dessin étaient regardés avec mépris, notamment en France ». Celle qui a toujours promu dans son programme le dessin autant que la peinture représente certains jeunes artistes, à l’instar d’Eva Jospin. Elle reconnaît sur ce médium « l’importance de la main comme outil prolongeant le cerveau ». Sa consœur Catinca Tabacaru (New York, Harare) renchérit : « Tout commence sur le papier, le dessin ne ment pas. »

 

 

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°497 du 16 mars 2018, avec le titre suivant : Le dessin contemporain, du mépris à la reconnaissance

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