ART CONTEMPORAIN

L’art sans fioritures de JoaquÁ­n Torres-GarcÁ­a

Par Marie Potard · Le Journal des Arts

Le 21 juin 2017 - 505 mots

La galerie Zlotowski accueille les représentations synthétiques de la vie et du monde de l’artiste uruguayen.

Paris. La galerie Zlotowski, spécialisée dans les avant-gardes du début du XXe siècle, montre les œuvres de Joaquín Torres-García avec un focus sur les années 1930, lorsque l’artiste est à Paris. Né en Uruguay à Montevideo en 1874, il se forme à Barcelone, puis débarque en France à la fin des années 1920 après un séjour à New York. En 1934, il retourne à Montevideo, où il décède en 1949.
« Si c’est un grand artiste, c’est aussi un inventeur de formes. Il a beaucoup produit et réfléchi. C’est un vrai théoricien, le contraire d’un intuitif, car derrière chaque œuvre, il y a une idée, un projet », explique Yves Zlotowski, directeur de la galerie. Il poursuit : « Nous avons choisi ce titre, “Esprit de synthèse” parce que Joaquín Torres-García allait à l’essentiel, sans fioritures dans sa représentation de la vie, de l’être humain. » Ce titre implique non seulement l’idée d’une représentation synthétique du monde, mais aussi une synthèse des pratiques : il a abordé de nombreux médiums, tels le dessin, la peinture, la sculpture sur bois, la fabrication de jouets, la poésie… Il a beaucoup écrit.

Contrairement à New York, où une grande rétrospective a eu lieu au MoMA fin 2015, l’artiste a été peu montré en France. Il y a pourtant été exposé à de nombreuses reprises dans les années 1930, sa période la plus féconde, alimentée par la bouillonnante avant-garde parisienne. Il développe alors un art abstrait, mais construit, en schématisant géométriquement les objets sans pour autant renoncer à la figuration : ses compositions sont parsemées de motifs figuratifs récurrents : hibou, poisson, bateau, boussole, ancre… Il souhaitait retrouver la figuration abstraite de l’art précolombien, empreint de symboles. C’est pour cette période – des œuvres facilement identifiables – que les prix peuvent grimper très haut (autour de 1,50 M € en ventes publiques).

Une année a bien été nécessaire pour rassembler la vingtaine d’œuvres exposées, montrant les différentes facettes du travail de l’artiste : on peut ainsi découvrir Chien, un rare jouet complet en bois peint, vers 1930, exposé au MoMA (autour de 70 000 €) ; des sculptures comme Personnage abstrait, en bois d’aspect primitif, typique de son travail mais aussi des huiles telle Composition abstraite, 1942 où l’on retrouve tout le langage de l’artiste : les personnages schématiques, les motifs figuratifs récurrents (poisson, bateau…), une construction sous forme de grille où chaque élément est inséré dans une case (330 000 €). « Il était obsédé par l’ordonnancement », explique Yves Zlotowski. Chez lui, il y a une très forte présence de l’univers urbain, comme dans Composition constructiviste, 1931 (400 000 €) ou La Gare, une encre sur papier de 1930. L’exposition rassemble ­également des œuvres datant d’avant 1930, moins reconnaissables et donc moins cotées, comme Masque rouge, 1928, en couverture du petit catalogue qui accompagne l’exposition et qui préfigure déjà le côté « totémique » de l’œuvre de Torres-García (125 000 €).

JoaquÁ­n Torres-GarcÁ­a, L’esprit de synthèse,

Jusqu’au 1er juillet, Galerie Zlotowski, 20, rue de Seine, 75006 Paris.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°482 du 23 juin 2017, avec le titre suivant : L’art sans fioritures de JoaquÁ­n Torres-GarcÁ­a

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