Vendredi 23 février 2018

L’Art nouveau naturellement

Par Armelle Malvoisin · L'ŒIL

Le 19 novembre 2009

Inspiré de la nature, l’Art nouveau a insufflé un vent nouveau dans les arts au tournant du siècle. Un siècle plus tard, les collectionneurs s’y intéresseraient de nouveau.

L'Art nouveau apparaît un peu partout en Europe à la fin du  siècle, au moment où les créateurs s’épuisent dans leur obstination à égaler la splendeur des époques antérieures. En France, ce mouvement naît à Nancy. Il se caractérise par une grande liberté d’invention formelle avec l’abandon du principe de symétrie, en puisant son inspiration dans la nature, à la fois dans le monde animal et végétal. Il utilise pour cela de façon optimale la potentialité des matériaux en tenant compte de leur spécificité. Ce nouveau style va se manifester dans tous les arts : architecture, mobilier, verrerie, céramique, bijoux (avec René Lalique), sculpture et peinture. Ce style culmine en 1900, à l’occasion de l’Exposition universelle de Paris, pour s’éteindre quelques années plus tard.

    Les animaux fétiches de l’Art nouveau sont la libellule, la grenouille, le paon, le scarabée, la chauve-souris et le serpent. Aux fleurs de jardin, l’Art nouveau préfère souvent les plantes sauvages tels les chardons, liserons ou les ombellifères si chers à Émile Gallé. Ce dernier, le plus inventif des créateurs, aborde les domaines du verre et du mobilier avec une très grande exigence technique. Louis Majorelle lui emboîte le pas avec des meubles d’une belle maîtrise et d’une rare élégance. Et les créations mobilières de l’architecte Hector Guimard (célèbre pour ses entrées du métro parisien) reflètent un lyrisme étonnant.

    L’arrivée de l’Art nouveau étant concomitante avec les débuts de l’électricité, les premiers appareils d’éclairage électrisés sont empreints de ce style. Réalisés en verre et métal par Gallé, Daum et Majorelle (en collaboration) et quelques autres, ces lampes, lampadaires, lustres et appliques, souvent en forme de fleur ou de champignon, constituent un éclairage d’appoint décoratif.

    En 1904, la vulgarisation de l’Art nouveau a pris de telles proportions (bibelots, vignettes publicitaires, affiches, cendriers, vases… cèdent à cette mode ornementale) que l’élite s’en détourne. Aujourd’hui, l’Art nouveau est supplanté par l’Art déco auprès des collectionneurs d’arts décoratifs de la première moitié du  siècle. Mais d’aucuns prédisent son grand retour…

La botanique appliquée de Gallé
Gallé se lance dans la production de meubles à partir de 1889. Ses meubles sont appréciés pour leur légèreté et leur poésie. Passionné de botanique, Gallé reprend les structures organiques dont la nature lui montre l’exemple, avec un goût particulier pour les décors végétaux évoquant les ombellifères. Pour sa chaise « Ombelles » aux proportions harmonieuses, le dossier a été travaillé en forme de fleur d’ombelle épanouie. Le piétement suit un dessin végétal. Tandis que le cuir de chevreau qui recouvre l’assise a été décoré d’une impression de nervures de feuille d’ombelle.
Chaise « Ombelles », É. Gallé, noyer sculpté à dossier en losange supporté par une arcade, signée. Garniture d’origine en chevreau teinté. Hauteur : 95 cm, largeur : 48 cm. Succession Jean Bourgogne, petit-fils d’Émile Gallé.Adjugée 28 500 euros le 20 mars 2009 à Drouot, maison de ventes Ader.

Gallé, le magicien du verre
Ingénieur du verre, Émile Gallé n’a cessé d’explorer des techniques de plus en plus sophistiquées. À côté d’une production industrielle plus classique, Gallé se lance dans des recherches artistiques de verre multicouche avec des pigments, de marqueterie de verre… Les plantes sauvages et les insectes, mais aussi les algues et les poissons ont ses faveurs en matière de décor. Le prix d’un vase de Gallé dépend de sa complexité de réalisation. Ce rare vase est une petite merveille du genre. Réalisé en verre multicouche à marbrures intercalaires en traînées d’oxydes vertes, bleu sombre et bleu turquoise imitant la pierre dure, l’agate moussue, ce vase présente un décor double face d’une libellule sur fond de feuilles de sagittaire en verre rose lie-de-vin entièrement dégagé en réserve à la meule et repris en fine ciselure sur un fond légèrement martelé.
Vase ovoïde, Émile Gallé, vers 1889, verre multicouche. Signature en réserve gravée à la meule. Hauteur : 13,2 cm. Adjugé 20 000 euros, le 27 mars 2007 à Rennes, maison de ventes Bretagne Enchères en collaboration avec la maison Camard & Associés.

Lumineuse Loïe Fuller
La femme fut également une source d’inspiration pour l’Art nouveau. Une femme le fut plus que toute autre : la danseuse américaine Loïe Fuller, arrivée à Paris aux Folies-Bergère en 1892. Un jour, habillée d’un costume trop long en étoffes de soie, elle eut l’idée d’improviser une danse par un jeu de voiles et de lumière, et envoûta ainsi le public et les artistes. L’œuvre la plus emblématique est sans doute la représentation qu’en fit Raoul Larche en « fée Électricité ». Les voiles aériens de la danseuse sont devenus l’abat-jour d’une lampe. Pour cette sculpture, qui fut admirée à l’Exposition universelle de Paris en 1900, Larche reçut une médaille d’or.
Loïe Fuller, Raoul Larche, vers 1900, lampe à deux lumières en bronze doré, signée, cachet Siot-Decauville Fondeur. Hauteur : 46 cm. Adjugée 30 500 euros, le 19 juin 2001 à Paris, maison de ventes Camard & Associés.

Majorelle, le « Cressent de l’Art nouveau »
À partir de 1896, Louis Majorelle crée des meubles Art nouveau dans son atelier nancéien, sans pourtant égaler Gallé. En 1900, il arrive à un degré d’excellence dans la synthèse du goût français et de la tradition des meubles Louis XV, ce qui lui vaut le surnom de « Cressent de l’Art nouveau ». Il abandonne la marqueterie et développe un jeu de lignes très soutenu, souligné par une ornementation de nénuphars en bronze doré. Présenté à l’exposition de l’école de Nancy à Paris en 1903, ce modèle de petite table en est un exemple. Le prix important de 480 000 euros atteint par ce meuble, pourtant estimé 40 000 euros, s’explique par la bataille d’enchères acharnée à laquelle se sont livrés deux amateurs pour l’acquérir. Mais en aucun cas cette table ne valait (et ne vaut) plus de 120 000 euros, compte tenu de la cote actuelle du mobilier Art nouveau.
Table aux nénuphars, Louis Majorelle, vers 1902, acajou, tamarinier et bronze doré. Hauteur : 87,6 cm, diamètre : 92,7 cm. Adjugée 480 000 euros, le 14 décembre 2007, Sotheby’s, New York.

Où acheter de l’Art nouveau

- Maison de ventes Camard & Associés, 18, rue de la Grange-Batelière, Paris IXe, tél. 01 42 46 35 74, www.camardetassocies.com
- Maison de ventes Millon-Cornette de Saint-Cyr, 5, avenue d’Eylau, Paris XVIe, tél. 01 47 27 95 34, www.millon-cornette-de-saint-cyr.com
- Galerie Marcilhac, 8, rue Bonaparte, Paris VIe, tél. 01 43 26 47 36, www.marcilhacgalerie.com

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°619 du 1 décembre 2009, avec le titre suivant : L’Art nouveau naturellement

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