Christie’s

L’album secret du marquis de Calvière

Par Armelle Malvoisin · Le Journal des Arts

Le 5 décembre 2003

Une soixantaine de dessins de la collection du marquis de Calvière, un grand collectionneur du XVIIIe siècle, sont proposés par la maison de ventes le 17 décembre.

PARIS - Le marquis de Calvière (1643-1777) était l’un des collectionneurs les plus connus de son temps. Il possédait plus de 2 300 dessins qui furent mis en vente à sa mort par son fils. Un groupe de dessins, conservé à part dans un carnet par le marquis et donc inconnu des spécialistes comme des amateurs, échappa cependant à la dispersion. Il sera mis en vente à Paris chez Christie’s le 17 décembre. L’apparition de cet ensemble sur le marché constitue un tel événement que la maison de ventes a trouvé superflu d’organiser en parallèle la traditionnelle vente de dessins de la saison « à divers amateurs ».
« Ce sont certainement des œuvres auxquelles le marquis de Calvière tenait particulièrement et, pour cette raison, il les a mises de côté », indique Nicolas Schwed, directeur international du département des Dessins chez Christie’s. La collection proposée est éclectique quoique l’ensemble reste le reflet d’un goût de l’époque pour les compositions très abouties et l’illustration d’une mode pour les artistes bolonais et les dessins hollandais du XVIIe siècle. Cette sélection au sein de la collection n’en demeure pas moins le résultat de choix personnels. Pour la constituer, le marquis s’est approvisionné dans de célèbres ventes telles celles des collections Crozat, Coypel ou Mariette, mais il a aussi acquis des pièces dans son entourage proche, ainsi une feuille à la plume et à l’encre noire réalisée par son ami le comte de Chabanes en 1738, soit la copie d’une gravure du XVIIe siècle estimée 1 000 euros. Le marquis a en outre précieusement conservé quelques touchants souvenirs royaux, à l’instar d’une Vue du château de Saint-Germain-en-Laye, l’exemplaire unique d’une eau-forte gravée par Louis XIV à 14 ans et estimée 4 000 euros. Figure également un dessin de Picart sur le thème du mariage, une commande directe de Calvière au graveur, estimée 2 500 euros. La diversité de cet ensemble explique la large gamme des estimations, de 100 à 150 000 euros. Mais au-delà du prix, « Calvière a toujours privilégié la qualité », rappelle Nicolas Schwed. Parmi les pièces les plus rares, Thétis et les néréides guidant l’Argo entre Charybdes et Scylla, estimé 150 000 à 200 000 euros, n’est autre que le dessin préparatoire à la fresque peinte par Agostino Carrache au Palais del Giardino à Parme en 1601-1602. Entre autres feuilles de maîtres figurent Le Martyre de Saint-André par Zampieri, une étude à la craie noire et lavis brun rehaussée de blanc estimée 100 000 à 150 000 euros et une scène de baigneuses par le Guerchin, qui excelle dans son thème favori du nu féminin, pour environ 100 000 euros. On retiendra aussi la copie d’une Vierge à l’Enfant d’après Corrège retravaillée par Rubens, autour de 90 000 euros, et, sur cette même estimation, un dessin du maniériste romain Muziano « que Rubens, connaissant la qualité du dessin et voulant la respecter, n’a pas osé retoucher. Il a seulement terminé le dessin en rajoutant une bande de papier sur la droite », précise l’expert. Il est amusant de constater que, selon les registres du marquis de Calvière, les dessins les plus chers à l’époque, à savoir une paire de paysages ruraux animés de l’artiste flamand Nicolaes Berchem payée 360 livres à la vente Julienne de 1767 (contre 100 livres pour un fleuron d’aujourd’hui comme le Carrache), n’ont plus tout à fait le même engouement aujourd’hui. Mais ils restent de belles pièces, estimées autour de 15 000 euros chacune. Enfin, notons que la qualité de cette vente tient aussi aux très bonnes conditions de conservation de la majorité des lots qui, protégés pendant plus de deux cents ans dans l’album intime du marquis à l’abri de la lumière, de la poussière et restée peu manipulée, n’ont pas subi la marque des outrages du temps.

DESSINS ANCIENS DE L’ANCIENNE COLLECTION DU MARQUIS DE CALVIÈRE

Vente le 17 décembre, Christie’s, 9 avenue Matignon, 75008 Paris, tél. 01 40 76 85 85, www.christies.com ; exposition : les 12, 13, 15 et 16 décembre 10h-18h, le 14 décembre 14h-18h, et le 17 décembre 10h-16h.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°182 du 5 décembre 2003, avec le titre suivant : L’album secret du marquis de Calvière

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