Mardi 10 décembre 2019

La vente Giacometti aura-t-elle lieu ?

Les commissaires-priseurs judiciaires se dressent contre Christie’s et défendent leur monopole

Par Armelle Malvoisin · Le Journal des Arts

Le 27 septembre 2002 - 692 mots

La dispersion à Paris de 36 sculptures de la succession Giacometti prévue par Christie’s le 28 septembre est remise en cause. La Chambre nationale des commissaires-priseurs judiciaires est montée au créneau pour interdire la vente qui, selon elle, relève de son monopole sur le secteur judiciaire. L’affaire a été plaidée le 11 septembre.

PARIS - La société commerciale Christie’s a-t-elle le droit de vendre des œuvres issues de la succession Giacometti placée sous administration provisoire ? Cette question a été examinée le 11 septembre par la première chambre de la première section du tribunal de grande instance (TGI) de Paris sur la demande de la Chambre nationale des commissaires-priseurs judiciaires.

En effet, l’auctioneer qui doit orchestrer le 28 septembre la dispersion de 36 sculptures issues de la succession Annette Giacometti, a été assigné le 5 septembre, quelques jours après la parution du catalogue de vente. Selon les commissaires-priseurs judiciaires, il s’agit bien d’une vacation judiciaire et en aucun cas d’une vente volontaire. La maison de vente agirait donc en infraction avec la loi du 10 juillet 2000 permettant aux sociétés de ventes volontaires d’organiser des ventes volontaires en France alors que les ventes judiciaires restent le territoire réglementé et réservé des commissaires-priseurs judiciaires. Me Geoffroy Gaultier, l’avocat de la Chambre nationale des commissaires-priseurs judiciaires, a ainsi rappelé que, selon l’article 29 de la loi, sont judiciaires “les ventes de meubles aux enchères publiques prescrites par la loi ou par décision de justice”. Or Me Hélène Da Camara, l’administratrice judiciaire de la succession Giacometti, a obtenu le 21 février 2002 une ordonnance du tribunal l’autorisant à vendre pour 6 millions d’euros d’objets dépendant de la succession afin de régler d’importantes créances. “C’est un combat d’arrière-garde, s’est exclamé Me Philippe Plantade, l’avocat de Christie’s. On nous torpille pour essayer de conserver un ancien monopole.” Car, pour lui, “le juge n’est intervenu que pour valider cette vente et l’administrateur avait la liberté de vendre comme il le voulait : il a fait le meilleur choix avec Christie’s, la maison de vente internationale capable d’assurer la meilleure valorisation des œuvres”. Les frais engagés par Christie’s pour la promotion de la vente sont de l’ordre 350 000 euros. Me Jean-Luc Gaüzère, représentant l’administratrice de la succession et intervenant à titre volontaire, a surenchéri : “C’est bien une vente volontaire sur autorisation pour laquelle on a laissé à l’administrateur la liberté de choisir le vendeur dans les meilleurs intérêts des administrés.” Aussi a-t-il précisé que Me Hélène Da Camara avait négocié la vente chez Christie’s au tarif concurrentiel de 3,5 % HT. Mais la position de la défense n’a pas été retenue par le procureur, Pascal Le Fur, pour lequel, “sans nul doute, il s’agit d’une vente judiciaire”.

L’association Giacometti opposée à la vente
En fin de séance, une intervention volontaire a jeté le trouble sur le bien-fondé de la vente : Me Frédérique Baulieu s’est exprimée au nom de l’association Alberto et Annette Giacometti dont le but est de protéger le patrimoine artistique de la succession Giacometti, et qui a pour vocation de se transformer en fondation. L’avocate a fait remarquer l’absence d’appel d’offres pour cette vente : le choix de Christie’s comme prestataire de services ne repose sur aucune contre-proposition tarifaire. Mais elle a surtout regretté que l’association n’ait pas été consultée pour cette vente dont elle conteste la légitimité en raison des “créances discutables” que la dispersion des 36 sculptures est censée couvrir. Ce dernier point constitue un autre épisode sulfureux de la querelle qui oppose l’association Giacometti et l’administratrice de la succession.

Le tribunal s’est donné deux semaines pour dire si cette vente est judiciaire ou volontaire. La décision devait être rendue le 25 septembre. La société Christie’s ne devait donc savoir que trois jours avant la vente si elle était autorisée à tenir le marteau. Dans le cas contraire, François de Ricqlès, à la fois vice-président du directoire de Christie’s France et commissaire-priseur judiciaire, pourrait diriger la vente si elle était déclarée judiciaire. Cela supposerait d’autres conditions de vente dont de nouvelles contraintes tarifaires et la réédition d’un catalogue portant des mentions obligatoires. En attendant la décision, Christie’s poursuivait les préparatifs de la vente.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°155 du 27 septembre 2002, avec le titre suivant : La vente Giacometti aura-t-elle lieu ?

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