Mercredi 18 septembre 2019

La scène française sans aucun complexe

Par Roxana Azimi · L'ŒIL

Le 29 septembre 2010 - 755 mots

Une nouvelle génération d’artistes trentenaires, plus décomplexés et mobiles, investit la scène française sans oublier l’internationale.

Du Salon de Montrouge à l’exposition « Dynasty » organisée simultanément l’été dernier au musée d’Art moderne de la Ville de Paris et au Palais de Tokyo, une jeune scène française prend ses marques avec intelligence et vivacité. De ces grands raouts proches du radio-crochet, il n’émane pas d’esthétique commune ni d’écoles. Encore moins de nostalgie pour les Huyghe-Parreno-Foerster, ni de complexes vis-à-vis des créateurs étrangers. « La reconnaissance réelle d’une nouvelle scène française ne pourra pas venir d’imitations plus ou moins habiles des standards internationaux, mais plutôt de la proposition de standards différents, alternatifs, issus très directement de notre propre culture », insiste Stéphane Corréard, directeur du Salon de Montrouge. 

Hors des sentiers battus
Cette nouvelle génération n’est pas non plus forcément issue des grandes écoles d’art. Ainsi Julien Salaud, l’un des artistes les plus remarqués lors du dernier Salon de Montrouge, a-t-il été garde forestier en Guyane et étudie à l’université. Cette jeune garde n’est pas non plus cramponnée à la vidéo ou aux installations, et ne dédaigne pas les médiums plus classiques. Représenté par Michel Rein, le peintre Armand Jalut a décidé de prendre ses pinceaux au terme de sa scolarité aux beaux-arts de Lyon. Sans rentrer dans la mythologie de la térébenthine.

Dénuée de complexes, cette génération d’artistes n’est pas pour autant pétrie de certitudes, mais consciente des questionnements et dérives de notre société. Nous sommes loin du discours plastronnant et nietzschéen de « La Force de l’art ». La déliquescence des matériaux perce dans l’œuvre de Stéphanie Cherpin, montrée par la galerie Cortex Athletico. La question de la violence urbaine se trouve au cœur du travail en grisaille, presque académique mais non moins cinglant, du peintre Guillaume Bresson, à l’affiche chez Nathalie Obadia. Physique quantique, science-fiction, architecture utopique et rumeur forment le socle des créations de Loris Gréaud, dont les prix oscillent entre 6 500 et 350 000 euros chez Yvon Lambert. Lauréat du prix ­Marcel Duchamp en 2008, Laurent Grasso cultive pour sa part nos paranoïas et peurs secrètes, tandis que Cyprien Gaillard pose son objectif sur les logements sociaux, l’urbanisme sauvage, les ruines modernes. C’est enfin dans un véritable dédale mental que nous conduit le travail tout en énigmes de Tatiana Trouvé. Une scène issue de l’immigration a aussi pris son envol. Révélé par la galerie Kamel Mennour, le très syncrétique Kader Attia a posé son empreinte à l’étranger, rejoignant les écuries d’Ursula Krinzinger ou de Christian Nagel. En mars dernier, il fut le lauréat du prix Abraaj Capital. Latifa Echakhch, Zineb Sedira, lauréate du prix SAM Art Projects, et Mohamed Bourouissa, découvert à « Dynasty », commencent à tricoter leur place. 

Do you speak english ?
Mobilité et ouverture d’esprit sont les mamelles de cette nouvelle scène. Si beaucoup d’artistes hexagonaux n’ont effectué qu’un one-shot chez feu le marchand new-yorkais Leo Castelli, les jeunes créateurs prennent mieux leur destin en mains. Et surtout, ils parlent anglais, sésame nécessaire à toute greffe à l’étranger. Représenté en France par Art : Concept, le travail tout en rhizomes d’Alexandre Singh est montré à New York chez Harris Lieberman. Nominé pour la prochaine édition du prix Marcel Duchamp, Cyprien Gaillard a rejoint la galerie Sprüth Magers et enchaîne les solo shows dans des musées prestigieux comme le MMK de Francfort, le Hammer Museum de Los Angeles ou le Hirshhorn Museum de Washington. Ses prix, entre 15 000 et 40 000 euros, n’ont rien à envier à ceux des artistes américains de son âge.

Laurent Grasso a intégré la galerie Sean Kelly à New York. Il y fera sa première exposition monographique jusqu’au 23 octobre sous le titre « Sound-Fossil ». En février 2011, Loris Gréaud exposera chez Pace Gallery et Yvon Lambert à New York. Tatiana Trouvé a fait la couverture de la prestigieuse revue Art in America et a exposé en mars 2010 chez Larry Gagosian. En octobre, elle bénéficiera d’un solo show à la foire berlinoise Art Forum, sur le stand d’une galerie elle-même berlinoise, Johann König. Vous avez dit décomplexés ?

Repères

Oscar Tuazon
Assemblages de béton et d’acier, matériaux pauvres, dégradés ou recyclés, constituent l’univers de cet artiste intrigant présenté par Balice-Hertling.

Camille Henrot
Révélée par Dominique Fiat, désormais représentée par Kamel Mennour, Camille Henrot détourne et télescope les images, mélange mémoire individuelle et collective.

Florian Pugnaire et David Raffini
Véritable révélation de l’exposition « Dynasty », le travail de ce duo est très lié à l’idée d’action et de performance.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°628 du 1 octobre 2010, avec le titre suivant : La scène française sans aucun complexe

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