Dimanche 22 septembre 2019

La renaissance de Paris

Par Roxana Azimi · Le Journal des Arts

Le 7 octobre 2010 - 523 mots

Depuis un an, Paris a attiré de nombreux marchands étrangers, comme Tornabuoni (Milan), Guy Pieters (Knokke en Belgique) et Larry Gagosian (New York).

Le New-Yorkais Per Skarstedt se rend aussi régulièrement dans notre capitale, tâtant le terrain pour une activité qu’il pourrait lancer depuis son appartement parisien. Le phénomène n’est toutefois pas nouveau. Karsten Greve (Cologne), Marian Goodman (New York) et Thaddaeus Ropac (Salzbourg) ont établi depuis longtemps leur quartier à Paris. En reprenant, en 2006, l’enseigne de feu Philip Nelson, Peter Freeman est, lui, arrivé en pleine période de transition dans la capitale. Pour ces vétérans, la ville est devenue méconnaissable. « Quand j’ai ouvert en 1989, le commerce n’était pas bon, il y avait quatre ou cinq collectionneurs, les musées n’étaient pas très ouverts aux étrangers et les FRAC [Fonds régionaux d’art contemporain] et le FNAC [Fonds national d’art contemporain] préféraient acheter à 90 % aux galeries françaises », se remémore Karsten Greve. La France s’est aussi relevée de la crise de 1990 plus tardivement que les États-Unis ou la Grande-Bretagne. « Si je n’avais pas eu mon marché national germanique et autrichien, je n’aurais pas tenu », se souvient Thaddaeus Ropac.

Les choses ont lentement évolué. Peter Freeman compte désormais, dans sa clientèle, un bon réseau de FRAC et de musées français. Depuis cinq ans, l’espace parisien de Ropac est devenu l’étendard du galeriste autrichien. Celui-ci a ainsi transféré certains départements de Salzbourg à Paris. « Paris est revenu sur la carte, constate-t-il. On le voit à tous les niveaux, les gens ont envie de venir ici. Nous nous demandons même comment il n’en a pas toujours été ainsi ! » « Paris est la ville la plus centrale en Europe, ajoute Peter Freeman. À l’inverse de Londres, qui était survoltée avant la crise, Paris est plus calme mais aussi plus sérieuse. La ville a la capacité d’être un centre international, sans le côté frénétique artificiel de Londres. » D’où la possibilité d’y organiser des expositions de Fred Sandback ou de Mel Bochner sans prendre le risque d’un bouillon. Lors du vernissage de son exposition dédiée à Richard Deacon en septembre, Ropac a vendu toutes les pièces à des musées internationaux. L’accrochage d’Alighiero et Boetti chez Tornabuoni, cet été, a aussi fait venir les collectionneurs du monde entier. « C’est une belle lune de miel, sourit Michele Casamonti, directeur de Tornabuoni. Mais il faut construire sur la durée. Nous avons fait un premier pas qu’on ne peut quantifier en termes de chiffre d’affaires. Nous sommes dans un défi qui va durer cinq ans. » La France a elle-même du pain sur la planche. Le chiffre d’affaires de Karsten Greve à Cologne ou à Saint-Moritz représente le double de celui de Paris. Pour le marchand allemand, ce hiatus n’est pas le seul point faible. « Ce qui manque en France, ce sont des artistes étrangers de haut niveau, martèle-t-il avec justesse. Il faudrait que la Ville de Paris leur dégage de grands ateliers. Pendant la première moitié du XXe siècle, la force de Paris provenait de tous ces artistes venant d’ailleurs. » Des créateurs qui, aujourd’hui, préfèrent Berlin ou New York.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°332 du 8 octobre 2010, avec le titre suivant : La renaissance de Paris

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