La noirceur de George Grosz

Par Roxana Azimi · L'ŒIL

Le 1 juin 2005

La galerie Tendances présente jusqu’au 25 juin une trentaine de dessins de George Grosz, l’un des tenants de la Nouvelle Objectivité, Neue Sachlichkeit en VO. Née en Allemagne après la Seconde Guerre mondiale en opposition avec l’inclination décorative des expressionnistes, cette étiquette qui fédère Max Beckmann et Otto Dix, offre une vision impitoyable de la réalité. Les dessins au trait acéré de Grosz permettent de percevoir les changements à la fois urbains et socio-économiques de Berlin entre 1912 et 1924. Dans ses premiers croquis, Grosz commence à apprivoiser la capitale allemande, ses vagabonds et ses métiers de fortune. Une mine de plomb de 1912 baptisée Vendeur de rue est à l’affiche pour 1 100 euros. Peu à peu son œuvre se peuple de faits divers réels et imaginaires sur lesquels plane l’inquiétante étrangeté de l’écrivain Edgar Allan Poe. Une ambiance plus baudelairienne, vénéneuse et désenchantée se perçoit dans la Putain proposée pour 13 500 euros. Vers 1915, ses dessins s’attachent aussi à des thèmes plus légers comme les gens du cirque, les acrobates et les danseurs de claquettes.
Agitateur devant l’éternel, Grosz trouve sa pleine expression dans les années 1920. Il se focalise alors sur les tensions sociales d’un Berlin devenu mégapole. Car la physionomie de la capitale a nettement
évolué dans l’entre-deux-guerres. L’annexion de la proche banlieue gonfle l’agglomération qui passe de 6 700 à 87 000 hectares. Dans le même temps, les conditions économiques se dégradent, l’inflation poursuit sa folle envolée. En novembre 2003 le dollar vaut un milliard de marks ! Pendant que toute une frange de la population s’appauvrit, les profiteurs s’engraissent, à l’image du célèbre industriel spéculateur Hugo Stinnes que Grosz brocarde dans un dessin baptisé À la santé de Stinnes (25 000 euros). Des usuriers ignorant que la misère est homicide.

« George Grosz, les années berlinoises », PARIS, galerie Tendances, 105 rue Quincampoix, VIIIe, tél. 01 42 78 61 79, jusqu’au 25 juin.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°570 du 1 juin 2005, avec le titre suivant : La noirceur de George Grosz

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