La National Gallery convoite un Cimabue

Par Martin Bailey · Le Journal des Arts

Le 3 mars 2000

Coïncidence rarissime, trois œuvres de Cimabue, Orazio Gentileschi et Jacob Jordaens, récemment découvertes et identifiées, seront bientôt mises en vente. D’ores et déjà, la Vierge à l’Enfant en majesté entourée de deux anges, seul Cimabue conservé en Grande-Bretagne, intéresse la National Gallery de Londres. Le vendeur ayant refusé de négocier, le musée devra attendre les enchères du 6 juillet chez Sotheby’s.

LONDRES (de nos correspondants) - Alors que les marchands se plaignent de la raréfaction des œuvres anciennes de qualité, trois découvertes exceptionnelles viennent d’être faites. L’expert de Sotheby’s Richard Carlton Jones affirme avoir découvert en faisant l’inventaire de Benacre Hall, propriété de la famille Gooch dans le Suffolk, un petit panneau peint de Cimabue (25,4 x 20 cm). Cette Vierge à l’Enfant en majesté entourée de deux anges provient sans doute du même retable que la Flagellation conservée à la Frick Collection, à New York, et aurait été peinte vers 1280. Seul exemple dans une collection privée, elle appartient à l’ensemble des sept ou huit panneaux indépendants connus de Cimabue. La National Gallery de Londres, dont une conservatrice, Dillian Gordon, a confirmé l’attribution, souhaite acquérir la peinture qui, selon le conservateur David Jaffé, “enrichirait considérablement les premiers chapitres de l’histoire du musée”. Effectivement, la collection du XIIIe siècle se limite à cinq œuvres, et la Grande-Bretagne ne possède aucun exemple de la production du Florentin. Alors qu’une vente privée par l’intermédiaire de Sotheby’s pourrait constituer un avantage fiscal, le vendeur a repoussé la tentative d’approche de l’institution. Pour la première fois donc, un Cimabue sera mis aux enchères et, le 6 juillet, son prix devrait atteindre plus de 2 millions de livres sterling (environ 20 millions de francs). Le musée espère qu’il sera adjugé à un acheteur étranger, qui devra alors demander un certificat d’exportation. Ce délai pourrait permettre à la National Gallery de rassembler les fonds nécessaires à son acquisition.

Une autre découverte récente de Richard Carlton Jones sera proposée dans la même vente, une peinture sur cuivre d’Orazio Gentileschi représentant la Sainte Famille avec saint Jean-Baptiste enfant. Jamais répertoriée, elle a fait surface dans une collection privée et devrait être adjugée autour de 1,5-2 millions de livres.

En décembre 1998, Angus Neill, de Felder Fine Art, avait repéré chez Bonhams, à Knightsbridge, une étude à l’huile d’une tête de jeune garçon  sur papier marouflé sur bois. Elle portait de nombreux repeints d’époque victorienne et était alors cataloguée “école italienne”, avec une estimation entre 2 et 4 000 livres. “Pour moi, cela sautait aux yeux que la peinture était flamande, explique Angus Neill. Bien que très sale, c’était une œuvre fabuleuse, et nous l’avons achetée 38 000 livres après une rude compétition.” Une fois nettoyée, Sir Oliver Millar a identifié le travail du maître flamand Jacob Jordaens, très proche du garçon qui apparaît dans le Bon Samaritain, un tableau perdu de la collection du prince Sanguszko. Son hypothèse a été confirmée par deux spécialistes de la peinture flamande, Hans Vlieghe et Christopher Brown, selon lesquels l’étude aurait pu servir de modèle pour certaines œuvres entre 1615 et 1618. Felder Fine Art l’estime 150 à 250 000 livres.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°100 du 3 mars 2000, avec le titre suivant : La National Gallery convoite un Cimabue

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