Mercredi 17 octobre 2018

Belgique

La foire de Bruxelles sur de nouveaux rails

Le Journal des Arts

Le 20 février 2004 - 730 mots

Pour sa 49e édition, la Foire des antiquaires de Belgique impose une nouvelle formule réussie mais qui profite surtout aux marchands belges.

 BRUXELLES - La 49e Foire des antiquaires de Belgique, qui s’est tenue à Bruxelles du 6 au 15 février, a changé de visage. Le lifting administré d’autorité par son président, Jan De Maere, lui a réussi. Au terme de leurs quatre premiers jours de présence sur le salon, nombre de marchands (ils étaient 90 cette année, soit le double par rapport aux années précédentes) ont affiché une satisfaction manifeste. La vénérable foire bruxelloise a quitté les sous-sols tortueux du Palais des beaux-arts de Bruxelles pour le gigantesque site Tour & Taxis, une ancienne gare de triage du XIXe siècle ayant appartenu à la grande famille princière belge. Sur 8 600 m2 de surface, les vastes stands se sont succédé sur fonds de moquette grise et de lumière dosée entre éclairage naturel et projecteurs. Un tour de force : les exposants ont visité, les pieds dans la boue, le hall encore en travaux quelques jours avant l’inauguration. Le quartier industriel où se déroule la foire n’a rien de mondain. Mais cela n’a pas refroidi les visiteurs. En quatre jours, 14 000 personnes ont poussé les portes du hall d’exposition : « Le même nombre que l’an dernier au terme du salon », se réjouit Jan De Maere qui compte sur « 30 000 à 40 000 visiteurs en tout ». Les marchands sont ravis de cette nombreuse clientèle – à laquelle s’est mêlée, incognito, le prince Philippe et la princesse Mathilde de Belgique –, composée essentiellement d’amateurs avertis, souvent fortunés, et de grands marchands étrangers. Le Benelux, l’Allemagne et la France ont été très représentés. « Nous avons bien travaillé, poursuit Jan De Maere. Certains exposants ont cédé des pièces au-delà de 600 000 euros. Les spécialités les plus performantes ont été la haute époque et le dessin, thème privilégié de ce salon cette année. » Les traits tirés mais le regard pétillant, le Bruxellois Bernard De Leye, vice-président du salon, a aussi très bien vendu, notamment deux objets phares : l’ordre de la Toison d’or remise par Louis-Philippe au duc de Nemours et une paire de chandeliers du XVIIIe siècle en argent ciselé. Les deux pièces ont été emportées « au-delà de 100 000 euros », avoue l’heureux marchand, peu enclin à dévoiler des prix sans doute bien supérieurs à ce qu’il laisse entendre. Quelques acheteurs américains ont même arpenté les allées de la foire et réalisé quelques achats, notamment chez Jan De Maere (Bruxelles), à la galerie munichoise Norwood et chez Autegarden-Rapin, galerie franco-belge spécialisée dans le design. Ces résultats sont encourageants et présagent d’un bon potentiel pour l’avenir. « C’est la première foire qui me donne vraiment envie de revenir », affirme le Français Antoine Barrère. Ce spécialiste des arts asiatiques n’était pourtant pas rentré dans ses frais au 4e jour du salon. Il a vendu un Bouddha Sakyamuni du Tibet du XVe-XVIe siècle, en bronze doré, et une estampe japonaise de Kiyoshi Hasegawa. Comme d’autres, il a apprécié l’organisation menée tambour battant, voire un brin à la baguette. « Certains n’aiment pas le genre autoritaire de Jan De Maere », analyse Alexis Bordes, le spécialiste du dessin au Quartier Drouot, à Paris, « mais les résultats sont là ». Pourtant, le jeune marchand a affiché un bilan mitigé à mi-parcours du salon. S’il a vendu pour 5 500 euros une étude de drapés sur papier bleu du XVIIIe siècle à une collectionneuse belge, il a constaté que « la clientèle belge est très circonspecte ; la barre psychologique des 20 000 euros est difficile à franchir. Par ailleurs, les acheteurs sur ce salon recherchent leur propre culture. Les œuvres françaises et italiennes les intéressent moins ». Même constat à la galerie parisienne de Flore : « On sent un énorme potentiel, mais il est très difficile d’obtenir les coordonnées d’un visiteur intéressé », explique Flore de Brantes, entre amusement et impatience. Bref, la clientèle de la Foire des antiquaires de Belgique a certes fait des emplettes, mais surtout chez ses compatriotes. Qu’importe, Jan De Maere entend bien faire de ce salon « une foire complètement européenne », et se réjouit d’accueillir l’an prochain des marchands étrangers prestigieux pour le cinquantenaire. La galerie londonienne Colnaghi et les Français Jean-François Baroni et Patrick Perrin sont déjà annoncés.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°187 du 20 février 2004, avec le titre suivant : La foire de Bruxelles sur de nouveaux rails

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