La Fiac, 30e

Par Philippe Piguet · L'ŒIL

Le 1 octobre 2003

Elle va avoir tout juste trente ans et jamais la Fiac – Foire internationale d’art contemporain – n’a autant fait parler d’elle. Avant même qu’on ne célèbre son anniversaire, les uns disent que c’en est fini et qu’elle n’est plus ce qu’elle était ; les autres lui font toute confiance et y sont attachés. Si, pour l’homme, trente ans est un bel âge, force est de reconnaître que, pour une institution comme la Fiac, c’est un âge bien avancé. D’autant qu’en ce domaine la concurrence ne manque pas. Il faut donc savoir rebondir, sinon se repenser, afin de se refaire une nouvelle jeunesse.
La Fiac le sait bien, mais rien n’est moins facile.
Et pourtant que de chemins parcourus, que d’obstacles surmontés, depuis sa création en 1973, sous le label de « Salon international d’art contemporain » dans les locaux de l’ancienne gare de la Bastille ! De là au Grand Palais, puis à l’Espace Eiffel, enfin à la porte de Versailles, la Fiac en a vu de toutes les couleurs. Pour son anniversaire elle a décidé de préciser son appellation en devenant la « Fiac Paris » afin d’affirmer non seulement une identité qui se doit de la singulariser des autres manifestations du genre mais de prendre en charge tout un passé riche en aventures artistiques et vouloir en redorer le blason.
Pour son anniversaire, la Fiac a choisi de conforter sa diversité géographique – 170 galeries internationales y représentent cette année vingt-deux pays – tout en renouvelant de plus d’un quart le parc de ses exposants. Présidé par Yvon Lambert, le Cofiac qui les a sélectionnés a notamment souhaité faire venir de jeunes galeries montantes comme MW Projects de Londres, Courtyard de Pékin ou Anita Beckers de Cologne. Alternant monographies, expositions thématiques et fonds de commerce, le gros des troupes compose quant à lui un imposant panorama de l’art des cinquante dernières années. La Fiac s’est appliquée à tenir compte des dynamiques marquantes de la scène artistique internationale. À cet effet, elle a choisi de mettre l’accent tant sur la présence asiatique si prisée de tous les grands événements internationaux que sur celle de galeries et d’artistes originaires du Sud (Italie, Grèce, Brésil, Mexique, Cuba).
La Fiac persiste et signe en réitérant la mise en place de secteurs spécifiques, témoins du dynamisme de la création artistique contemporaine, ainsi qu’en proposant toute une série de forums au café des arts destinés à faire entendre « la parole de l’artiste ». Constitué d’une sélection de dix-huit jeunes galeries provenant d’une quinzaine de pays, le secteur « Perspectives » est certainement celui où ça déménage le plus ; l’engagement renouvelé de l’espace Paul Ricard à la découverte de jeunes talents en est un signe. Avec des galeries comme Mizuma Art de Tokyo, Muller de Chiara de Berlin, GB Agency et Loevenbruck de Paris, il est vrai que l’on tutoie tout ce qui est de la dernière invention, toutes disciplines confondues, voire entremêlées. Treize éditeurs viennent renforcer cette année le secteur « Édition », avec des participations aussi majeures que celle de Linard (La Garde Adhémar), de Item (Paris) ou de Fanal (Bâle) et le retour de l’excellent « publisher » zürichois Parkett. Enfin, pour la troisième année consécutive, l’espace « Vidéo Cube » soutenu par La Cinquième et Vidéo Synergie est l’occasion d’aller à la découverte des créations les plus récentes sur ce terrain ouvert aux recherches les plus aventureuses. La participation parmi d’autres de Stephen Dean (galerie Xippas, Paris), de Pierre Huyghe (galerie Pailhas, Marseille) et de Sven Pahlsson (galerie Spencer Brownstone, New York) sont autant de garanties de surprises et d’émotions et, comme chaque année, un lauréat se verra gratifier d’un prix.
Placé sous le sceau de l’art de vivre à la française, le trentième anniversaire de la Fiac est encore l’occasion de différentes manifestations festives. Une soirée anniversaire, la veille du vernissage, une fête chez Maxim’s, le rituel bal jaune, plus jeune et plus branché, et un parcours privé, réservé aux collectionneurs de tous horizons, leur offrant la possibilité de visites personnalisées de l’actualité parisienne du moment, composent le menu particulièrement chargé d’un anniversaire qui se veut inoubliable.
Dans un esprit tout à la fois prospectif et festif, la Fiac Paris – dont il faut dire que Le Quotidien est édité en partenariat avec Le Journal des Arts pour la troisième année consécutive – ne vise pas seulement à être l’opération de prestige d’un seul anniversaire, elle ambitionne, bien au-delà, de trouver de nouvelles marques.
Tous les changements, aussi infimes soient-ils, qui caractérisent cette trentième édition sont autant de signes de la volonté d’une métamorphose plus en profondeur à laquelle aspire notamment son nouveau commissaire général, Jean-Daniel Compain, au sein de Reed Expositions France, organe gestionnaire de la Fiac. Mais seuls – celui-ci le sait bien – le permettront tout à la fois le temps et la confiance d’un public toujours plus nombreux.

Fiac Paris, foire internationale d’art contemporain, Paris Expo, hall 4, porte de Versailles, XVe, 9-13 octobre ; jeudi 9 de 12 à 22 h., vendredi 10 de 12 à 20 h., samedi 11 et dimanche 12 de 11 à 20 h., lundi 13 de 12 à 18 h. www.fiac-online.com

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°551 du 1 octobre 2003, avec le titre suivant : La Fiac, 30e

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