Lundi 17 décembre 2018

Galerie Lelong

La face cachée de Barthélémy Toguo

Par Alain Quemin · Le Journal des Arts

Le 27 mars 2013 - 774 mots

Barthélémy Toguo explore dans un feu d’artifices de couleurs les aspects sombres de la vie dans des aquarelles somptueuses et des dessins, qui renouvellent ses modes d’expression.

PARIS -  Barthélémy Toguo est un artiste en vue à l’actualité chargée : à plusieurs expositions collectives à l’étranger dont une au Museum of Arts and Design de New York, s’ajoutent d’autres personnelles, au Musée d’art moderne de Saint-Étienne, ainsi qu’à Paris – la deuxième que lui consacre la galerie Lelong depuis qu’il a rejoint ses rangs.

Le résultat est à la hauteur des attentes. Barthélémy Toguo a suivi une solide formation laissant chez l’artiste des traces durables. Né au Cameroun, il a d’abord étudié à l’École nationale supérieure des beaux-arts d’Abidjan, puis à l’École supérieure d’art de Grenoble, avant de poursuivre son cursus à la prestigieuse Kunstakademie de Düsseldorf, sans doute l’une des meilleures écoles d’art au monde. Les aquarelles sur papier – le médium qui a fait connaître Toguo — sont proprement somptueuses. À l’exception de Marlene Dumas, nul artiste contemporain ne manie aujourd’hui cette technique avec une telle maestria. Les effets produits par les encres qui fusent et qui s’immiscent les unes dans les autres sont magnifiques. Particularité de Toguo : la maîtrise des coloris est extrême, qu’il s’agisse des rouges, des violines, des lie-de-vin, des verts, tendres ou crus, ses couleurs de prédilection. Les aquarelles en noir et blanc ne sont pas en reste, esquissant les têtes de mystérieux démons, créatures humaines ou animales, on ne saurait trancher. Il y a toujours quelque chose de très organique, une évocation du cycle de la vie. Les fluides s’échappent des corps comme des torrents, l’humain et l’animal ou le végétal se fondent, le spectateur semble voir à travers les têtes et les corps des flux de matières liquides ou d’énergie. Les clous qui ponctuent les corps évoquent les rites et la statuaire vaudou. Les œuvres de petit format réalisées au stylo or et argent sur papier Canson noir, ornées dans leurs angles de timbres poste aux coloris métallisés rendant hommage à Mozart, témoignent d’une pareille maîtrise. Les plus anciennes influences en art et la référence à la musique la plus savante se rencontrent, comme lors d’opéras nocturnes ou de rites sacrés tenus dans l’obscurité, certaines œuvres esquissant de mystérieux zodiaques.

Exodus : une installation au centre de l’exposition
L’exposition montre aussi une vidéo, un ensemble de photographies –  portraits d’hommes africains anonymes qui exercent de petits métiers pour gagner leur vie et nourrir leur famille –, deux assemblages de cartes postales de la série Head above Water (amorcée en 2004) dans laquelle l’artiste va à la rencontre d’habitants des zones de tension dans le monde et leur donne la parole sur ces supports. Mais aussi, au centre de la salle principale, une notable sculpture/installation, Exodus, qui dit l’exil : composée d’une bicyclette à laquelle est attachée une lourde remorque emplie de ballots recouverts de tissus ethniques, elle constitue une autre version de la barque Road to Exile désormais exposée au Musée de l’immigration de Paris. La mise en scène des œuvres est tout aussi digne d’attention que ces dernières : le sol est recouvert de tapis tissés en fibres synthétiques colorées qui semblent inviter à s’arrêter pour entamer la discussion. Si chaque œuvre est magnifique, l’ensemble l’est tout autant, grâce à un sens aigu de la mise en scène. Cette « simple » exposition en galerie, ferait un magnifique pavillon – français — dans la plus prestigieuse des biennales… il faudra bien un jour y penser.

Des œuvres déjà vendues avant le vernissage
Les prix eux aussi sont incontestablement élevés si l’on considère les formats et les principaux médias, dessin et aquarelle sur papier. La série des Ghosts tonight, à l’encre et collage de timbres sur papier cartonné noir, est proposée à 2 500 euros pour les petits formats de 17x14,5 cm, 4 000 euros pour ceux de 25x25 cm ou 26x 21,5 cm. Les photos sont affichées à 3 000 euros, la vidéo à 10 000 euros, et la sculpture-installation Exodus à 30 000 euros. Il faut compter 5 000 euros pour les têtes de démons en noir et blanc, 17 500 euros pour chacune des six superbes aquarelles de format moyen (107x90 cm) et même 40 000 euros pour les deux très grandes aquarelles (240x240 cm) sur papier marouflé sur toile, dont l’une était vendue avant même le vernissage. Des prix élevés, donc, mais ceux d’un talent proprement époustouflant.

Barthélémy Toguo, Hidden Faces

Nombre d’œuvres : 38 Prix : de 2 500 à 40 000 €

Galerie Lelong, 13 rue de Téhéran, 75008 Paris, Tél. 01 45 63 13 19, www.galerie-lelong.com jusqu’au 4 mai 2013

Consulter la fiche biographique de Barthélémy Toguo

Légende photo :
Barthélémy Toguo, Hidden Face II, 2013, aquarelle sur papier, 107 x 90 cm. © Photo : Fabrice Gibert, courtesy galerie Lelong, Paris.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°388 du 29 mars 2013, avec le titre suivant : La face cachée de Barthélémy Toguo

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