La dernière danse de la collection Ganz

Le Journal des Arts

Le 18 septembre 2009

Après le décès de Sally Ganz, ses quatre enfants mettent en vente, le 10 novembre chez Christie’s, la collection qu’elle a rassemblée avec son époux Victor. Les cent quinze œuvres de \"la plus grande collection privée d’œuvres du XXe siècle jamais mise aux enchères\" pourrait rapporter plus de 125 millions de dollars (750 millions de francs).

NEW YORK. Né à New York en 1913, Victor Ganz n’a pas vingt ans quand il commence à collectionner l’art contemporain, avant même ses débuts dans la bijouterie familiale. En 1935, il fait la connaissance de Sally Wile, qu’il épousera sept ans plus tard, l’année même où il acquiert son premier Picasso, Le rêve, une huile sur toile de 1932. À partir de 1942, les époux Ganz enrichissent leur collection presque exclusivement d’œuvres du peintre espagnol. Victor, qui estimait qu’une “affinité quasi amoureuse” le liait à l’artiste, a acquis des toiles représentatives de presque toutes les périodes de Picasso. Lors de la grande rétrospective que lui a consacrée le MoMA de New York, en 1980, les toiles les plus importantes prêtées par des collectionneurs privés appartenaient aux Ganz. Au cours des années soixante, le couple s’est intéressé aux artistes qui émergeaient alors à New York, tels que Jasper Johns, Rauschenberg ou Frank Stella, contribuant ainsi  à leur succès. À la même époque, Sally et Victor Ganz se sont liés d’amitié avec divers conservateurs de musées, dont ceux du Whitney Museum, à qui ils ont prêté certaines œuvres de leur collection. Par la suite, ils ont découvert des artistes alors inconnus : Eva Hesse, Dorothea Rockburn ou Mel Bochner.

Picasso, Jasper Johns et les autres
Parmi les toiles de Picasso retenues par leurs héritiers pour la vente du 10 novembre, figure le fameux Rêve, estimé 20 millions de dollars (120 millions de francs), tandis que l’on attend entre 15 et 20 millions de dollars pour Femme assise dans un fauteuil, un nu cubiste de 1913 pour lequel avait posé la maîtresse du peintre, Eva Gouel. Du cycle des Femmes d’Alger, acquis par les Ganz dans sa quasi-totalité en 1956, quatre tableaux sont mis en vente. La deuxième épouse de Picasso, Jacqueline Roque, a posé en costume oriental pour le dernier de la série. Jasper Johns est représenté par des toiles des différentes périodes de son œuvre, tandis que sont proposées uniquement des toiles de jeunesse de Rauschenberg, notamment Red Interior et l’un des premiers combine paintings, un collage de 1954-1955 associant peinture à l’huile, velours, tissu,  pierres, plastique et carton sur toile. Les époux Ganz ont été parmi les premiers à s’intéresser aux recherches de Frank Stella. Turkish Mambo, une toile noire de grand format (230,5 x 337,2 cm) datant de 1959, est évaluée entre 4 et 6 millions de dollars. Les estimations sont plus modérées pour ses œuvres plus tardives  : entre 300 000 et 400 000 dollars pour Ram Gangra (1978) et 250 000 à 350 000 dollars pour Nogaro (1984). Le très beau catalogue qui accompagne la vente réunit également des artistes nés à la fin des années trente ou au début des années quarante : Eva Hesse, Mel Bochner, Brice Marden, Richard Tuttle et Barry Le Va. Les estimations sont nettement plus basses pour ces derniers. Une œuvre sans titre de Brice Marden est estimée entre 120 000 et 160 000 dollars, deux œuvres de Tuttle entre 70 000 et 90 000 dollars. Quant à Golden Section Painting : Parallelogram and Diamond de Dorothea Rockburne, elle pourrait atteindre 30 000 dollars.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°47 du 7 novembre 1997, avec le titre suivant : La dernière danse de la collection Ganz

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