Succession

À la découverte de peintres oubliés

Par Armelle Malvoisin · Le Journal des Arts

Le 3 août 2007 - 738 mots

Dispersion à Troyes de près de 1 000 œuvres provenant de la succession Pierre Lévy, le plus grand collectionneur et mécène troyen.

 TROYES - Pierre Lévy, industriel bonnetier troyen décédé en 2002, quelques années après son épouse Denise, avait constitué depuis 1939 une immense collection, ayant principalement trait à l’art français de 1850 à 1950. En 1976, le couple avait donné à l’État les trois quarts de cet ensemble, plus de deux mille peintures, dessins, sculptures, céramiques, verreries et tapisseries et objets d’art primitif. Pour abriter ce fonds, le Musée d’art moderne de Troyes, inauguré en 1982, a été créé dans les locaux de l’ancien évêché.

Première à Troyes
Les 960 objets moins importants restés jusqu’à présent dans la famille sont aujourd’hui cédés aux enchères. La vente est judiciaire (1) en raison d’une transaction homologuée par le tribunal de grande instance de Troyes, lequel a désigné la SCP Boisseau-Pomez pour organiser cette dispersion très troyenne qui se tient exceptionnellement à l’hôtel de ville. Il n’y a donc pas eu de mise en concurrence. Cette vente est un événement à Troyes et la plus importante de la carrière de Thierry Pomez, le commissaire-priseur local qui va tenir le marteau durant trois jours d’affilée.
La vacation est divisée en quatre chapitres : l’art moderne (600 lots), les livres illustrés (220 lots), les objets d’antiquité, d’arts primitifs, de la haute époque et d’Extrême-Orient (80 lots) et les lettres et autographes d’artistes (60 lots). Quatre tableaux apparaissent au premier plan : Les Régates (1935), une grande huile sur toile de de Dufy dédicacée par le peintre au couple Lévy et estimée 160 000 euros ; deux petites peintures de Kees Van Dongen, Deauville, au casino et Deux Jeunes Filles sur la plage, estimées 50 000 euros chacune, et une petite toile de Cézanne représentant un paysage d’Aix (vers 1865), premier achat de Pierre Lévy en 1939, estimée 70 000 euros. Des centaines d’œuvres de nombreux peintres dont la cote est encore à faire sont proposées dans des estimations faibles, à commencer par Maurice Marinot, peintre troyen davantage connu pour son œuvre de verrier, meilleur ami de Lévy depuis leur rencontre en 1937. « Nous n’avons jamais su pourquoi il avait décidé de garder secrets ses innombrables dessins et peintures alors qu’il exposait et vendait ses verreries », écrit Pierre Lévy dans son ouvrage Des artistes et un collectionneur publié en 1976 chez Flammarion. L’atelier de Marinot ayant été détruit pendant la guerre, les 126 tableaux et les centaines de dessins, gouaches et aquarelles conservés par Pierre Lévy et estimés quelques centaines ou milliers d’euros sont une manne pour le marché. Celui-ci va pouvoir découvrir et enchérir sur ce peintre de la « cage aux fauves » en 1905 où figuraient Matisse, Derain, Vlaminck, Charles Manguin et Louis Valtat. Sont aussi catalogués, à des prix compris entre 1 000 et 4 000 euros, 37 tableaux du peintre lyonnais Georges Bouche, dont la peinture est caractérisée par une épaisse pâte et des tons discrets et subtils, « le type même du peintre oublié », note Lévy dans son livre. Autre peintre oublié – « car il ne fut pris en main par personne », poursuit le collectionneur –, Isaac Dobrinsky, ami de Soutine à la Ruche, est représenté par 18 tableaux estimés à peine 1 000 euros. Au total, la section moderne regroupe environ 150 artistes.
À noter parmi les autres lots phares de la succession Pierre Lévy, une Vierge en majesté auvergnate du XIIe siècle, en bois sculpté, estimée 150 000 euros ; un chapiteau d’angle en calcaire sculpté en très haut relief représentant le Christ remettant la clé de l’église à saint Pierre, d’époque romane, estimé 120 000 euros, et une tête gréco-romaine de divinité féminine en marbre, estimée 45 000 euros. Du côté des livres illustrés, on remarquera l’édition originale de Jazz, par Matisse (1947), signée de la main de l’artiste et estimée 120 000 euros, ainsi que Saint Matorel de Max Jacob, soit l’édition originale de 1911 ornée de quatre eaux-fortes cubistes de Picasso estimée 80 000 euros.

(1) les frais de vente sont de 14,35 %.

SUCCESSION PIERRE LÉVY

Vente les 2, 3 et 4 février à 14 heures, salons de l’hôtel de ville de Troyes, place Alexandre-Israël, 10000 Troyes, SVV Boisseau-Pomez, tél. 03 25 73 34 07 ; expositions publiques : jusqu’au 25 janvier chez les experts (sur rendez-vous) et les 30 et 31 janvier, 1er février 10h-18h sur place.

PIERRE LÉVY

- Experts : Amaury de Louvencourt et Agnès Sevestre-Barbé (tableaux et dessins modernes), Jean Roudillon (arts primitifs, archéologie et haute époque), Thierry Portier (art d’Extrême-Orient), Dominique Courvoisier (livres), Thierry Bodin (autographes) - Estimation : 1,8 million d’euros - Nombre de lots : 960

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°251 du 19 janvier 2007, avec le titre suivant : À la découverte de peintres oubliés

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